Identification

Articles taggés avec: Rialland Ivanne

Kabuliwallah, Rabindranath Tagore

Ecrit par Ivanne Rialland , le Lundi, 29 Février 2016. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Asie, Nouvelles, Zulma

Kabuliwallah, février 2016, trad. bengali (Inde), présentées par Bee Formentelli, 400 pages, 22 € . Ecrivain(s): Rabindranath Tagore Edition: Zulma

 

Petites vies, petits chagrins

Petites histoires de malheur,

D’une linéarité, d’une banalité radicales ;

Des milliers de larmes versées chaque jour,

Si peu sauvées de l’oubli […]

À jamais inachevées,

Les innombrables histoires du monde :

Boutons arrachés avant maturité,

Gloire en poussière avant d’avoir été chantée,

L’amour, l’effroi, l’injustice

De milliers de vies obscures.

Le Château d’Eppstein, Alexandre Dumas

Ecrit par Ivanne Rialland , le Lundi, 25 Janvier 2016. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Folio (Gallimard), Roman

Le Château d’Eppstein, septembre 2015, édition présentée, établie et annotée par Anne-Marie Callet-Bianco, 400 pages, 7,50 € . Ecrivain(s): Alexandre Dumas Edition: Folio (Gallimard)

 

Avec Le Château d’Eppstein, la collection Folio classique nous permet de redécouvrir un roman peu connu, mais très séduisant d’Alexandre Dumas. Relativement bref, ce roman fantastique se révèle en effet d’une grande richesse narrative et poétique.

Rien d’original, pourtant, en apparence. Le début du roman met en place un dispositif éprouvé : un cercle d’amis, se racontant des histoires de fantômes. Nous n’en connaîtrons qu’une, celle du château d’Eppstein, hanté par le spectre de la comtesse Albine qui par-delà la mort veille sur son fils bien-aimé.

Dès cette ouverture, le charme opère, et la rencontre dans la chambre rouge du narrateur avec la comtesse défunte n’est pas sans évoquer Les Hauts de Hurlevent. L’histoire de la comtesse Albine et de son fils Éverard que le narrateur apprend à cette occasion joue ensuite davantage sur le registre sentimental et merveilleux que sur l’horreur. Bien que les apparitions d’Albine dans la chambre rouge soient dramatisées à plaisir, le récit est plutôt dominé par la formation d’Éverard, ses amours, son éducation et son lien à la nature à laquelle se mêle la figure de sa mère.

L’Oncle aquatique et autres récits cosmicomics, Italo Calvino

Ecrit par Ivanne Rialland , le Jeudi, 29 Octobre 2015. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Folio (Gallimard), Italie, Récits

L’Oncle aquatique et autres récits cosmicomics, septembre 2015, trad. de l’italien par Jean Thibaudeau (revue par Mario Fusco) et Jean-Paul Manganaro, 128 pages, 2 € . Ecrivain(s): Italo Calvino Edition: Folio (Gallimard)

Ce petit volume de la collection « Folio 2 € » reprend quatre récits précédemment parus dans le recueil Cosmicomics. Récits anciens et nouveaux (Folio, n°5666) : La distance de la Lune, L’oncle aquatique, Les dinosaures, Les filles de la Lune. Il les encadre d’une « note de l’auteur », publié originellement comme postface à la deuxième édition italienne de La memoria del mondo e altre storie cosmicomiche en 1975, et d’une chronologie biographique.

S’il n’est pas besoin d’une introduction pour apprécier la poésie de ces quatre contes, la lecture préalable de la note en précise toutefois la portée et en explique le dispositif. Calvino s’y explique ainsi sur le terme cosmicomics qualifiant ces récits : « Dans l’élément cosmique, pour moi, il n’y a pas tant le rappel de l’actualité “spatiale” que la tentation de me remettre en rapport avec quelque chose de bien plus ancien. Chez l’homme primitif et chez les classiques, le sens cosmique était l’attitude la plus naturelle ; nous, au contraire, pour affronter les choses trop grandes et sublimes nous avons besoin d’un écran, d’un filtre, et c’est là la fonction du comique ». Partant de la cosmologie moderne, le pari est de faire « jaillir de cet univers invisible et presque impensable des histoires capables d’évoquer des impressions élémentaires comme les mythes cosmogoniques des peuples de l’Antiquité ».

Le Jardin de derrière (24 & FIN) Où il n’y a pas de fumée sans feu

Ecrit par Ivanne Rialland , le Lundi, 01 Juin 2015. , dans La Une CED, Ecriture, Ecrits suivis

 

Georges et Hélène étaient accoudés sur le balcon, regardant le ciel de juillet se foncer insensiblement, laissant apparaître les premières étoiles. Un peu plus d’un an s’était écoulé. Hélène s’était installée à l’automne dans la maison et passait deux ou trois jours par semaine à Paris. Louise et Pierre allaient au collège-lycée d’Avallon. Pierre ne voyait plus Tristan ni aucun membre de son groupe. Il en avait fondé un autre, avec qui il répétait ce soir-là dans une grange d’un village voisin. Louise fréquentait toujours les deux enfants du jardinier, avec qui elle était en ce moment même dans la grange, à regarder des DVD des Experts. Avec Camille Martineau, elle avait trouvé un job d’été à la pépinière qui avait enfin ouvert ses portes dans la ZAC. Elles y espionnaient Julien, qui rempotait des géraniums en rêvant à sa future moto tandis que la petite Jeanne distribuait en douce dans les rayons des tracts anti-avortement.

Georges et Hélène respiraient tranquillement l’air tiède du crépuscule. En tendant bien l’oreille, on aurait peut-être entendu le ronronnement de la turbine enterrée sous le pré, et peut-être encore le gloussement d’une poule en train de rêver, dans le poulailler tout neuf que Georges avait installé au printemps.

Le Jardin de derrière (23) Où la Chaussas prend les choses en main

Ecrit par Ivanne Rialland , le Mardi, 19 Mai 2015. , dans La Une CED, Ecriture, Ecrits suivis

 

En surface, Louis rejoignait Kevin et Julien. Il jeta un bref coup d’œil à la trappe, puis se dirigea vers l’église, suivi des deux amis rouges de dépit et de colère.

De leur côté, Louise et Camille parvenaient, tout essoufflées, à la grange, se glissaient dans l’appentis et, de là, par le tunnel, arrivaient jusqu’à l’abri anti-aérien du moulin du bas.

Georges avait pensé attendre là que les choses se tassent. Il s’avéra aussitôt qu’il ne serait pas assez grand pour eux sept. Il hésitait devant la porte ouverte lorsqu’il perçut une sorte de grincement. Il crut d’abord avoir mal entendu. Il fit taire Pierre qui commençait déjà à grommeler, et il tendit l’oreille. Le grincement se renouvela. Il lui sembla percevoir un souffle d’air frais sur son visage. Il eut une bouffée d’angoisse. En hâte, il poussa Noé et Isabelle dans l’abri, avec Louise et Camille, et leur ordonna de s’enfermer. Il entraîna les deux autres dans la salle de commande et commença à tourner fébrilement les manettes sous les yeux d’abord éberlués de Pierre et de Tristan. Ils entendirent alors des pas dans le tunnel, des chuchotements. Ils devinrent pâles. Georges actionnait des leviers, tournait des roues dentées, sans parvenir à fermer la porte séparant les vieux tunnels de la zone du moulin. Un instant, il vit même avec effroi la porte de l’abri s’ouvrir.