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L'Arbre aux secrets - 10 (Chap. XI)

Ecrit par Ivanne Rialland , le Mardi, 04 Octobre 2011. , dans Ecriture, Ecrits suivis, Chroniques Ecritures Dossiers


Rose courait dans les couloirs du château et le bruit de sa course résonnait tantôt sur le bois, tantôt sur la pierre, tantôt était étouffé par de moelleux tapis ou des peaux de bêtes. Elle ouvrait brusquement des portes, dévalait des escaliers, traversait des cours et des jardins. Malgré sa colère envers Victor, qui était à ses yeux responsable de la maladie de sa mère, elle ne pouvait s’empêcher d’être émerveillée par les visions qu’il créait. Elle s’arrêtait parfois, fascinée, dans une serre emplie de végétations étranges et sombres où voletaient d’immenses papillons bleu azur ; une porte de placard à balais ouvrait sur une forêt de pins où se faisait entendre le bruit de la mer ; une porte énorme de chêne sombre révélait au contraire la minuscule échoppe d’un ancien chocolatier, où s’affairaient dans les effluves les plus suaves des enfants aux joues rougies par la chaleur du feu où fondait le chocolat.

En même temps, la vision de ces enfants jardinant, cuisinant, nettoyant, attelés aux plus lourds travaux ou aux plus délicats, serrait le cœur de Rose, bien qu’elle se dise, en même temps, que ce n’était qu’un rêve, une vision. Qu’avait-il pu arriver à Victor pour qu’il en veuille tant aux autres ? Quel drame affreux, qui avait perverti son imagination capable tout à la fois de créer des choses si merveilleuses et de les peupler d’êtres si malheureux ? S’il n’y avait pas eu ces enfants aux mines grises, tous pareils, sans nom, presque sans visage, on aurait pu passer sa vie dans le château de Victor.

L'arbre aux secrets - 9 (Chap. X)

Ecrit par Ivanne Rialland , le Samedi, 10 Septembre 2011. , dans Ecriture, Ecrits suivis, Chroniques Ecritures Dossiers

Les maisons du village se succédaient à d’assez longs intervalles au bord du lac. Un chemin de terre rouge les reliait, de la même terre argileuse dont étaient bâties les maisons, par ailleurs toutes identiques, d’après ce que Rose pouvait en juger. Toutes identiques, toutes vides. À peine une assiette laissée sur une table ou un haillon jeté sur le lit ou le dossier d’une chaise témoignait-il qu’à la nuit – mais comment différenciait-on ici la nuit du jour ? – ces maisons devaient être habitées.

Sur l’autre rive, les maisons d’argile rouge se suivaient de la même façon, à la queue leu leu, comme leur reflet sorti de l’eau noire. Aussi vides, aussi silencieuses que les maisons originales. À moins que de ce côté-ci également, ces maisons ne soient que des reflets, des illusions, un mirage monté de l’eau…

Rose regardait le château, posé sur son arche de pierre, au-dessus de la rivière. Il paraissait vide, lui aussi. Tout était silencieux. Juste le bruit de l’eau, de plus en plus fort à mesure que Rose se rapprochait du château et de l’arche sous laquelle elle se précipitait furieusement, sa phosphorescence devenant une brume étincelante qui enveloppait le pied du château. Lorsqu’elle fut tout près, Rose aperçut une volée de marches humides taillées dans la pierre, qui permettait d’accéder à une esplanade glissante et de là à une porte.

L'arbre aux secrets - 8 (Chap. IX)

Ecrit par Ivanne Rialland , le Mercredi, 13 Juillet 2011. , dans Nouvelles, Ecriture, Ecrits suivis

En effet, le lendemain matin, lorsque Rose osa enfin jeter un œil dans la chambre de sa mère, celle-ci était étendue toute droite sous ses couvertures, les yeux ouverts, le regard perdu. Et Rose ne sut pas quoi faire d’autre que d’aller dans la forêt. Elle avala un verre de lait, glissa une pomme dans sa poche : elle était partie.

Il faisait très chaud ce jour-là. Malgré l’heure matinale, une buée légère s’échappait des prés des deux côtés du chemin. Rose clignait des yeux sous le soleil. Soudain, du coin de l’œil, sur sa gauche, elle entraperçut une forme blanche au milieu du pré. Elle tourna la tête, mais ne vit rien. Continuant sa marche, elle gardait cette sensation d’être accompagnée, de loin, par une silhouette qui se dissipait dès qu’elle s’arrêtait pour mieux la regarder. Elle pensa à l’enfant du grenier, en qui elle ne pouvait s’empêcher de reconnaître sa mère, petite fille. Ce que sa mère lui avait interdit en paroles hier, elle l’encourageait aujourd’hui en actes. Rose se disait cela, puis secouait la tête. Cette vague image qui l’accompagnait à travers prés, ce fantôme, ce n’était pas sa mère, c’était un songe né de son angoisse à elle, Rose, de son désir à elle, d’avoir une solution, de n’être pas impuissante. Et pourtant, pourtant… L’image, toujours insaisissable, persistait, un chant se faisait de plus en plus distinct, une chanson, une comptine, comme celle qui rythme les rondes, aux paroles incompréhensibles, mais l’air, gai et entêtant, qu’on a déjà entendu quelque part, mais les paroles, on ne s’en souvient plus, les paroles échappent.

L'arbre aux secrets -7

Ecrit par Ivanne Rialland , le Jeudi, 30 Juin 2011. , dans La Une CED, Ecriture, Ecrits suivis, Chroniques Ecritures Dossiers

Chapitre VIII

 

L’Arbre aux secrets, Chapitre VIII


— Comment as-tu fait, tout à l’heure ?

— Comment fait quoi ?

— Quand tu as transformé tes parents.

— Oh !… Je ne sais pas. C’est comme ça. C’est un don, on va dire.

— Ce n’était pas très réussi. Je n’y ai pas cru une seconde.

Victor eut un rire bref. « Menteuse ! »

Ils marchèrent ensuite en silence jusqu’à la clairière. Il était tard à présent. Il commençait à faire un peu frais. Rose eut un frisson. Elle se sentit tout d’un coup épuisée, et elle avait envie d’être seule. Arrivée à la clairière, elle salua Victor plutôt brusquement et commença à s’éloigner. Victor demanda : « Il faut vraiment que tu rentres ? »

L'Arbre aux secrets -6

Ecrit par Ivanne Rialland , le Jeudi, 26 Mai 2011. , dans La Une CED, Ecriture, Ecrits suivis, Chroniques Ecritures Dossiers

Chapitre 7

L’Arbre aux secrets, Chapitre VII

 


– … Ils sont en bas… Chut !

– Chut !

– Pas de bruit !

– Pas de bruit !

– Chut…

Le sorcier, la sorcière de la forêt !

– Chut !

– Pas de bruit !

Ils sont en bas !