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Une histoire des images pour les enfants, David Hockney, Martin Gayford, Rose Blake (par Ivanne Rialland)

Ecrit par Ivanne Rialland , le Mercredi, 13 Février 2019. , dans La Une Livres, Seuil Jeunesse, Critiques, Les Livres, Iles britanniques, Jeunesse

Une histoire des images pour les enfants, septembre 2018, trad. anglais Céline Delavaux, 128 pages, 18,50 € . Ecrivain(s): David Hockney, Martin Gayford, Rose Blake Edition: Seuil Jeunesse

 

Une histoire des images pour les enfants est la version jeunesse, écourtée à peu près des deux tiers, d’Une histoire des images parue chez Solar en 2017. Le principe reste similaire : de courts chapitres mettant en scène une discussion entre l’artiste David Hockney et le critique d’art Martin Gayford. L’approche mêle les différents arts visuels pour offrir non pas une histoire de la peinture mais une réflexion sur la création et la perception des images mettant en valeur l’évolution des techniques de représentation, des peintures rupestres aux images numériques.

Le dispositif de la conversation a l’intérêt de donner de la vie aux réflexions proposées et de faciliter la lecture en aérant le texte. Martin Gayford joue nettement le rôle du comparse : ses répliques, synthétiques, fournissent au lecteur quelques éléments d’histoire de l’art, tandis que David Hockney, dans des textes plus développés, commente les images reproduites en s’appuyant sur sa propre pratique artistique. Les œuvres de David Hockney sont ainsi relativement nombreuses dans l’ouvrage et leur analyse par l’artiste intéressera sans nul doute les amateurs du peintre.

Sur les rails De Victor Hugo à Jacques Roubaud, Anne Reverseau (par Ivanne Rialland)

Ecrit par Ivanne Rialland , le Lundi, 10 Décembre 2018. , dans La Une Livres, Anthologie, Critiques, Les Livres, Poésie

Sur les rails De Victor Hugo à Jacques Roubaud, Les Impressions nouvelles, août 2018, 128 pages, 13 € . Ecrivain(s): Anne Reverseau

 

 

C’est un joli petit volume que nous propose Anne Reverseau avec cette anthologie illustrée consacrée aux trains. L’iconographie est abondante. Tout en noir et blanc, elle est composée de gravures et de photographies anciennes. Ce choix, qui a sans doute des raisons économiques, crée l’atmosphère propice pour retrouver l’émerveillement – ou l’effroi – des débuts du chemin de fer, comme nous y invite Anne Reverseau à travers sa sélection de textes.

Ceux-ci, nombreux – 72 extraits – ne sont toutefois pas concentrés sur ces seuls débuts héroïques. Ils s’échelonnent du milieu du XIXeau XXIesiècle, montrant la persistance de cette fascination pour les trains et les gares, en dépit de ce que pouvait augurer Apollinaire dans « La victoire » (Calligrammes) :

Les travaux et les jours (extraits 5), par Ivanne Rialland

Ecrit par Ivanne Rialland , le Lundi, 22 Octobre 2018. , dans La Une CED, Bonnes feuilles, Documents

 

Le fils

Dans l’herbe du jardin de banlieue mal entretenu par deux parents trop occupés, un bocal vide à la main, il guette. Il dédaigne les fourmis, trop communes, qui dessinent leur longue file jusqu’au haut du portail. Quelques mouches noires traversent les airs en un vrombissement discret. Il se déplace, le nez penché vers la terre, s’arrête un instant près d’une touffe de lavande, visite du bout des doigts les herbes aromatiques maternelles, et se dirige enfin vers le vieux rosier grimpant, son meilleur pourvoyeur. Pas de scarabée brillant parmi les pétales des roses à moitié fanées qui s’éparpillent au sol au moindre effleurement, pas même de coccinelle zigzaguant entre les épines, mais tout de même un gendarme à la robe noire et rouge, auquel il aménage aussitôt, dans le pot au couvercle percé, une vraie petite forêt artistiquement disposée.

Il gardera deux jours le pot sur le rebord de sa fenêtre, dissimulé par un coin de rideau, avant de libérer son occupant maussade près du perron.

Les travaux et les jours (extraits), par Ivanne Rialland

Ecrit par Ivanne Rialland , le Mercredi, 15 Août 2018. , dans La Une CED, Bonnes feuilles, Ecriture

 

La mère

L’ivresse anxieuse d’un déménagement la plonge depuis de longs mois dans l’obsession d’une matérialité complexe et pléthorique. Excitante échappatoire aux routines quotidiennes, les savoirs qu’elle accumule finissent par la confiner dans un pragmatisme étroit qui nourrit en elle une colère rentrée. Performances multiples et contradictoires des lave-linge séchants, difficile navigation entre les carreaux de ciment et les carrelages cérame dont elle se fait expédier des échantillons par la poste, redoutables écueils des prêts immobiliers et des clercs de notaire, la fierté de cette expertise – récompensant les années d’expérience qui lui ont aussi blanchi quelques mèches de cheveux, et des qualités de caractère qu’elle juge trop méconnues par ses proches – cède la place à une vague honte de ces préoccupations bourgeoises et une envie grandissante de tout laisser couler, de se gentiment faire avoir, de ne plus se préoccuper de la couleur du parquet ni de la peinture des murs, de vivre deux ans s’il le faut au milieu des cartons, sachant que, quoi qu’elle fasse, la peinture se tachera, le parquet se rayera, les meubles de cuisine s’écorneront, si vite que pour y résister, pour ne pas souffrir d’une macule de sauce tomate ou d’une lame mal posée, pour ne pas souffrir d’en souffrir, il vaut mieux dès l’abord royalement s’en foutre.

Les travaux et les jours (extraits), par Ivanne Rialland

Ecrit par Ivanne Rialland , le Mercredi, 14 Février 2018. , dans La Une CED, Bonnes feuilles, Ecriture

 

 

La mère

Assise poliment sur le canapé de cuir, son assiette à dessert posée sur ses genoux serrés, elle tâche de briser la pâte dure de la tarte avec le côté de sa fourchette, tout en balayant du regard le cercle des parents assemblés autour de la table basse. Du fond de l’appartement parviennent les cris excités des enfants. Sans être chaleureuse, l’atmosphère est cordiale, et chacun y va de son anecdote sur sa descendance, qui s’agite là-bas, dans les chambres des fils de la maison. On sourit, amusés, complices. Les plaisanteries fusent, qui manifestent chez certains une camaraderie ancienne qu’elle contemple à légère distance.