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Articles taggés avec: Chauché Philippe

Œuvres romanesques précédées de Poésies complètes, Blaise Cendrars en la Pléiade

Ecrit par Philippe Chauché , le Vendredi, 22 Décembre 2017. , dans La Une Livres, La Pléiade Gallimard, Les Livres, Critiques, Poésie, Roman

Œuvres romanesques précédé de Poésies complètes, Edition établie et présentée par Claude Leroy, 2 volumes, 115 € (jusqu’au 31 mars 2018) . Ecrivain(s): Blaise Cendrars Edition: La Pléiade Gallimard

 

« Je resterai ma vie durant

à regarder couler la Seine…

C’est un poème dans Paris »

(La Seine, Poèmes tardifs).

Blaise Cendrars fait une nouvelle apparition dans la Bibliothèque de la Pléiade, avec deux volumes d’œuvres romanesques et poétiques, aux mille éclats de paillettes d’or. En 2013, Gallimard publiait deux premiers opus, consacrés aux Œuvres autobiographiques – si essentielles à l’écrivain voyageur : L’Homme foudroyé, La Main coupée, Bourlinguer, et Prière d’insérer. Le Tour du Monde poétique et romanesque du poète armé du bouclier de son œuvre (1) s’achève. L’arpenteur, le guerrier du présent, le bourlingueur lettré, l’engagé volontaire, nous livre ses Mémoires d’outre-vie composées sur le vif du sujet, sur le motif, à la manière de Cézanne et c’est admirable.

Lettres à Dominique Rolin (1958-1980), Philippe Sollers

Ecrit par Philippe Chauché , le Mardi, 12 Décembre 2017. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Correspondance, Gallimard

Lettres à Dominique Rolin (1958-1980), novembre 2017, Edition de Frans de Haes, 400 pages, 21 € . Ecrivain(s): Philippe Sollers Edition: Gallimard

 

« Cela vit, s’agite, semble me cerner de toutes parts, moi et ma torpeur. Et par un phénomène intérieur assez fréquent, j’ai l’impression d’être, au-dehors, autre chose que moi-même, qui se mêle au jeu silencieux et mouvant du jardin ; de me perdre et de m’ignorer sans trop de peine. Je suis donc pour finir, un jardin qui t’aime, et rien d’autre : c’est trop fatigant » (Feydeau, lundi 23-24 mars 1959).

Dominique Rolin est la grande aventure romanesque et physique de Philippe Sollers, l’absolue complicité. Cette correspondance (le premier acte, les autres sont annoncés) est le cœur en mouvement de deux écrivains inclassables, un premier acte saisissant de justesse, de vérité et de beauté. Et que l’on ne s’y trompe pas, il faut, pour réussir ce pari inouï, s’accorder au mouvement musical de la vie, la faire sienne, et rejeter dans les ténèbres les compromissions, les mensonges, les petits arrangements littéraires, les peurs et les hontes, et ne garder que le bonheur d’être. Je suis, donc j’écris. Je suis, donc j’aime. Je suis, donc je mets tous mes muscles à l’écoute de ce qui se révèle là sous mes yeux, semble-t-il dire.

Secret, le silence, Cyril Huot

Ecrit par Philippe Chauché , le Vendredi, 08 Décembre 2017. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Roman, Tinbad

Secret, le silence, novembre 2017, 154 pages, 18 € . Ecrivain(s): Cyril Huot Edition: Tinbad

 

« La même voix intérieure qui roulait en lui devait rouler en elle pour y charrier les mêmes mots. Il aurait suffi de lui redire les mots de sa voix intérieure et aussitôt elle les aurait reconnus, ces mots, aussitôt elle aurait su que la même voix parlait en lui comme en elle, qu’elle leur parlait à tous deux d’une même voix ».

Secret, le silence est le roman d’une voix, d’un corps et d’une voix, le roman du silence glacial, prélude de l’Enfer dans lequel semble s’enfermer l’inconnue, roman de « l’intelligence d’amour », cette intensité circulaire mise en lumière par Jacqueline Risset (1). Secret, le silence est le roman d’une passion, où le silence est une parole tue, parole de cette jeune femme tombée dans le mutisme, dans l’anorexie, dans le retrait absolu du monde, telle une sainte, que plus rien ne touche, ni n’atteint, comme plongée dans le renoncement aux éclats et aux embellies du monde. L’homme qui l’accompagne la découvre dans tous les sens du mot, décide de la libérer des griffes de la clinique où elle s’enfonce, la sauve de l’Enfer du silence, et ainsi se sauve.

Peut-être des falaises, Gilbert Pinna

Ecrit par Philippe Chauché , le Mercredi, 22 Novembre 2017. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Arts, Roman, Le Bateau Ivre

Peut-être des falaises, septembre 2017, 80 pages, 25 € . Ecrivain(s): Gilbert Pinna Edition: Le Bateau Ivre

 

« Débarquement dans les ports. Marseille, juillet 1962. Il faut voir tous ces gens éperdus, dans la gare Saint-Charles. Moi, minuscule, dans un couffin, avec mon frère, en départ de vacances. Bien plus tard, on me le raconte : il y a des vieux, des vieilles, des enfants, hagards, une valise à la main, qui attendent, debout, assis, couchés… Et puis, dehors juste à trois cents mètres, la grande lumière blanche qui réverbère celle de la baie d’Alger. Entre les deux côtes, les plages et un gros bras de mer ».

Peut-être des falaises est une aventure graphique, l’esquisse d’un roman, nourrie de l’enfance de l’auteur, de son humeur irisée, de ses admirations, Hopper, Camus et l’insondable secret de l’Algérie de Meursault, Kafka, magicien impérial de sa ménagerie, Hugo Pratt, ou encore Marguerite Duras sur son balcon des Roches Noires, et Freud à Vienne. Gilbert Pinna n’illustre pas ses éclats romanesques, ses remarques, ses souvenirs, il les prolonge, en donne un écho gracieux et troublant. Le trait est fin, tout en rondeur, les couleurs sont embrasées par des pastels soyeux.

Le Temps des immortelles, Karsten Dümmel

Ecrit par Philippe Chauché , le Vendredi, 17 Novembre 2017. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Langue allemande, Roman, Quidam Editeur

Le Temps des immortelles, mars 2017, trad. allemand et notes, Martine Rémon, 16,50 € . Ecrivain(s): Karsten Dümmel Edition: Quidam Editeur

 

« Ils ne viendraient pas. A quoi bon, d’ailleurs ? Il n’y avait rien à découvrir. Il n’avait cessé d’entendre les rumeurs les plus absurdes. Des récits différents selon chacun. A moitié vrais, en partie inventés de toute pièce : des policiers brutaux et des informateurs aux écoutes occuperaient des appartements vides ».

« Le but est d’atteindre un degré d’insécurité provoquant chez la cible l’impression qu’elle ne contrôle plus sa vie ».

Le Temps des immortelles est un roman glacial venu de l’Est figé de Berlin. Roman de surveillance et de désintégration d’Arno K. Le roman de l’Avenir Radieux sans masque. Arno K travaille à l’usine et écrit, quand il le pouvait encore, il voyageait, et ramenait de ses escapades quelques livres, autant de preuves accablantes : Chamalov, Kopelev, Kundera, Orwell, Pasternak, toute une littérature de renégats.