Identification

Articles taggés avec: Bret Stéphane

La guerre de l’once et du serpent, Patrice Montagu-Williams

Ecrit par Stéphane Bret , le Samedi, 31 Octobre 2015. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Roman, L'Harmattan

La guerre de l’once et du serpent, avril 2015, 209 pages, 20 € . Ecrivain(s): Patrice Montagu-Williams Edition: L'Harmattan

 

Le Brésil est un pays qui engendre des rêves : en tant que contrée rattachée au continent américain d’abord, par son immensité et la diversité de ses populations et de ses régions, ensuite. Patrice Montagu-Williams, auteur du roman La guerre de l’once et du serpent, qui a pour cadre le Brésil des années 30, nous introduit bien dans cet univers.

L’action se déroule dans le Nordeste brésilien, le long du fleuve São Francisco, dans la région du sertão, terre imprégnée de légendes, de superstitions les plus diverses faisant bon ménage avec le catholicisme dominant. Cette région passe aussi pour être peuplée de bandits, de prophètes – faux ? – et de saints à la légende non confirmée.

C’est la veille de la seconde guerre mondiale ; le Brésil est dirigé alors d’une main de fer par Getulio Vargas, un dictateur, qui a installé un état fort, autoritaire, l’Estado Novo, et n’a pas choisi son camp entre les Nazis et les Alliés occidentaux. Peu de temps auparavant, Lampiào, l’un des plus célèbres des cangaçeiros, sorte de bandes assimilées à des « bandits d’honneur », et ses compagnons ont été abattus, décimés par les troupes du régime, ce dernier ne pouvant accepter de laisser une région entière sous le contrôle de bandes armées défiant son autorité.

La fiancée de Bruno Schulz, Agata Tuszynska

Ecrit par Stéphane Bret , le Jeudi, 22 Octobre 2015. , dans La Une Livres, La rentrée littéraire, Critiques, Les Livres, Pays de l'Est, Roman, Grasset

La fiancée de Bruno Schulz, septembre 2015, traduit du polonais par Isabelle Jannès-Kalinowski, 400 pages, 22 € . Ecrivain(s): Agata Tuszynska Edition: Grasset

 

Dans quelle mesure le souvenir, la mémoire, et l’imagination peuvent-elles concourir à la restitution d’une vie ? Ou la travestir par le mensonge ? C’est ce processus passionnant que décrit Agata Tuszynska dans son roman, La fiancée de Bruno Schulz. Mais qui est Bruno Schulz ? Nous le découvrons au cours des différentes phases du récit, composé de trois parties distinctes : L’avant-guerre, se déroulant dans la ville de Drohobycz, dans les Carpates polonaises, et à Varsovie, dans les cercles littéraires et artistiques de la ville, la période de l’occupation et l’après-guerre qui clôt le récit. Jozefina Szelinska, dite Juna, muse, compagne de Bruno Schulz, le fréquenta de 1933 à 1937. Cette dernière est professeure, elle aime, comme lui, Kafka et Rilke qu’ils lisent tous deux dans le texte.

Ce qui fascine d’emblée le lecteur dans ce roman, c’est de constater que rapidement, d’une manière presque évidente, Bruno Schulz, auteur de nouvelles et de romans, dessinateur, est habité par la peur, des crises d’angoisse, de profonds doutes : « Je ne me rendais pas compte que les rues inconnues le fatiguaient, qu’il était effrayé par le trafic urbain et la foule (…) Il se recroquevillait comme un escargot dans sa coquille de peur que quelqu’un l’écrase. J’ai compris cela trop tard ».

Une vie entière, Robert Seethaler

Ecrit par Stéphane Bret , le Jeudi, 15 Octobre 2015. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Langue allemande, Roman, Sabine Wespieser

Une vie entière, octobre 2015, traduit de l’allemand (Autriche) par Élisabeth Landes, 157 pages, 18 € . Ecrivain(s): Robert Seethaler Edition: Sabine Wespieser

 

La vie peut-elle être désespérante ? Et dans ce cas, pourquoi s’accrocher à elle ? Ces questions trouvent des réponses dans le roman, saisissant, de Robert Seethaler, Une vie entière. Il s’agit de la vie d’Andreas Egger, jeune paysan né – peut-être ? – le 15 août 1898, dans un village des alpes autrichiennes. Il naît orphelin, battu par l’homme qui l’a recueilli chez lui, un certain Kranzstocker, au point de le rendre boiteux. Le roman débute par la découverte faite par Andreas Egger de Jean des Cornes. Ce dernier agonise sur sa paillasse, Andreas Egger le porte jusqu’au village sur un sentier de montagne long de plus de trois kilomètres. Premières souffrances, douleurs préliminaires de la vie.

Il tombe amoureux de Marie, jeune femme embauchée à la ferme où il travaille, parvient à la rejoindre clandestinement dans le village, mais ne parvient pas à entamer une relation pleine avec cette femme, ne peut lui exprimer son amour, faute de maîtrise suffisante du langage, et ne peut consommer cette relation jusqu’à son terme naturel…

Les Maîtres du printemps, Isabelle Stibbe

Ecrit par Stéphane Bret , le Mercredi, 16 Septembre 2015. , dans La Une Livres, La rentrée littéraire, Critiques, Les Livres, Roman, Serge Safran éditeur

Les Maîtres du printemps, août 2015, 181 pages, 17,90 € . Ecrivain(s): Isabelle Stibbe Edition: Serge Safran éditeur

 

Les Maîtres du printemps est un roman choral, articulé à partir de trois personnages principaux, dont les vies vont s’entrechoquer, se répondre, se faire écho.

Le premier acteur, Pierre Artigas, est métallurgiste à Aublange, localité de Moselle, de la vallée de la Fentsch, région de tradition industrielle autrefois propriété du comité des forges, et par voie de conséquence de la dynastie des de Wendel. Pierre, ainsi qu’il est nommé dans le récit, est syndicaliste, descendant d’immigrés espagnols ; il croit à la solidarité ouvrière, à l’importance de la perpétuation de l’industrie, à la perpétuation de la dignité ouvrière. Il s’implique sans compter dans des actions de toutes sortes : piquets de vigilance, interview auprès des médias pour faire céder « L’Indien » le propriétaire des hauts-fourneaux d’Aublange, peu désireux de prolonger l’activité industrielle en Lorraine.

Le second acteur est Max OBerlé, sculpteur de renom, atteint d’un cancer qui lui laisse peu de chances de survie vu son grand âge – quatre-vingts ans –, a pour dernier projet une statue d’Antigone dans la nef du Grand-Palais. Il se laisse convaincre par des membres du ministère de la Culture, qu’il peut contribuer à la survie du site en sculptant à partir de l’acier produit à Aublange.

2084 La fin du monde, Boualem Sansal

Ecrit par Stéphane Bret , le Mercredi, 09 Septembre 2015. , dans La Une Livres, La rentrée littéraire, Critiques, Les Livres, Maghreb, Roman, Gallimard

2084 La fin du monde, août 2015, 274 pages, 19,50 € . Ecrivain(s): Boualem Sansal Edition: Gallimard

 

2084 La fin du monde est un pamphlet, un récit utilisant la trame romanesque et les rebondissements d’un conte pour éclairer le lecteur et le mettre face à des vérités désagréables et bien dérangeantes : par exemple, celle qui est énoncée en exergue du roman : « La religion fait peut-être aimer Dieu mais rien n’est plus fort qu’elle pour faire détester l’homme et haïr l’humanité ».

Le roman a pour cadre l’Abistan, un immense empire conquis autrefois sur les infidèles, les ennemis de la Foi. Le système de cette contrée repose sur la soumission à un dieu unique, Yölah, dont le prophète, Abi, est le délégué sur terre. Toute idée personnelle, toute pensée originale ou manifestant le moindre commencement de déviance y est bannie. L’écriture révérée est le Gkabul, dont les habitants de cet empire doivent s’imprégner sans cesse, le psalmodier à de nombreuses reprises dans la journée dans les mockbas, lieux de culte. Cet environnement doit rappeler quelque chose aux lecteurs contemporains, mais Boualem Sansal dans sa préface nous avertit avec force humour et ironie : toute ressemblance avec une réalité existante est fortuite, le récit se déroulant dans un futur lointain naturellement sans rapport avec l’actualité.