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Cette nuit, Joachim Schnerf

Ecrit par Gilles Banderier , le Mardi, 23 Janvier 2018. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Roman, Zulma

Cette nuit, janvier 2018, 146 pages, 16,50 € . Ecrivain(s): Joachim Schnerf Edition: Zulma

 

Salomon est un vieil homme qui porte à l’avant-bras un tatouage. Pas un prénom féminin, un cœur ou quelque autre emblème folklorique. Une suite de chiffres. Enfant, il fut déporté à Auschwitz avec ses parents. Lui seul en réchappa et put revenir du dernier cercle de l’enfer. On a beaucoup publié sur des thèmes comme « vivre après Auschwitz », « écrire après Auschwitz », « aimer son semblable et lui faire confiance après Auschwitz », etc. Pour Salomon, ce ne sont pas des questions théoriques. Ayant vu ce que personne n’aurait jamais dû voir et ce que nul ne peut pleinement communiquer, il surmonta cette expérience en développant un « humour concentrationnaire » très personnel. Il prit le parti d’en rire, ce qui ne manque jamais de provoquer de l’embarras (pour le dire gentiment) en société. Peut-être grâce à cette politesse du désespoir (une définition bien connue de l’humour), Salomon put fonder une famille et mener une vie aussi normale que possible. Joachim Schnerf prend son personnage de patriarche à un moment délicat de son existence : il vient de perdre sa femme et doit organiser seul la Pâque juive qui s’annonce.

À mon très cher ami. Petite anthologie des dédicaces de la littérature française, réunies et présentées par Jean-Christophe Napias

Ecrit par Gilles Banderier , le Lundi, 15 Janvier 2018. , dans La Une Livres, Anthologie, Critiques, Les Livres, La Table Ronde

À mon très cher ami. Petite anthologie des dédicaces de la littérature française, novembre 2017, 608 pages, 19,50 € Edition: La Table Ronde

 

Le fait de dédier un livre à quelqu’un est une pratique ancienne, remontant à l’Antiquité. Saint Luc, un écrivain hellénisé, a dédié son évangile et les Actes des Apôtres à un certain Théophile, dont on a discuté s’il avait véritablement existé (pourquoi ne serait-ce pas le cas ?) ou s’il s’agissait d’une sorte de pseudonyme collectif. Quoi qu’il en ait été, nombreux sont les dédicataires dont le souvenir ne se conserve que grâce aux livres qui leur furent offerts. Seuls les spécialistes d’histoire anglaise, et encore, connaîtraient le comte de Southampton, Henry Wriothesley (1573-1624), si Shakespeare ne lui avait pas dédié des poèmes. Qui aurait entendu parler d’Alfonso Diego López de Zuñiga y Sotomayor, duc de Béjar, s’il n’était le dédicataire de deux œuvres majeures de la littérature ibérique (la première partie du Don Quichotte et les Solitudes de Góngora) ? On ne rencontre que rarement le nom de Léon Werth en dehors du Petit Prince.

Le Clan Spinoza. Amsterdam, 1677. L’invention de la liberté, Maxime Rovere (2ème critique)

Ecrit par Gilles Banderier , le Mercredi, 10 Janvier 2018. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Essais, Flammarion

Le Clan Spinoza. Amsterdam, 1677. L’invention de la liberté, septembre 2017, 562 pages, 23,90 € . Ecrivain(s): Maxime Rovere Edition: Flammarion

 

« At nihilominus sentimus, experimurque, nos aeternos esse » (« nous sentons néanmoins et nous savons par expérience que nous sommes éternels »). Quel homme a pu écrire une phrase pareille et, ensuite, aller dormir, manger ou fumer une pipe ? Car Spinoza n’a pas utilisé credimus, « nous croyons » : la première secte religieuse venue ne propose pas moins que l’immortalité future à ses adhérents. Il a écrit « nous sentons » et « nous expérimentons », deux modalités bien précises de la connaissance. Il existe un mystère de Spinoza, analogue au mystère de Shakespeare. Quiconque a pratiqué ses livres a senti que les perspectives ouvertes par son œuvre excèdent la biographie du personnage, les quarante-cinq années qu’il vécut sur terre. Que Kant, qui posa des limites au savoir humain, bannit l’aventure métaphysique du champ des sciences, sépara ce qui était possible d’être connu et ce qui ne l’était pas, fut également le philosophe qui mena la vie la moins intéressante, répond à une congruité logique.

Les Tyrannosaures de la République, Jean-Joël Brégeon, Gérard Guicheteau, par Gilles Banderier

Ecrit par Gilles Banderier , le Lundi, 08 Janvier 2018. , dans La Une CED, Les Chroniques

Les Tyrannosaures de la République, Jean-Joël Brégeon, Gérard Guicheteau, Éditions du Rocher, novembre 2017, 196 pages, 18 €

 

Les historiens assurent à qui veut bien les écouter qu’ils étudient le passé de manière objective et dépassionnée. Comment les croire, quand on sait la quantité de facteurs, purement subjectifs, qui interviennent ne serait-ce que dans le choix du sujet traité ? Un événement aussi lointain que la chute de l’Empire romain a été abordé jusqu’à nos jours, suivant des grilles d’interprétation diamétralement opposées. On ne sait même pas si ce fut une bonne ou une mauvaise chose. Aucun accord n’a jamais pu s’établir, relativement aux causes réelles (économiques, sociales, démographiques, militaires ou écologiques) de cet événement capital. Le plus simple, à bien des égards, serait de dire qu’il est inexplicable rationnellement, mais on ne compose pas des thèses de doctorat ou des ouvrages grand public sur un présupposé pareil. Le désaccord est encore plus marqué lorsque les partis-pris politiques s’en mêlent, ce qui ne manque jamais de se produire. Quoi qu’il prétende, un historien n’étudiera pas de la même manière la Révolution française, selon qu’il adhère à une opinion progressiste ou à une vision conservatrice du monde.

Par-delà les glaces, Gunilla Linn Persson

Ecrit par Gilles Banderier , le Jeudi, 21 Décembre 2017. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Pays nordiques, Roman, Les Escales

Par-delà les glaces, novembre 2017, trad. suédois Martine Desbureaux, 314 pages, 20,90 € . Ecrivain(s): Gunilla Linn Persson Edition: Les Escales

 

Envisagés au strict et exclusif point de vue numérique, et avec la sûreté du coup d’œil rétrospectif, sept morts, le 14 février 1914, ce n’est pas un chiffre considérable, surtout si l’on pense aux forces qui, au même moment, s’éveillaient lentement dans l’ombre, comme un chat étirerait ses griffes ; forces qui feront bientôt en Europe des dizaines de milliers de morts chaque jour. Mais, pour une petite île faiblement peuplée, perdue au large de la Suède, sept morts font un bilan énorme, surtout quand il s’agit d’une partie de l’avenir de l’île, d’enfants et d’adolescents partis faire la fête dans l’île voisine et qui choisirent de rentrer chez eux en passant par la mer gelée. Malheureusement, c’est aussi le moment que choisit, pour se déchaîner, la pire tempête de neige qu’on ait vue d’insulaire mémoire. Aucun des sept jeunes gens n’en réchappera et tous seront retrouvés morts de froid ou de fatigue. Dans ce petit monde isolé, où tout le monde se connaît, où tout le monde se déteste, où chacun a un vieux litige en cours avec tout le monde, la famille de l’adolescent qui menait ses camarades et avait eu l’idée insensée de vouloir rentrer en pleine nuit (il fut retrouvé mort, tenant dans sa main gelée une boussole dont il n’avait pas su se servir), cette famille fut désignée à la vindicte générale. Et, dans ce type de communauté, les haines sont tenaces.