« Si à si bonnes enseignes je sçavois quelqu'un qui me fut propre, certes je l'irois trouver bien loing ; car la douceur d'une sortable et aggreable compaignie ne se peut assez acheter à mon gré. O un amy ! Combien est vraye cette ancienne sentence, que l'usage en est plus nécessaire et plus doux que des elemens de l'eau et du feu » (Essais, III, 9, éd. Villey-Saulnier, p. 981). Il y avait du Montaigne chez Stefan Zweig ; Montaigne, à qui il consacra un livre demeuré inachevé. « Je lis ici Montaigne comme une découverte ; certains auteurs se révèlent à nous seulement à un certain âge et dans des moments choisis […] Je lis Montaigne maintenant chaque jour […] il n’y a que la liberté intérieure, et lui il l’avait comme peu de gens dans ce monde. C’est un auteur fortifiant », écrivait-il à Jules Romains depuis le Brésil (28 octobre et 3 novembre 1941, p. 540 et 542). L’écrivain autrichien avait reconnu dans le maire de Bordeaux un esprit parent du sien.
Entre autres vertus, Zweig possédait le don de l’amitié. Comme d’autres écrivains – Jean-Antoine de Baïf, Guillaume Colletet ou Théophile Gautier (le « bon Théo ») – il ne demandait qu’à se faire de nouveaux amis et à les traiter comme tels.