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Articles taggés avec: Banderier Gilles

Philip Roth, Romans (1993-2007) en La Pléiade (par Gilles Banderier)

Ecrit par Gilles Banderier , le Mardi, 13 Janvier 2026. , dans La Une CED, La Pléiade Gallimard, Les Chroniques, Les Livres

Philip Roth, Romans (1993-2007), édition publiée sous la direction de Philippe Jaworski, avec la collaboration de Nicolas Cavaillès, Aurélie Guillain et Paule Lévy, Paris, Gallimard, « Bibliothèque de la Pléiade », septembre 2025, L + 1610 pages, 76 €.

En janvier 1988, Philip Roth reçut dans sa chambre d’hôtel new-yorkaise l’appel téléphonique d’un de ses cousins en Israël, lui reprochant à demi-mot de ne pas être venu le voir, alors qu’il se trouvait en ce moment à Jérusalem, comme l’avaient rapporté les médias locaux. À peine remis de sa surprise, le romancier américain répondit à un autre coup de fil, cette fois de son confrère Aharon Appelfeld, lui demandant pourquoi, avant de se rendre en Israël, il était passé par Gdansk et pour quelle raison il avait éprouvé le besoin d’y rencontrer Lech Wałęsa, rencontre dont un journal israélien s’est fait l’écho. Comme il suivait à ce moment de son existence un puissant traitement anti-dépresseur (dont on connaît les redoutables effets secondaires), Philip Roth se demanda s’il n’était pas victime d’hallucinations aussi élaborées que vicieuses (« C’est Zuckerman, me dis-je, espérant follement et bêtement m’en tirer par une pirouette, c’est Kepesh, c’est Tarnopol et Portnoy – ils ne font plus qu’un, ils sont sortis des livres et, pour se moquer, ils se sont incarnés en un fac-similé caricatural de moi-même ») et, depuis son hôtel de New York, il se décida à appeler Philip Roth dans son hôtel à Jérusalem.

Le Procès de Baudelaire, Raphaël Belaïche (par Gilles Banderier)

Ecrit par Gilles Banderier , le Mardi, 06 Janvier 2026. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Essais, Histoire

Le Procès de Baudelaire, Raphaël Belaïche, préface d’André Guyaux, Genève, Droz, 2025, 674 pages, 24 €

Fondées en 1924 par Eugénie Droz (1893-1976), les éditions éponymes furent dès l’origine spécialisées dans les livres d’érudition, conçus pour être lus pendant plusieurs décennies et constituer des références ; des ouvrages solides, érudits, échappant à toutes les modes qui, avec une belle constance dans le néant, ont déferlé sur le monde universitaire depuis les années 1950 (marxisme, structuralisme, « nouvelle critique », gender et queer studies, études coloniales, etc.).

En plus de ces qualités, l’ouvrage de maître Raphaël Belaïche, Le Procès de Baudelaire, est un livre passionnant. Quiconque a approché Les Fleurs du Mal sait que, sitôt son recueil paru, Baudelaire se retrouva avec sur les bras un procès pour « outrage à la morale publique et aux bonnes mœurs », sort qu’il partagea la même année avec Flaubert, jugé également sous le même chef d’accusation. Le patronyme du procureur qui officia lors des deux procès – Pinard – a fait rire des générations d’étudiants en lettres.

J’ai un rendez-vous avec la Mort… Alan Seeger (par Gilles Banderier)

Ecrit par Gilles Banderier , le Mardi, 16 Décembre 2025. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Correspondance, Poésie, Les Belles Lettres

J’ai un rendez-vous avec la Mort… Alan Seeger, Lettres et poèmes écrits durant la guerre, réunis par son père et traduits par Odette Raimondi-Matheron, Paris, Les Belles-Lettres, 2025, 302 pages, 23, 50 € Edition: Les Belles Lettres

Existe-t-il un équivalent français d’Alan Seeger, né en 1888 à New York, mort en 1916 sur un de ces fronts absurdes de la Première Guerre mondiale ? Ce n’est pas qu’il n’y ait pas eu de poètes français morts dans ce massacre inutile – la liste en est au contraire fort longue, dont bien des jeunes poètes qui n’eurent que le temps de donner, qui une plaquette, qui un recueil – poètes prometteurs sans le moindre doute, mais fauchés en pleine floraison (on pense par exemple à Jean de La Ville de Mirmont). Le cas d’Alan Seeger est différent : il eut, comme Rupert Brooke, la chance ambiguë de composer au moins un poème devenu très tôt célèbre, qui figure dans la plupart des anthologies de poésie anglo-américaine, une sorte de « Dormeur du val » anglais : « I have a Rendezvous with Death ». Ce poème était, paraît-il, le préféré du défunt président Kennedy (ce qui ne prouve rien en faveur ou en défaveur de sa qualité) et une légende, qui vaut ce que valent les légendes, affirme qu’il en aurait eu une copie dans la poche de sa veste, le jour de son assassinat. Quoi que l’on pense du président Kennedy et de ses préférences littéraires, il faut admettre que le poème de Seeger est un grand texte et son auteur un écrivain de premier plan.

Aurélia, ou le Rêve et la Vie, Gérard de Nerval, édition nouvelle, établie et présentée par Michel Brix (par Gilles Banderier)

Ecrit par Gilles Banderier , le Mercredi, 03 Décembre 2025. , dans La Une Livres, En Vitrine, Cette semaine, Les Livres, Critiques, Poésie, Roman, Editions Honoré Champion

Gérard de Nerval, Aurélia, ou le Rêve et la Vie, édition nouvelle, établie et présentée par Michel Brix, Paris, Honoré-Champion, juillet 2025, 240 pages, 42 €. Edition: Editions Honoré Champion

 

Est-il possible que, depuis sa publication au milieu du XIXe siècle, nous n’ayons jamais lu Aurélia, qui passe à juste titre pour un des chefs-d’œuvre de Nerval ? La première partie du roman fut publiée dans la Revue de Paris le 1er janvier 1855 et la suite annoncée pour le 15. En réalité, les lecteurs durent attendre jusqu’au 15 février. Dans l’intervalle, le 26 janvier, Nerval fut retrouvé pendu « dans la rue la plus noire qu’il pût trouver » (Baudelaire), avec quatre feuillets manuscrits d’Aurélia au fond des poches.

Or Nerval fut ce poète qui composa de son vivant sa propre épitaphe : « Un jour il entendit qu’à sa porte on sonnait. // C’était la Mort ! Alors il la pria d’attendre // Qu’il eût posé le point à son dernier sonnet ». Ce perfectionnisme déclaré a été mis en avant pour contredire l’hypothèse du suicide, qui laissa Aurélia dans un état d’inachèvement définitif. Ou Nerval mît-il fin à ses jours parce qu’il était incapable de donner à cette œuvre la forme qu’il souhaitait ?

Les Rues parallèles, Gérald Tenenbaum (par Gilles Banderier)

Ecrit par Gilles Banderier , le Lundi, 24 Novembre 2025. , dans La Une CED, Les Chroniques, Les Livres

Les Rues parallèles, Gérald Tenenbaum, Cohen et Cohen, octobre 2025, 136 pages, 20 €.

 

On surprend en général les étudiants et les personnes qui n’ont guère réfléchi à ce qu’est la littérature (envisagée comme un champ spécifique de l’expérience humaine, voire comme une activité propre à l’humanité – la danse des abeilles est fascinante, mais aucune abeille n’a jamais dansé pour signaler un champ de fleur qui n’existerait pas) en leur disant qu’il est plus difficile de réussir une nouvelle qu’un roman. Ils voient dans cette affirmation une forme de paradoxe, ne s’arrêtant qu’à la quantité de temps et de travail requis (il est a priori plus long d’écrire un roman de cinq cents pages qu’une nouvelle de dix). Mais, même s’ils sont tous deux des représentants du genre narratif, roman et nouvelle obéissent à des lois différentes. Là où le roman peut se permettre de prendre son temps (faculté dont les romanciers abusent souvent) et de ne pas entrer dans le vif du sujet avant plusieurs dizaines de pages, ce qui constitue un bon moyen d’irriter les lecteurs, la nouvelle requiert dans son résultat rapidité, nerf et concentration. Ainsi s’explique en partie le fait que, si les maîtres du roman sont nombreux, ceux de la nouvelle se comptent sur les doigts de la main. On connaît la remarque de Claude Roy :