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Articles taggés avec: Banderier Gilles

Quartier des fantômes, Rithy Panh et Christophe Bataille (par Gilles Banderier)

Ecrit par Gilles Banderier , le Mercredi, 27 Mai 2026. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Grasset

Quartier des fantômes, Rithy Panh et Christophe Bataille, Paris, Grasset, janvier 2026, 126 pages, 15 €. Edition: Grasset


Le XXe siècle mériterait le surnom de « siècle des génocides », tant ils en scandèrent le cours sans épargner aucun continent (sauf peut-être le Nouveau Monde), du génocide arménien à celui perpétré au cœur de l’Afrique. Certains furent accomplis avec l’efficacité et la froideur planificatrice de la technologie, d’autres avec des moyens extraordinairement primitifs, sans qu’ils fussent moins meurtriers pour autant.

Le génocide qui se déroula au Cambodge entre 1975 et 1979 appartenait à la seconde catégorie. Les Khmers rouges auraient eu du mal à utiliser les ressources de la technique (« toute machine sera bientôt détruite ou effacée, puisque issue elle aussi de la classe bourgeoise et capitaliste. Seul le bras paysan ou ouvrier sera admirable », p. 86), attendu que tout ce qui ressemblait de près ou de loin à un appareil avait été anéanti par leur idéologie abjecte, mélange empoisonné de marxisme, de pastoralisme, d’archaïsme et de superstitions absurdes (les jeunes filles vierges vidées de leur sang pour faire des transfusions aux dignitaires du régime – p. 25).

Comment pensent les démocraties. Les ressorts cachés des idéologies, Marcel Gauchet (par Gilles Banderier)

Ecrit par Gilles Banderier , le Mardi, 19 Mai 2026. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Albin Michel, Essais

Comment pensent les démocraties. Les ressorts cachés des idéologies, Marcel Gauchet, Paris, Albin-Michel, janvier 2026, 264 pages, 21, 90 €.

Une fois n’est pas coutume, le sous-titre du livre de Marcel Gauchet est plus explicite que le titre. Qu’est-ce qu’une idéologie ? Contrairement à ce que l’on pourrait penser, le terme est de facture relativement récente et on connaît même le patronyme de son inventeur, Antoine Destutt de Tracy (1754-1836), un de ces personnages nés comme tant d’autres (on pense en premier à Châteaubriand) entre deux mondes, trop mûr pour ne pas avoir bien connu le « monde d’avant » détruit par la Révolution – un bouleversement dont on ne saurait sous-estimer l’ampleur – et encore assez jeune pour être contraint de vivre dans le monde nouveau et devoir s’y faire une place. Venu de la carrière des armes, il ne s’en sortit pas trop mal, fut élu député aux États généraux et prononça en 1795 une conférence retentissante dans laquelle il employa pour la première fois le néologisme qu’il avait forgé. Il agrégea autour de lui un groupe nommé précisément les « Idéologues » (Roederer, Volney, …), avec lequel Marcel Gauchet se montre inutilement sévère, les qualifiant de « groupe de médiocres vaincus de l’histoire, dépassés tant intellectuellement que politiquement par des tâches trop grandes pour eux » (p. 18).

Donald & le canon. Quand dire, c’est faire, Saint-Victor-de-Morestel, Éric Fauquet (par Gilles Banderier)

Ecrit par Gilles Banderier , le Mercredi, 29 Avril 2026. , dans La Une CED, Les Chroniques, Les Livres

Donald & le canon. Quand dire, c’est faire, Saint-Victor-de-Morestel, Éric Fauquet, Les Provinciales, janvier 2026, 64 pages, 12 €

 

Au sujet des élections américaines en général et, en particulier, du premier (2017-2021) et du second mandat (2025-2029) de Donald J. Trump, deux remarques au moins peuvent être formulées. La première est qu’on avait l’impression que ce processus électoral concernait au premier chef la France et que les Français, ou au moins leurs journalistes, eussent pu en influencer le résultat par ce qui aurait ressemblé à de la pensée magique. On peut être sûr qu’à l’époque où la France entretenait un empire colonial, aucun Annamite ni aucun Sénégalais ne s’était à ce point pris goûlument de passion pour les méandres de la vie politique métropolitaine. La France, en cela comme en d’autres aspects, est devenue une colonie mentale, un dominion des États-Unis, et rien ne l’illustre mieux que cette situation grotesque où les journalistes donnaient l’impression que la campagne électorale américaine se déroulait en France. La seconde remarque est que, alors que de toute manière le gouvernement américain, qu’il soit républicain ou démocrate, ne se souciera que de son propre pays et nullement de cette

La Gastronomie, ou l’Homme des champs à table, Joseph Berchoux (par Gilles Banderier)

Ecrit par Gilles Banderier , le Mercredi, 08 Avril 2026. , dans La Une CED, Les Chroniques, Les Livres, Editions Honoré Champion

La Gastronomie, ou l’Homme des champs à table, Joseph Berchoux, édition critique établie et commentée par Guilhem Armand, Paris, Honoré-Champion, 2025, 316 pages, 50 €.

De Virgile au milieu du XIXe siècle, il y eut en Europe une tradition ininterrompue de poésie didactique, qui commença par chanter l’agriculture, l’astronomie et finit par célébrer l’aérostat (L’Observatoire volant et le triomphe héroïque de la navigation aérienne, et des vésicatoires amusants et célestes, poème en quatre chants d’Arnaud de Saint-Maurice, 1784), le goudron, le thermomètre ou l’électricité, ... L’écrasante majorité de ces œuvres est oubliée et ce n’est pas injuste ; il n’en reste pas moins que cette tradition a existé, qu’elle est digne d’être étudiée, ne serait-ce que dans la mesure où elle exerça une influence importante, préparant le terrain à la réaction baudelairienne qui condamnera sans appel la poésie didactique (« il est une autre hérésie, qui, grâce à l’hypocrisie, à la lourdeur et à la bassesse des esprits, est bien plus redoutable et a des chances de durée plus grandes — une erreur qui a la vie dure, — je veux parler de l’hérésie de l’enseignement, laquelle comprend comme corollaires inévitables, l’hérésie de la passion, de la vérité et de la morale », « Notes nouvelles sur Edgar Poe », 1857, préface aux Nouvelles histoires extraordinaires), alors que la mode était passée sans retour.

Karl Popper, La Quête inachevée (par Gilles Banderier)

Ecrit par Gilles Banderier , le Vendredi, 20 Mars 2026. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Iles britanniques, Essais, Les Belles Lettres

Karl Popper, La Quête inachevée, traduit de l’anglais par Renée Bouveresse et Michelle Bouin-Naudin, Paris, Les Belles-Lettres, septembre 2025, 350 pages, 17 €. . Ecrivain(s): Karl Popper Edition: Les Belles Lettres

 

Très rares sont les autobiographies philosophiques qui commencent ainsi : « À vingt ans, je devins apprenti chez un vieux maître ébéniste à Vienne, Adalbert Pösch. J’ai travaillé avec lui de 1922 à 1924, peu de temps après la Première Guerre mondiale. Sa ressemblance avec Georges Clemenceau était totale, mais c’était un homme aimable et très doux. J’avais gagné sa confiance, de telle sorte que, lorsque nous étions seuls dans son atelier, il me faisait profiter bien souvent des inépuisables richesses de son savoir ». Il n’est jamais mauvais, pour quelqu’un qui se vouera à la philosophie, de se frotter, voire de se heurter à la matière, à la réalité : cela pourra lui éviter d’écrire n’importe quoi ensuite. Cet ancrage « réaliste » n’empêchera par Karl Popper de mettre son esprit et son talent au service des abstractions de la logique et de la théorie de la connaissance, même si l’œuvre qui lui valut la célébrité – La Société ouverte et ses ennemis – ressortit à la philosophie politique. Au même titre que Haendel, Popper fit partie de ces cadeaux imprévus que le monde germanique fit à la Grande-Bretagne, avec une importante étape intermédiaire.