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L’Ami de Dieu de l’Oberland, Lettres aux Amis de l’Île-Verte (1363-1381) (par Gilles Banderier)

Ecrit par Gilles Banderier , le Mercredi, 11 Février 2026. , dans La Une CED, Les Chroniques, Les Livres

L’Ami de Dieu de l’Oberland, Lettres aux Amis de l’Île-Verte (1363-1381), traduit du moyen haut-allemand et présenté par Jean Moncelon et Heidi Schäfer, Paris, Arfuyen, novembre 2025, 152 pages, 16, 50 €.

 

Parmi les lieux qui ont façonné la civilisation européenne, pour le meilleur comme pour le pire, on évoque en général des cités : Jérusalem, Athènes, Rome – métonymies d’apports inestimables. On néglige cependant d’autres lieux, non plus des villes, mais des fleuves : le Rhin, de Bâle à Rotterdam ; le Danube, de Passau à Vienne, voire au-delà. Toujours semblables et toujours différents, à la fois frontières et lieux de passage, ils séparent et relient en même temps, charriant au long des siècles idées, marchandises et décombres. Il existe une civilisation des fleuves – et des villes – qui en parsèment le cours.

Fondées voici plus de cinquante ans, les éditions Arfuyen ont publié, entre autres, plusieurs volumes de traductions rendant accessibles au lecteur francophone les textes plus ou moins importants de ce courant que l’on a appelé la « mystique rhénane », écrits contemporains des grandes cathédrales gothiques. Un nouveau titre rejoint aujourd’hui le catalogue, un ouvrage aussi fascinant que mystérieux.

Ceci est mon sang, Olivier Véron (par Gilles Banderier)

Ecrit par Gilles Banderier , le Mardi, 20 Janvier 2026. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Essais

Ceci est mon sang, Olivier Véron, Saint-Victor-de-Morestel, Les Provinciales, septembre 2025, 160 pages, 15 €

Au mois d’octobre 2025, l’Église catholique a commémoré le soixantième anniversaire de la déclaration Nostra Aetate. Ce document, qui selon l’usage a reçu son nom des premiers mots du texte original latin, fut un fruit, moins amer que les autres, du second Concile du Vatican, un événement qui s’éloigne inexorablement dans le temps et auquel seuls les fidèles les plus âgés (la fameuse génération des boomers) font encore référence. Le débat est toujours ouvert, quant à savoir si ce concile, dont un des buts avait été de remédier (déjà) à une désaffection croissante des églises, fut ou non la matrice de la catastrophe à venir et quelle fut la responsabilité des Pères conciliaires les plus progressistes, qui aboutirent entre autres choses à un alignement du catholicisme sur la Réforme, dont il ne s’est jamais remis.

Nostra Aetate fut, dit-on, le résultat d’une rencontre entre le pape Jean XXIII et Jules Isaac, l’historien bien connu, auteur du séminal Jésus et Israël (1948). Mais la déclaration conciliaire provenait de plus haut. Lorsqu’il était encore Angelo Roncalli, délégué apostolique à Istanbul, le futur Jean XXIII délivra des milliers de visas à des Juifs, leur permettant d’échapper à la mort (voir Alexandre Adler, Une Affaire de famille. Jean XXIII, les Juifs et les Chrétiens, 2014).

Philip Roth, Romans (1993-2007) en La Pléiade (par Gilles Banderier)

Ecrit par Gilles Banderier , le Mardi, 13 Janvier 2026. , dans La Une CED, La Pléiade Gallimard, Les Chroniques, Les Livres

Philip Roth, Romans (1993-2007), édition publiée sous la direction de Philippe Jaworski, avec la collaboration de Nicolas Cavaillès, Aurélie Guillain et Paule Lévy, Paris, Gallimard, « Bibliothèque de la Pléiade », septembre 2025, L + 1610 pages, 76 €.

En janvier 1988, Philip Roth reçut dans sa chambre d’hôtel new-yorkaise l’appel téléphonique d’un de ses cousins en Israël, lui reprochant à demi-mot de ne pas être venu le voir, alors qu’il se trouvait en ce moment à Jérusalem, comme l’avaient rapporté les médias locaux. À peine remis de sa surprise, le romancier américain répondit à un autre coup de fil, cette fois de son confrère Aharon Appelfeld, lui demandant pourquoi, avant de se rendre en Israël, il était passé par Gdansk et pour quelle raison il avait éprouvé le besoin d’y rencontrer Lech Wałęsa, rencontre dont un journal israélien s’est fait l’écho. Comme il suivait à ce moment de son existence un puissant traitement anti-dépresseur (dont on connaît les redoutables effets secondaires), Philip Roth se demanda s’il n’était pas victime d’hallucinations aussi élaborées que vicieuses (« C’est Zuckerman, me dis-je, espérant follement et bêtement m’en tirer par une pirouette, c’est Kepesh, c’est Tarnopol et Portnoy – ils ne font plus qu’un, ils sont sortis des livres et, pour se moquer, ils se sont incarnés en un fac-similé caricatural de moi-même ») et, depuis son hôtel de New York, il se décida à appeler Philip Roth dans son hôtel à Jérusalem.

Le Procès de Baudelaire, Raphaël Belaïche (par Gilles Banderier)

Ecrit par Gilles Banderier , le Mardi, 06 Janvier 2026. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Essais, Histoire

Le Procès de Baudelaire, Raphaël Belaïche, préface d’André Guyaux, Genève, Droz, 2025, 674 pages, 24 €

Fondées en 1924 par Eugénie Droz (1893-1976), les éditions éponymes furent dès l’origine spécialisées dans les livres d’érudition, conçus pour être lus pendant plusieurs décennies et constituer des références ; des ouvrages solides, érudits, échappant à toutes les modes qui, avec une belle constance dans le néant, ont déferlé sur le monde universitaire depuis les années 1950 (marxisme, structuralisme, « nouvelle critique », gender et queer studies, études coloniales, etc.).

En plus de ces qualités, l’ouvrage de maître Raphaël Belaïche, Le Procès de Baudelaire, est un livre passionnant. Quiconque a approché Les Fleurs du Mal sait que, sitôt son recueil paru, Baudelaire se retrouva avec sur les bras un procès pour « outrage à la morale publique et aux bonnes mœurs », sort qu’il partagea la même année avec Flaubert, jugé également sous le même chef d’accusation. Le patronyme du procureur qui officia lors des deux procès – Pinard – a fait rire des générations d’étudiants en lettres.

J’ai un rendez-vous avec la Mort… Alan Seeger (par Gilles Banderier)

Ecrit par Gilles Banderier , le Mardi, 16 Décembre 2025. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Correspondance, Poésie, Les Belles Lettres

J’ai un rendez-vous avec la Mort… Alan Seeger, Lettres et poèmes écrits durant la guerre, réunis par son père et traduits par Odette Raimondi-Matheron, Paris, Les Belles-Lettres, 2025, 302 pages, 23, 50 € Edition: Les Belles Lettres

Existe-t-il un équivalent français d’Alan Seeger, né en 1888 à New York, mort en 1916 sur un de ces fronts absurdes de la Première Guerre mondiale ? Ce n’est pas qu’il n’y ait pas eu de poètes français morts dans ce massacre inutile – la liste en est au contraire fort longue, dont bien des jeunes poètes qui n’eurent que le temps de donner, qui une plaquette, qui un recueil – poètes prometteurs sans le moindre doute, mais fauchés en pleine floraison (on pense par exemple à Jean de La Ville de Mirmont). Le cas d’Alan Seeger est différent : il eut, comme Rupert Brooke, la chance ambiguë de composer au moins un poème devenu très tôt célèbre, qui figure dans la plupart des anthologies de poésie anglo-américaine, une sorte de « Dormeur du val » anglais : « I have a Rendezvous with Death ». Ce poème était, paraît-il, le préféré du défunt président Kennedy (ce qui ne prouve rien en faveur ou en défaveur de sa qualité) et une légende, qui vaut ce que valent les légendes, affirme qu’il en aurait eu une copie dans la poche de sa veste, le jour de son assassinat. Quoi que l’on pense du président Kennedy et de ses préférences littéraires, il faut admettre que le poème de Seeger est un grand texte et son auteur un écrivain de premier plan.