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American Spirits, Russell Banks (par Didier Smal)

Ecrit par Didier Smal , le Jeudi, 07 Mai 2026. , dans La Une Livres, Actes Sud, Les Livres, Critiques, Roman, USA

American Spirits, Russell Banks, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Pierre Furlan, Actes Sud, février 2026, 256 pages, 22,80 € . Ecrivain(s): Russel Banks Edition: Actes Sud

 

Il est désagréable de parler de Russell Banks au passé, même si on n’a pas lu son œuvre dans son intégralité : entre autres, il est et restera le président du regretté Parlement des Écrivains, et ce titre lui va comme un gant. A-t-on envie de disserter sur l’œuvre de Russell Banks ? Non. Juste dire qu’au moins trois de ses romans persistent dans l’esprit du lecteur amateur de ces histoires de l’Amérique au niveau des histoires de Springsteen – et c’est un fameux compliment. Allez, pour le plaisir : La Relation de mon emprisonnement, De Beaux lendemains et American Darling. Et on feint d’en oublier quatre ou cinq du même tonneau.

Mais il n’y en aura plus d’autres, donc, et Americain Spirits, recueil de trois nouvelles, est la dernière fois que le nom de Russell Banks apparaît dans le fil de l’actualité littéraire – mais quelle belle queue de comète ! En effet, c’est un peu comme pour l’œuvre de certains auteurs que la Faucheuse n’a pas pris par surprise : l’impression que Banks a ramassé en trois brefs récits aussi puissants qu’un poing volant à toute allure tout ce qui est constitutif de son œuvre, avec au premier plan cette question lancinante que semble poser à l’Amérique une bonne partie de l’œuvre de Banks :

Projet Dernière Chance, Andy Weir (par Didier Smal)

Ecrit par Didier Smal , le Jeudi, 07 Mai 2026. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Roman, Science-fiction

Projet Dernière Chance, Andy Weir, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Nenad Savic, Ed. Bragelonne, mars 2026, 600 pages, 9,95 €

 

La presse dans son ensemble célèbre l’adaptation cinématographique de Projet Dernière Chance par Phil Lord et Christopher Miller, avec Ryan Gosling en tête d’affiche ; très bien, mais on reste libre de se faire son propre cinéma en cours de lecture, surtout si le roman est d’aussi bonne facture que celui signé Andy Weir, son troisième après Seul sur Mars (porté lui aussi à l’écran) et Artémis.

De bonne facture, il l’est grâce à son dispositif narratif : l’essentiel de l’action se déroule dans le vaisseau Dernière Chance, où se réveille un Ryland Grace comateux et à qui la mémoire revient peu à peu, d’où des flashbacks arrivant toujours à point nommé pour expliquer la raison de telle émotion ou la connaissance de telle technique, la possession de tel savoir.

Les Cerfs-volants, Romain Gary (par Didier Smal)

Ecrit par Didier Smal , le Lundi, 27 Avril 2026. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Folio (Gallimard), Roman

Les Cerfs-volants, Romain Gary, Folio, octobre 1983, 384 pages, 10 € . Ecrivain(s): Romain Gary Edition: Folio (Gallimard)


C’est rare, mais ça arrive : ouvrir une critique par une dédicace. Alors j’y vais, puisque de toute façon, au risque de faire grincer les dents à mon aimable rédacteur en chef, je vais amplement déborder du cadre de la recension pour parler de moi, de mon rapport à ce livre, puis de la vie, enfin, tout ce qui s’imbrique et explose à la fois quand on a un livre fétiche. Dédicace, donc : à tous les élèves qui, depuis cinq ans, lisent Les Cerfs-volants en ma compagnie, au terme de deux années où nous avons cheminé ensemble dans la littérature, à ma façon, avec rime et raison, et en toute folie en même temps. À vous tous, garçons et filles, qui m’avez rendu des comptes-rendus de lecture où vous avez accepté cet exercice étrange : vous frotter à un roman, comme des allumettes, au risque de vous enflammer, et raconter ces étincelles devenues flammes plutôt que bêtement résumer le roman. Et à ceux et celles qui, ça me revient aux oreilles, parfois deux ou trois ans plus tard, parlent encore du roman que Smal leur a fait lire et qui les a bouleversés. Et à ceux et celles qui, puisque je m’y tiendrai jusqu’à la fin de ma carrière, liront à leur tour Les Cerfs-volants Je pourrais ajouter, et vous comprendriez, « À la mémoire ».

L’Homme qui mit fin à l’histoire, Ken Liu (par Didier Smal)

Ecrit par Didier Smal , le Lundi, 06 Avril 2026. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Roman, Science-fiction, USA

L’Homme qui mit fin à l’histoire, Ken Liu, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Sylvie Denis, Le Bélial’, coll. « Une Heure-Lumière », août 2016, 112 pages, 9,90 €

 

Ken Liu est un auteur spécialisé dans le récit court de science-fiction, mais avec un talent rare pour transformer une brève histoire en une méditation sur l’un ou l’autre sujet, souvent notre rapport à nous ou à l’Autre, ou notre rapport au langage. Ainsi, je tiens la nouvelle Le Jardin de poussière pour l’une des plus belles réflexions qui soient relatives à ce qu’est l’art, à sa raison d’être dans l’Univers. Et le texte en coda de L’Armée de ceux que j’aime est une merveille absolue de prose poétique. Au passage, ajoutons que Ken Liu multiplie les procédés narratifs, comme s’il était à la recherche de l’expression ultime.

Pour L’Homme qui mit fin à l’Histoire, le procédé est celui du documentaire, avec une langue donc plutôt plate mais extrêmement précise, genre oblige ; cette longue nouvelle (ou ce bref roman – une novella, pour reprendre le terme anglo-saxon ?) se présente comme la retranscription fidèle des propos tenus par les participants à un documentaire du même titre que la nouvelle.

L’Avant-Poste, Dmitri Glukhosky (par Didier Smal)

Ecrit par Didier Smal , le Lundi, 30 Mars 2026. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Roman, Russie, Robert Laffont

L’Avant-Poste, Dmitri Glukhosky, trad. du russe par Raphaëlle Pache, Robert Laffont, février 2023, 368 pages, 22 € Edition: Robert Laffont

Dmitry Glukhovsky est un auteur russe en délicatesse avec le pouvoir en place depuis 2022 ; cela seul le rend sympathique. À la fois journaliste et auteur de romans de science-fiction, il tend à son pays un miroir sans nulle déformation, si ce n’est le grossissement de certains traits observables par toute personne honnêtement informée. Ce miroir, outre par son travail journalistique, il le tend au travers de romans dystopiques, se déroulant dans une Russie post-apocalyptique, dont les plus connus sont la série Métro (2033, 2034 et 2035). Ces trois romans, publiés entre 2005 et 2015, ont rencontré un succès phénoménal, tant en Russie qu’à l’international, faisant même l’objet d’une adaptation en jeu vidéo.

Ils ont pour personnage principal un certain Artyom, qui se transforme peu à peu en héros dans le métro moscovite devenu univers à part entière, renfermé sur lui-même puisque la surface est irradiée et peuplée de créatures monstrueuses – avec le vague espoir qu’existe une ville perdue au fin fond de l’ex-empire russe qui ait survécu, où l’on puisse respirer à l’air libre et cultiver des légumes. Tout le génie de cette série résidait dans la cosmogonie créée par Glukhosky, jusqu’à la confrontation entre des héritiers du nazisme et les tenants du communisme. Rien à redire.