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Stations (entre les lignes), Jane Sautière

Ecrit par Marie du Crest , le Mardi, 15 Septembre 2015. , dans La Une Livres, La rentrée littéraire, Les Livres, Critiques, Verticales, Poésie

Stations (entre les lignes), août 2015, 137 pages, 14,90 € . Ecrivain(s): Jane Sautière Edition: Verticales

 

Transports en commun

Jane Sautière ne raconte pas, ne signe pas de romans (cela fait du bien en septembre) ; elle écrit. Elle écrit et elle dé-crit en blocs et en blancs, la fragmentation des espaces que nous traversons en train, en métro, en bus, en RER, en avion. Le mot stations du titre rend compte à la fois d’un itinéraire (aller au travail ou rentrer chez soi) mais aussi d’un arrêt, d’une pause. Le volume s’articule tout entier dans la discontinuité : des parties numérotées, des titres, des parenthèses y compris dans le titre et en cela, il tient ses promesses poétiques de la forme brève. Le texte d’ailleurs au fil des pages se défait de ses dernières attaches autobiographiques et temporelles. Ouverture sur les lieux de l’enfance et les déménagements successifs, le retour en France, après des séjours à l’étranger, au passé composé ou à l’imparfait (Franconville-La Garenne-Colombes). Jane grandit, devient adulte et entre dans la vie professionnelle, celle du monde pénitentiaire et carcéral en changeant de poste, quittant la région parisienne pour celle de Lyon et revenant à Paris. Le texte bifurque en quelque sorte vers une totale liberté formelle (p.45), « ICI » dans la délivrance des activités, du métier : « Maintenant je ne travaille plus ».

Belgrade, Angelica Liddell

Ecrit par Marie du Crest , le Vendredi, 10 Juillet 2015. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Théâtre

Belgrade, chante, ma langue, le mystère du corps glorieux, trad. de l’espagnol Christilla Vasserot, éditions Théâtrales Maison Antoine Vitez, 2010, 103 pages, 14,50 € . Ecrivain(s): Angélica Liddell

 

« Traversée de douleur »

Liddell écrit en 2008 Belgrade, soit deux ans après les évènements qui constituent le tout début de la pièce : l’hommage rendu par ses partisans serbes, à Slobodan Milosevic, mort en prison aux Pays-Bas alors que son procès devant la cour pénale internationale de la Haye n’était pas terminé. Liddell ne parle pas d’elle ici, n’est pas ici son personnage comme dans d’autres textes, mais elle est celle qui, en 13 scènes, fait entendre les voix de la douleur des peuples des Balkans, durant ce que l’on nomma la guerre dans l’ex-Yougoslavie, mais ces voix sont du côté des assassins désignés, les Serbes et des bonnes consciences étrangères, observatrices du conflit. La guerre, sa violence abominable (les viols, les massacres) est matière de théâtre, comme le dit l’espagnol Baltasar, représentant des humanitaires européens (p.36) :

Ce pays est un immense théâtre

Le sang est comme un rideau de théâtre

Belgrade d’après Angélica Liddell

Ecrit par Marie du Crest , le Lundi, 29 Juin 2015. , dans Chroniques régulières, La Une CED, Les Chroniques

 

Belgrade d’après Angélica Liddell et des textes de Clément Bondu, Emil Cioran, Dimitri Dimitriadis, Thierry Jolivet, Vladimir Maïakovski, Alfred de Musset et Friedrich Nietzsche

 

« Requiem Rock »

Tout commence dans le bruit de cloches, de sirènes, de la voix de Béatrice Schönberg, qui annonce à la télévision française la mort de Milosevic. C’est en 2006 et le président nationaliste serbe a été retrouvé sans vie, dans sa cellule à La Haye. Le plateau est Belgrade : chaises renversées, bruits de foule, de manifestations peut-être. Deux portes ouvertes sur la lumière de deux pièces d’un hôtel comme des alcôves de l’intimité : une chambre ; un homme qui s’active à ranger son lit et une petite salle de bains dans laquelle une jeune femme téléphone. Et toujours la même information en boucle : la mort du dictateur serbe. Mort d’un infarctus. Et dans la ville, les sirènes hurlent toujours. La fille se regarde dans la glace et les deux portes claquent en se refermant. Au-dessus, comme dans le ciel noir, surgit dans la lumière un jeune homme ; derrière un micro, coryphée en hoodie. On entend alors le mot KOSOVO. Fait-il un discours comme celui que fit Milosevic, « l’ogre des Carpates » en 1989 au champ des merles ?

A.I.R 2015, Littérature, cinéma : les pouvoirs de la fiction, Mardi 26 mai

Ecrit par Marie du Crest , le Lundi, 22 Juin 2015. , dans Chroniques régulières, La Une CED, Les Chroniques

« Le cinéaste et la romancière »

Dans le cadre de l’édition 2015 des Assisses internationales du roman à Lyon, Joy Sorman et Olivier Assayas ont pu échanger sur leur démarche respective, à l’occasion de la sortie de leurs derniers livres : La peau de l’ours, Gallimard 2014, et Assayas par Assayas. Des débuts aux Destinées sentimentales, avec Jean-Michel Frodon, Stock 2014.

Le cinéma et la littérature romanesque ne sont pas uniquement affaire de fiction, de récit, mais aussi de documentation, de description. Joy Sorman a d’abord dans son tout premier texte mené une autofiction, c’est-à-dire qu’elle s’est documentée sur elle-même, la fille qu’elle a pu être à un moment. Pour Assayas, il est question de traverser le réel en vie. L’entreprise du scénariste est avant tout forme dialoguée alors que l’enjeu principal et du film et du roman repose sur l’incarnation, l’épaisseur d’une matière.

Pour Assayas, le genèse de son travail de cinéaste est passée par la recherche d’un apaisement, d’une souffrance à évacuer d’abord dans la solitude de la peinture et du dessin et ensuite par la nécessité de sortir de lui-même, de regarder autrui et donc de faire des films. Ce qui importe, c’est bien de se confronter au monde. Et le cinéma est d’ailleurs fondamentalement travail d’équipe.

Ekphrasis 12 - Saint Luc peint

Ecrit par Marie du Crest , le Samedi, 16 Mai 2015. , dans Chroniques régulières, La Une CED, Les Chroniques

 

Luc écrit, Luc est l’évangéliste, le troisième. Merveille : Luc est peintre, peintre de Marie, la Sainte mère.

Dans le grand et riche palais des ducs de Bourgogne en la ville de Dijon. Dans le musée des Beaux-Arts. Le tableau d’un peintre aujourd’hui méconnu, Saint Luc peignant la Vierge.

Pourquoi les saints ne peindraient-ils pas ? N’accomplissent-ils pas toutes sortes d’actions miraculeuses ? Faiseurs d’icônes. Luc devint le saint patron de la belle Corporation.

Ainsi j’imagine un jour, la rencontre poétique du peintre, lors d’une promenade champêtre, au temps de la reverdie, non loin de la rivière, l’Ouche, et de celle qui sera son modèle auréolé, venant jusqu’à sa belle maison flamande, escortée de son humble servante, coiffée de son joli voile de dentelle transparente et de deux angelots protecteurs, poser pour lui avec son enfant divin. Elle lui a promis d’être patiente, de ne pas bouger et de tenir le rejeton sauveur avec tendresse et adresse ; en contrepartie, elle recevra argent et monnaie. Le petit sera nu et aura peut-être un peu froid dans l’Atelier du maître. Ils se font promesse du tableau. Mais est-elle bien Myriam, ou Marie des villages ?