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Sucre noir, Miguel Bonnefoy (2ème critique)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 05 Octobre 2017. , dans Rivages, La Une Livres, La rentrée littéraire, Critiques, Les Livres, Roman

Sucre noir, août 2017, 207 pages, 19,50 € . Ecrivain(s): Miguel Bonnefoy

 

Ce roman est une intense célébration des sens. Et du sens olfactif en particulier. Les parfums s’y organisent en réseaux serrés, en échos déferlants, en une valse obsédante, enivrante.

L’histoire commence dans un arbre. C’est un vaisseau qui est posé dans un arbre ! Ce qui nous vaut un incipit inoubliable :

« Le jour se leva sur un navire naufragé, planté sur la cime des arbres, au milieu d’une forêt. C’était un trois-mâts de dix-huit canons, à voiles carrées, dont la poupe s’était enfoncée dans un manguier à plusieurs mètres de hauteur. A tribord, des fruits pendaient entre les cordages. A bâbord, d’épaisses broussailles recouvraient la coque ».

Ainsi commence la légende du capitaine Henry Morgan dans les Caraïbes, légende qui s’accompagne – comment en pourrait-il être autrement ? – d’un trésor mirifique enterré quelque part.

Zero K., Don DeLillo

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 28 Septembre 2017. , dans Actes Sud, La Une Livres, La rentrée littéraire, Critiques, Les Livres, Roman, USA

Zero K., septembre 2017, trad. américain Francis Kerline, 298 pages, 22,80 € . Ecrivain(s): Don DeLillo Edition: Actes Sud

 

Don DeLillo nous a toujours habitués à ses univers glacés, déshumanisés, saturés de technologie et de machines. Avec Zéro K, le vieil écrivain new-yorkais met une pierre de plus à l’édifice construit par sa vision noire du monde. Et quoi de plus noir que la mort ? La mort, vue par DeLillo, c’est l’assurance d’un roman âpre, terrible, désespérant. Et on n’est pas déçu.

Reprenant le thème connu de la SF du retardement du décès par cryogénisation, ce roman raconte la fin (« provisoire ») de gens qui ont choisi de mourir pour renaître un jour, quand les progrès de la médecine permettront de soigner les maladies mortelles aujourd’hui, de garantir une vie beaucoup plus longue. C’est la décision de Ross Lockhart qui, ne supportant pas la maladie létale de la jeune femme qu’il aime, décide, avec son accord, de la livrer à l’expérimentation.

Le narrateur est le fils unique de Ross. Il a perdu sa mère depuis longtemps. Son père l’a élevé dans le luxe matériel et un grand dénuement affectif et spirituel. Ross est un grand homme d’affaire, qui brasse décisions, pouvoir et argent. Il n’a guère de temps pour les effusions ou les élévations de l’âme.

Espace lointain, Jaroslav Melnik

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Mardi, 26 Septembre 2017. , dans La Une Livres, La rentrée littéraire, Critiques, Agullo Editions, Les Livres, Roman, Science-fiction

Espace lointain, août 2017, 313 pages, 21,20 € . Ecrivain(s): Jaroslav Melnik Edition: Agullo Editions

 

Ce roman est un plaisir comme la SF nous en donnait naguère. Une idée directrice et le déroulement des conséquences qu’elle entraîne, qui va jusqu’au vertige d’un monde insondable. On revient aux fondamentaux de la SF, ceux de Poul Anderson, de Clifford Simak, Brian Aldiss ou Isaac Asimov.

Le monde est aveugle. Tous les habitants du monde. Mais – et c’est ce qui tient tout – ils ne le savent pas car ils ne savent pas qu’on peut voir. Ils naissent tous aveugles depuis la nuit (c’est bien le mot) des temps. L’univers s’est organisé en fonction : chaque individu vit dans son « espace proche », son environnement matériel immédiat et tout y est fait pour qu’il vive, qu’il subvienne à ses besoins. Quand un individu se déplace, il ne le fait pas dans l’espace en général mais dans et avec son espace proche. Personne n’a conscience ou perception de l’espace lointain – l’au-delà de lui-même et de ceux qui entrent dans son espace proche. Et ainsi va le monde. Les aveugles sont « heureux », ils vivent dans un univers sécurisé, rassurant, un univers qui ne les assaille pas de questions sur leur condition. Tout est prévu pour leur confort, balisé par des repères sonores pour leurs déplacements.

L’enfant de l’œuf, Amin Zaoui

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Mardi, 19 Septembre 2017. , dans La Une Livres, La rentrée littéraire, Critiques, Les Livres, Bassin méditerranéen, Pays arabes, Roman, Le Serpent à plumes

L’enfant de l’œuf, septembre 2017, 201 p. 18 € . Ecrivain(s): Amin Zaoui Edition: Le Serpent à plumes

 

Tout en s’amusant – et en nous amusant – Amin Zaoui nous offre un roman des plus importants. Important par sa voix, sa liberté hautement proclamée à chaque page. Ce livre est le contrepied parfait des fantômes sinistres qui hantent le monde arabo-musulman et l’Algérie, chère au cœur de l’écrivain et – modestement – à celui qui écrit cet article. A chaque page, on boit du vin, on parle de sexe en toute liberté, à chaque page Zaoui chante les femmes, leur beauté, leur intelligence, leur droit absolu d’être les partenaires souveraines de leurs congénères masculins. Ce livre est une ode au refus de se soumettre aux diktats des fanatiques, aux fatwas morbides d’une petite minorité de sectaires qui empoisonnent l’islam d’aujourd’hui – et les sociétés qui s’en réclament.

Mais, nous le disions, L’enfant de l’œuf est une œuvre de fiction d’une drôlerie réjouissante. Ses deux narrateurs, Moul et Harys, sont des personnages décalés, des philosophes solitaires, profondément bons et humains. Humains – le mot fait rire ici : Harys est un chien. C’est le chien de Moul. Et quel chien ! Un chien philosophe qui trouve, en la vie de son maître (mais qui est le maître de qui ?) matière à exercer sa sagacité, son humour et sa réprobation. Il trouve son maître bien futile, plus occupé des visites de Lara, sa voisine syrienne, et de ses bonnes bouteilles que du labeur.

Comme un bal de fantômes, Éric Poindron

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Mercredi, 13 Septembre 2017. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Poésie, Le Castor Astral

Comme un bal de fantômes, juin 2017, 231 pages, 17 € . Ecrivain(s): Eric Poindron Edition: Le Castor Astral

 

La matière première de la poésie d’Éric Poindron n’est pas Éric Poindron. La chose est assez rare pour servir d’introduction à ce billet. Éric Poindron s’efface dans sa poésie, se met au second plan, ou en fond d’écran, pour laisser place à l’univers, aux univers, d’Éric Poindron, à leur liberté indomptable. Et ces univers sont peuplés des poètes, des ami(e)s, des référents, des maîtres, des lieux, des curiosités qui lui sont si chères. Il est d’usage (de mauvais usage ?) de faire des rapprochements avec d’autres poètes, des maîtres souvent, quand on parle d’un poète. Bien malin celui qui pourrait avec Poindron. D’ailleurs sa poésie est-elle seulement poésie ? Plus exactement la poétique omniprésente de cet ouvrage est-elle « poésie » ? Nul métrage, nulle contrainte rythmique ou rimique, nul carcan. Ces textes sont à l’image de Poindron, libres, inattendus, issus d’un esprit vagabond et d’une culture immense.

On croise ainsi Nerval (Ô combien Nerval, plus Nerval que jamais), et Dumas et Pouchkine et Rimbaud et Apollinaire et Nabokov et … personne et rien, tout le monde et tout. L’univers d’Éric Poindron est justement ça, l’univers, avec ses toutes petites choses et ses très grandes.