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La tourbe et les larmes, John Quigley (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 17 Septembre 2026. , dans La Une Livres, En Vitrine, Cette semaine, Les Livres, Critiques, Iles britanniques, L'Arbre Vengeur, Roman

La tourbe et les larmes (To Remember with Tears), John Quigley. Traduit de l’anglais par Paul Mousset, éditions L’Arbre Vengeur mars 2026. 328 P. 21 € Edition: L'Arbre Vengeur

 

Écrivain rare, John Quigley, dont le titre traité ici est le premier traduit en français, nous offre un ouvrage âpre (et drôle), violent (et tendre), désespéré (et furieusement plein d’espoir) fou (et fou).

Cette île perdue au large de l’Écosse porte sur ses terres noyées de tourbe gluante quelques familles de malheureux pour lesquels survivre est une aventure quotidienne.

Perdu parmi les perdus, Cruachan Campbell, droit sorti de l’enfer d’une terre impossible et d’une misère plus noire que la nuit. Cinglé, velléitaire et paresseux, dévoré par l’idiotie, la superstition, happé par des espoirs et des projets plus absurdes les uns que les autres, il erre, hagard, au sein d’une famille dont les membres, Flora et les filles, ne valent guère mieux que lui – sauf peut-être ce jeune fils qui a fichu le camp sur le continent avec la montre du grand-père à vendre et qui ne reviendra jamais. Mais jamais n’a pas de sens pour Cruachan, il ne sait pas le temps et plus d’un an après le départ de Roddy il pense que son fils est parti depuis huit jours et qu’il reviendra aujourd’hui, ou demain peut-être.

L’hébétude parfaite de Cruachan n’empêche pas une succession d’espoirs voués tous à l’échec. Par la volonté du ciel. Ou par l’absence de volonté de Cruachan. Mais demain, demain …

Le manuscrit Hopkins, R.C. Sherriff (The Hopkins Manuscript), par Léon-Marc Levy

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Mardi, 08 Septembre 2026. , dans La Une Livres, En Vitrine, Cette semaine, Les Livres, Critiques, L'Arbre Vengeur, Roman, Science-fiction

Le manuscrit Hopkins, R.C. Sherriff (The Hopkins Manuscript, 1939), Traduit de l’anglais par Virginia Vermon et Daniel Apert, éditions L’Arbre Vengeur (L’arbuste véhément) 2025.480 p. 14 € Edition: L'Arbre Vengeur

 

Si d’aucuns lecteurs se sont lassés du genre Science-Fiction à force de technologie, de jargon scientifique, de situations abracadabrantes et de complexité narrative, il y a de fortes chances qu’ils reviennent au genre avec délice par cet ouvrage purement réjouissant.

Ce roman fut publié en 1939 et cette date résonne tout au long de l’ouvrage. La guerre qui gronde dans le monde irrigue l’histoire de ses menaces et de ses causes. Entre la menace de la lune qui s’approche rapidement de la Terre et celle de la folie des hommes en proie aux rivalités politiques et impériales, à la géopolitique post‑cataclysme et à l’obstination britannique à préserver ses routes maritimes et son empire qui précipitent le véritable désastre c’est, finalement, la seconde qui sera la plus grave.

Fonseca, Jessica Francis Kane (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Mercredi, 02 Septembre 2026. , dans La Une Livres, En Vitrine, Cette semaine, Les Livres, Critiques, Iles britanniques, Roman, La Table Ronde

Fonseca, Jessica Francis Kane, traduit de l’américain par Mona de Pracontal pour La Table Ronde 2026. 260 p. Edition: La Table Ronde

 

Roman troublant, inattendu, dérangeant par sa faculté à dépayser aussi bien par le paysage géographique que dans le paysage littéraire, Fonseca est un grand livre. De la situation de départ jusqu’au terme du séjour improbable de Penelope et de son fils Valpy dans une bourgade (imaginaire ?) du Mexique dans les années 50, rien, jamais, n’est prévisible.

Imprévisibles, les personnages le sont tout autant que les événements. Cette mère enceinte qui embarque d’Angleterre avec son fils de 5 ans pour un quelque part au Mexique dans une quête improbable d’héritage. Ces deux vieilles femmes, deux sœurs alcooliques, qui les accueillent dans une demeure peuplée de gens sortis d’on ne sait où et de fantômes qui errent dans les couloirs. Une cour de prétendants (qui eux aussi prétendent à « l’héritage ») composée de doux dingues aux trajectoires aussi éberluantes que celles des personnages de Gabriel Garcia Marquez.

Baignade surveillée (The Lifeguard), Laura Kasischke (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 27 Août 2026. , dans La Une Livres, En Vitrine, Cette semaine, Les Livres, Critiques, Roman, USA, Gallimard

Baignade surveillée (The Lifeguard), Laura Kasischke. Traduit de l’américain par Céline Leroy. Gallimard du Monde entier. Août 2026. 314 p. 23 € Edition: Gallimard

 

Laura Kasischke est diabolique. On le sait depuis nombre de ses ouvrages – En un monde parfait et Esprit d’hiver en particulier – et ce dernier roman le confirme. Kasischke est la maîtresse du malaise, de l’inquiétude, d’une sorte d’horreur douce, sinueuse, qui pénètre par tous les pores de la peau et place le lecteur dans un inconfort délicieux.

Richie est un petit garçon de 5 ans et il se noie dans la piscine municipale de sa banlieue cossue, sous les yeux des usagers et de la maître-nageuse.

Saturne (Saturno), Eduardo Halfon (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Mercredi, 01 Juillet 2026. , dans La Une Livres, En Vitrine, Quai Voltaire (La Table Ronde), Les Livres, Critiques, Amérique Latine, Roman

Saturne (Saturno), Eduardo Halfon, traduit de l’espagnol (Guatemala) par David Fauquemberg, La table Ronde quai Voltaire, mai 2026. 75 p. 12,50 € . Ecrivain(s): Eduardo Halfon Edition: Quai Voltaire (La Table Ronde)


Une novella ou un court roman qui marque l’entrée d’Eduardo Halfon en littérature en 2003. Et quelle entrée !

C’est une lettre au père, une lettre au nom-du-père plus qu’à l’homme dont l’expéditeur est le fils. Les règlements de compte des fils au Père sont toujours inscrits dans le symbolique, dans l’espace étroit qui fait du nom un héritage, une dette et un grief. Ici le grief emporte tout. Cette missive est un condensé d’amertume, de misère morale, de désolation. Le père n’a pas su, n’a pas pu, n’a pas voulu. Son absence symbolique aux yeux du fils est abîme, trou, béance. La trace de Kafka est manifeste.

IL n’a rien entendu du fils. Pire, IL n’a rien écouté. IL a laissé le fils se coltiner seul au réel, à la base et à la dure. IL n’a jamais baissé les yeux vers le fils, jamais baissé l’oreille. IL a régné de toute sa hauteur, comme un dieu terrible aveugle et sourd pour sa création : Saturne, le dieu qui dévorait ses enfants à la naissance pour qu’aucun ne le détrône.