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L’âme de Kôtarô contemplait la mer, Medoruma Shun

Ecrit par Cathy Garcia , le Samedi, 21 Juin 2014. , dans La Une Livres, Japon, Les Livres, Critiques, Nouvelles, Zulma

L’âme de Kôtarô contemplait la mer, traduitdu japonais par Myriam Dartois-Ako, Véronique Perrin et Corinne Quentin, janvier 2014, 285 p. 21 € . Ecrivain(s): Medoruma Shun Edition: Zulma

 

Six nouvelles qui nous embarquent pour un Japon un peu particulier, le Japon de l’enfance de l’auteur, l’île d’Okinawa qui est restée sous administration américaine pendant vingt-sept ans. Nous sommes ici dans l’ambiance d’une période qui précède et suit la rétrocession en 1972.

« J’étais alors en quatrième année de primaire. L’inquiétude ambiante chez les adultes du fait qu’Okinawa serait restitué au Japon l’année suivante se propageait jusqu’à nous, les enfants. (…) après la rétrocession au Japon est-ce qu’il neigerait à Okinawa ? Est-ce que les cerisiers se mettraient à fleurir en avril ? ».

Dans ce contexte incertain de crise identitaire, se confrontent et se confondent une Histoire en marche avec les croyances et traditions ancestrales très vivaces, d’une société insulaire encore rurale, surtout dans le nord. C’est dans ce terreau que prennent racine les nouvelles de ce très beau recueil. Le monde des ancêtres et des esprits de la nature est encore très présent au quotidien, nous ne sommes pas encore dans la trépidation folle de la modernité. L’écriture de Medoruma Shun est douce, délicate, poétique, enveloppante et même envoûtante comme dans Mabuigumi-L’âme relogée, la nouvelle qui a inspiré le titre du recueil :

Juste après la pluie, Thomas Vinau

Ecrit par Cathy Garcia , le Jeudi, 12 Juin 2014. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Alma Editeur, Poésie

Juste après la pluie, janvier 2014, 281 pages, 17 € . Ecrivain(s): Thomas Vinau Edition: Alma Editeur

 

Comme il l’écrit lui-même dans sa postface intitulée Lignes de fuite : « Ma poésie n’est pas grand-chose, elle est militante du minuscule, insignifiante, et je l’écris au quotidien, à la mine de rien. J’ai pensé à ce projet plus conséquent. Un gros livre de petits poèmes ». Pari osé, ce roman-poésie, car on sait bien, l’offre en poésie dépasse de loin la demande, beaucoup en écrivent, peu en lisent ; « je travaille beaucoup à la simplicité » nous dit Thomas Vinau, or rien n’est plus difficile à atteindre que la simplicité, cependant chacun pourra très certainement puiser dans ce « gâteau de miettes » quelque chose à son goût.

D’ailleurs, poésie du quotidien peut-être, mais comme le souligne l’air de rien l’intitulé de la postface, il semble qu’écrire de la poésie soit justement pour Thomas Vinau une façon d’échapper au quotidien, ou tout au moins de le rendre parfois plus respirable, plus supportable. C’était peut-être moins évident dans des recueils plus anciens, mais ici on peut distinguer plus nettement des fêlures, des fragilités, dans les constructions qui protègent un quotidien, qui est surtout celui de l’intimité, de soi, du couple, de la famille, comme à opposer à un monde devenu bien trop fou, bien trop agressif pour qui a la sensibilité à fleur de peau.

La Trilogie Nostradamus, Mario Reading

Ecrit par Cathy Garcia , le Samedi, 31 Mai 2014. , dans La Une Livres, Afrique, Les Livres, Critiques, Roman, Le Cherche-Midi

La Trilogie Nostradamus, traduit de l’anglais par Florence Mantran, T. 1, Les Prophéties perdues, septembre 2013, 576 pages, 14 € ; T. 2, L’Hérésie maya, septembre 2013, 640 p. 21 € ; T. 3, Le Troisième Antéchrist, février 2014, 592 pages, 21 € . Ecrivain(s): Mario Reading Edition: Le Cherche-Midi

 

Difficile de résumer une telle trilogie, tellement elle est dense, mais ce qui est certain c’est que le premier tome nous embarque pour une aventure des plus captivantes où se retrouvent impliqués, parfois bien malgré eux, des personnages de milieux qui a priori n’ont rien à voir entre eux. Ainsi Adam Sabir, un écrivain franco-américain, spécialiste de Nostradamus, arrive à Paris sur les traces de 52 prophéties inédites dont nul n’a eu connaissance, des prophéties perdues.

Légende ou réalité ? Toujours est-il qu’il se retrouve aussitôt mêlé à une sombre histoire de meurtre, celui d’un gitan surnommé Babel Samana qui semblait savoir quelque chose à leur propos. Adam Sabir est le principal suspect de cet assassinat plutôt sauvage. À la fois en fuite et toujours sur les traces des prophéties perdues, il a sur ses propres traces le policier Calque, qui tient plus de l’érudit fou d’histoire que du policier, et son adjoint bien moins érudit, mais plus zélé. Le tueur de Babel Samana aussi est sur ses traces, Adam Sabir n’est pas le seul à rechercher ces prophéties.

Le Vieux Journal, Lee Seung-U

Ecrit par Cathy Garcia , le Vendredi, 23 Mai 2014. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Asie, Nouvelles, Serge Safran éditeur

Le Vieux Journal, traduit du coréen par Choi Mikyung et Jean-Noël Juttet, octobre 2013, 235 pages, 19,50 € . Ecrivain(s): Lee Seung-U Edition: Serge Safran éditeur

Nous retrouvons dans ces nouvelles de Lee Seung-U, et tout particulièrement dans celle intitulée Chez l’autre, l’ambiance de son roman Ici comme ailleurs (voir http://www.lacauselitteraire.fr/ici-comme-ailleurs-lee-seung-u), à savoir une sorte d’atmosphère grise et glauque, à la limite de l’absurde, où les protagonistes principaux, parfois le narrateur lui-même, se voient peu à peu acculés au fond d’une impasse.

Tous les personnages de ces nouvelles sont un peu dans la même position, comme flottant dans un environnement des plus banals et cependant hostile, confrontés à l’absurdité et au tragique d’une vie qui les décentre continuellement, jusqu’à ce que tel un morceau d’argile voué à ne jamais devenir pot, ils volent hors du tour du potier, pour aller s’écraser contre les murs… Et cette image est d’autant plus parlante qu’elle évoque aussi le tournis, le vertige que leur procure soit leur propre incapacité à réagir et à agir par eux-mêmes, soit les obstacles parfois invraisemblables qui se dressent devant eux et où leur propre logique est sans cesse défiée par une « logique » extérieure, qui les absorbe ou les rejette, et sape tous les fondements de leur existence. Même la réussite, aussi brillante soit-elle, leur échappe, comme dans la première nouvelle qui a donné son titre à l’ensemble du recueil, et dans laquelle le narrateur est un écrivain.

Rester debout au milieu du trottoir, Murièle Modély

Ecrit par Cathy Garcia , le Mardi, 20 Mai 2014. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Poésie

Rester debout au milieu du trottoir, Ed. Contre-Ciel, mars 2014, photographies de Bruno Legeai, 78 pages, 12 € . Ecrivain(s): Murièle Modély

 

Rester debout au milieu du trottoir ou en tout cas comme planté devant la porte derrière laquelle se déroule ce recueil. On le lit comme on regarderait à travers un œilleton, captant des images, mais surtout des odeurs et des sons. L’imagination galope, mais ce qui se passe réellement reste hors d’atteinte. Des images de Lui et d’Elle, l’homme et la femme et parfois la fille. C’est d’ailleurs peut-être à travers le regard de celle-ci que nous avons accès à une dimension où tous les temps sont ramassés en un seul, celui « Des faux souvenirs, des vrais cauchemars ».

Un recueil comme une multitude de mini-scènes de théâtre à huis-clos, sans public, étouffant. Pas de mise en scène, juste du brut de vie, qui arrache le gosier si on le boit trop vite. Il se dégage de l’ensemble une profonde sensation de malaise, mais toujours chez Murièle Modély cette écriture organique, à la fois subtile et racleuse de fond, dérangeante parfois à la limite de la nausée. C’est comme si au lieu de la lire, on l’avalait, page après page comme