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Ce qui reste après l’oubli, Alain Duault

Ecrit par France Burghelle Rey , le Mardi, 09 Février 2016. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Poésie, Gallimard

Ce qui reste après l’oubli, 143 pages, 17,75 € . Ecrivain(s): Alain Duault Edition: Gallimard

 

Le troisième volet du triptyque d’Alain Duault mériterait bien que son titre soit éponyme de cet ensemble de près de 400 textes car il énonce un paradoxe que développe l’œuvre toute entière et qui s’exprime, en effet, dès le premier recueil, Une hache pour la mer gelée. Déjà, en effet, la répétition des thèmes, les récurrences de mots, les assertions métaphoriques, les questionnements de l’incipit à la chute des quinzains permettent de comparer le travail du poète au ressac de la mer devant laquelle il aime travailler. C’est sans doute devant elle qu’il a évoqué les horreurs de la guerre qui l’ont marqué au point qu’il en est arrivé à écrire : « la guerre, c’est moi ». Mais, dès les premiers textes, il s’était, à l’inverse, rappelé les bons souvenirs comme, dans cette description au présent, où, à propos de la femme aimée, il parle de « la ligne de ses cheveux ou cette manière de monter son cheval bai ». Dans les nombreux passages consacrés à celle qui n’est plus et qu’il fait revivre ici, le poète hésite, sans aucun doute volontairement, entre l’emploi du temps présent et celui des temps du passé en les faisant alterner d’un chapitre à l’autre et même d’un texte à l’autre.

En UN seul regard, par France Burghelle Rey

Ecrit par France Burghelle Rey , le Mercredi, 03 Février 2016. , dans Nouvelles, La Une CED, Ecriture

 

Comme est en nous la poésie en moi est un regard est une foi En moi ce mystère d’écrire et de vivre poésie comme l’amour je définirai l’impossible jusqu’au bout de mes doigts qu’à fleur de peau déjà je sens comme j’effleure ce rosier au début de l’automne Je dis qu’on n’aime pas sans fleurs A l’heure où j’écris blanchit cette lumière qui semble ton regard Et ta vie est la Vie Je le dirai à tous ceux qui le savent à ceux qui ne le sauraient pas sinon grâce à ces mots

 

Avec le doute la peur et l’impossible à dire mais quand à me promener le long de ces arbres de cette rivière que j’aime j’arrive à me connaître, alors je te connais Et peu m’importe que tu m’aies à peine vue et à peine reconnue la beauté est plus forte et la tienne peut suffire celle qui me fait écrire née d’une seule seconde elle a nourri ma vie comme une graine prend racine C’est ma force au présent ma certitude mon je ne sais quoi

Le Mendiant de la beauté, Attila Jozsef

Ecrit par France Burghelle Rey , le Mercredi, 09 Décembre 2015. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Poésie, Pays de l'Est, Le Temps des Cerises

Le Mendiant de la beauté, bilingue, 2014, 220 pages, 14 € . Ecrivain(s): Attila Jozsef Edition: Le Temps des Cerises

 

En convoquant des métaphores innovantes, cette poétique s’écarte du conventionnel : Et sur le cou des boulevards enragés / se gonflent les veines « et sait négocier la chute ». C’est un beau soir d’été.

Cette toute jeune voix annonce la grande poésie de la maturité quand elle tutoie la mort et les ténèbres, influencée par l’expressionnisme allemand, et que, paradoxalement, la nuit qu’elle décrit est baignée de lumière par la lune et le soleil. Aussi la lecture des textes de ce recueil peut-elle être source de joie comme dans le poème Attente, dont l’ambiance féerique évoque un château qui dort « gardé par une dame divine ». Hommage au réel également au moyen de la description d’une moisson, de son blé et de son « soleil en colère » qui manifeste un véritable sens de l’art pictural. Le poète au tempérament mélancolique et tragique peut aussi faire preuve d’exaltation et d’optimisme : « Renaissante, la vie est là ». Avec, pourtant, la conscience que tout est périssable, se fond la recherche de l’amour idéal dans un lyrisme discret : « j’aimerais voir tes yeux » et la quête conjointe de L’Unique. L’émotion est là s’exprimant dans sa maturité ; elle fait naître les mots de bien des vers. Les mots, par exemple, d’un de ceux du Chant de la force : « Et l’horizon n’a pas encore ébréché mes yeux » ; le poète n’a alors que 17 ans.