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Articles taggés avec: Burghelle Rey France

9.3 blondes light, Jean-Luc Despax

Ecrit par France Burghelle Rey , le Vendredi, 16 Décembre 2016. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Poésie, Le Temps des Cerises

9.3 blondes light, 150 pages, 12 € . Ecrivain(s): Jean-Luc Despax Edition: Le Temps des Cerises

 

9.3 blondes light : recueil, par définition, d’une poésie engagée. Pour défendre le peuple, il faut défiler la cigarette à la bouche, écrire, à l’aide d’une blonde, texte après texte, une diatribe inspirée. A chaque bouffée correspond alors une inspiration et une expiration pour 93 textes et un excipit sans tabac qui crache son venin contre ce siècle et celui qui le précède.

Juste à la suite de l’incipit Cigarette 2, Liberty est déjà l’annonce de ces paris-inventaires qui par leurs jeux de mots et de sons – rimes et assonances – instaurent la musique ironique nécessaire. Une poétique qui empêche le réalisme de transmuer la poésie en prosaïque, et laisse le lecteur interloqué par une culture foisonnante en prise avec le monde moderne où est entraînée façon Apollinaire, pour y danser, une certaine Mary Ann. Surréalisme, également, entaché de Villon, si on veut parler d’influences. Les contrastes de tons sont remarquables, l’humour contrarie le tragique et se fait grinçant : « Marie-Antoinette époque Weight Watchers ». Jean-Luc Despax est encore imprégné de ses 220 slams sur la voie de gauche, publiés en 2010.

Dans les méandres des saisons, Richard Rognet

Ecrit par France Burghelle Rey , le Samedi, 26 Novembre 2016. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Poésie, Gallimard

Dans les méandres des saisons, 14,50 € . Ecrivain(s): Richard Rognet Edition: Gallimard

 

Le premier volet du recueil de Richard Rognet, Dans les méandres des saisons, se place, dès le sonnet liminaire, sous la protection des pierres et de leur silence annonçant d’emblée une réflexion sur le temps qui marque l’ensemble du texte. En effet quand le regard n’est pas précis mais quand le mot, lui, l’est trop et nuit à la plénitude des choses, oxymore à l’image de celui qui se formule ici tout au long du texte entre lumière et mort, tout se délite. Ainsi, à la tombée de la nuit, lorsque la mort se met à vivre au point qu’elle « boit le sang » le destin menace d’autant que l’automne arrive. C’est que la fin de l’été rappelle un départ vécu et qu’intervient alors une présence féminine à l’état de souvenir et qui favorise une apostrophe à l’autre. Une aussi à soi-même : « Qui donc es-tu, enfant secret / dans la nuit de / ma mémoire ? » au moment où la marche se fait rédemptrice et où se produit un dédoublement. Malheureusement, avoue le poète narrateur, « Je passe près de moi sans reconnaître qui je / fus ». Cette dialectique présence-absence est prégnante dans l’évocation même des « chers disparus »  comme le père dont « l’ombre revient… dans l’inconnu d’autres présences ». Il y a aussi « une femme courbée sur des / fleurs un peu lasses », et avec les choses du tiroir qu’il ne faut pas déranger, le « carnet d’adresses » qui garde les morts en mémoire.

De silence et de chair, Valérie Fontalirant

Ecrit par France Burghelle Rey , le Mardi, 25 Octobre 2016. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Poésie, Les Vanneaux

De silence et de chair, juin 2016, 41 pages, 15 € . Ecrivain(s): Valérie Fontalirant Edition: Les Vanneaux

 

Le titre du recueil de Valérie Fontalirant aux éditions des Vanneaux fait appel aux sens avant même l’incipit où « les vents d’éther », par un jeu du lexique, surprennent d’emblée le lecteur. En même temps que le destinataire du texte, celui-ci voit et entend dans un monde en guerre passé au crible et où la matière se meurt : « plafond craquelé », « surface écaillée ».

La marche, métaphore de l’écriture, et ses « collets » est-elle une solution comme la symbiose à la terre jusqu’à « devenir limon » ? En effet, avec la présence quotidienne de la mendiante, elle conduit au Tiers-monde au milieu de « la rumeur de la faim ».

Pour montrer la résistance à cette misère, les verbes d’action s’énumèrent à l’infinitif dans des strophes en vers libres et aux mètres variés.

A la suite de cette réflexion surgissent la figure de « l’Autre » et, sournoise, la présence des mots du passé dont il faut « laisser (l’ombre) émerger ».

Chaque pas est une séquence, Éric Dubois

Ecrit par France Burghelle Rey , le Samedi, 17 Septembre 2016. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Poésie, Unicité

Chaque pas est une séquence, février 2016, 50 pages, 11 € . Ecrivain(s): Eric Dubois Edition: Unicité

 

Comme l’indique le titre, le lecteur commence sa marche, véritable topos en poésie, dès l’incipit qui présente « l’arpenteur du silence ». Par la suite, le mouvement encore sert de cadre.

Chaque mot ici est pesé quand la concision est de mise entre les blancs obligés de la mémoire et de la page.

Au critique de chercher sous les mots la voix comme le poète le fait pour sa voie.

Restent, dans ce qui est donné, la beauté des images : « le sourire (mot à la fois récurrent et rassurant) des arbres » ou « le sexe du ciel » tout autant que l’affirmation d’une réalité prégnante : « l’insecte dans la bouche » alternant avec des formules à teneur philosophique qui font choc : « le bord des choses est au cœur de l’instant ».

Dans cet ensemble, parataxe et juxtaposition sont au service d’assertions et d’interrogations qui nient l’aphasie complète, acceptant l’audace anxieuse des mots, tout en parlant encore de « morcellement » sans récit et de « chanson immobile ».

Une petite lettre à votre mère, Geneviève Huttin

Ecrit par France Burghelle Rey , le Samedi, 25 Juin 2016. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Poésie, Récits

Une petite lettre à votre mère, Le préau des collines, 2014, 80 pages, 13 € . Ecrivain(s): Geneviève Huttin

Pour réfléchir à son destin la petite Geneviève devenue grande choisit d’écrire avec simplicité et sobriété, « Un nom/Un verbe/un complément ». Elle procède souvent par associations d’idées et travaille instinctivement, dans la légèreté du rythme, sur les sons – « Vienne », « lettres », « voix » – pour évoquer les sensations d’autrefois « Les grands prés inondés où les vaches appelaient : et vous les entendiez », « les petites communiantes en robes de mariées », traversant ainsi les époques, les pays, les religions et les régions.

Dès le début du livre, une quête s’opère à l’aide de questionnements qui concernent la mère, sa personnalité mais aussi la relation de l’enfant avec elle. Elle qui est la référence a une identité mal établie et mystérieuse. Corse ou auvergnate ou même « La japonaise », il s’agit de la définir. La question est d’autant plus importante que les parents sont bien les fondateurs à partir desquels on peut construire sa vie. Au point qu’une sanction grave passe par la mère : « Geneviève, ta voix n’est pas assez forte » et que se fait un transfert du père, tel un mythe, dans la personne mythique de Max Von Sydow. C’est avec une très belle page sur le cimetière, lieu symbolique de l’inquiétude, qu’est mise en scène « la désespérance » au moyen d’objets chargés de sens comme « le petit angelot de plâtre » et « les brocs alignés ».