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Petits riens pour jours absolus, Guy Goffette

Ecrit par France Burghelle Rey 13.01.17 dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Poésie, Gallimard

Petits riens pour jours absolus, juin 2016, 120 pages, 14 €

Ecrivain(s): Guy Goffette Edition: Gallimard

Petits riens pour jours absolus, Guy Goffette

 

Le tout récent opus de Guy Goffette rassemble des textes parus ces dernières années et publiés dans des versions différentes. Un sage exergue de Robert Walser concernant la manière dont on doit vivre invite le lecteur à en savoir plus et le texte incipit le comble déjà par sa perfection à la fois sémantique et stylistique :

 

« Quand plus rien ne chante au dehors

je puise dans le sac et sème

sur la page un peu de poussière

d’oubli et le jour paraît comme

un musicien qui tend son chapeau ».

Dix textes en tout dans cette première section du recueil divisé en six parties et, pour les premiers, des poèmes composés de trois douzains et d’un dernier vers isolé vite abandonnés au profit de versets ou d’autres formes plus variées.

Dès le début, le poète se mesure aux différents lieux dans lesquels il évolue ou pourrait évoluer, de la maison au jardin ou à la montagne et « comme / dans l’infâme boucherie ». Il se mesure à la mer, aux collines, dans l’odeur du colza et des pavots et, avant quelques pièces plus légères, se torture « comme Icare trente-six fois mourant sur la mer ».

Les dilectures, genre emblématique de l’auteur, occupent la deuxième section où des petits riens sont encore évoqués, espacés par des jours – les blancs peut-être de la mise en page – et illustrant la leçon de Rimbaud quand il dit « On ne part pas ». Ne peut-on pas voir, en effet, « Dieu dans sa chambre » comme « le petit homme » ? Suivent alors des versets allègres chantant Max de Saint-Benoît-sur-Loire et la danse d’un saltimbanque qui annonce les Retouches au Bestiaire de Guillaume Apollinaire.

Petites strophes pour animaux puis petites touches parodiques en hommage à plusieurs auteurs, Artaud, Borges, etc…

Le Carnet d’adresses à l’ami Paul de Roux, qui sut si bien parler lui-même de menus détails, termine la section avant la suivante au titre éponyme et constituée, dans la concision, de strophes de quelques vers brefs. Pour le fond, Guy Goffette a lui-même défini son art poétique : « La poésie, qui souffle où et quand elle veut, se nourrit de détails de l’existence, tous ces petits riens où l’émotion a fait son nid et qui restent à fleur de peau longtemps ». Aussi parle-t-il ici « d’une feuille vierge », là de « la parole du lilas » et de « l’heure du bain », là encore de « l’enfant au pied du lit » ou de « la fraîcheur du linge ». Autant de délicates trouvailles qui font de cette poétique un enchantement :

« Soleil soleil

vieil orpailleur

à genoux dans l’aube »

Et une variété conjointement de la forme qui, avec adresse, et pour un genre souvent élégiaque à la recherche de l’absolu, allie le classique à la nouveauté.

A l’occasion de La couleur des larmes, des poèmes dégageant un discret parfum de lyrisme sont adressés aux êtres chers. Lyrisme optimiste au début de Fin de Campagne :

« Oui, tout finit par advenir, même la fortune / à celui qui n’attendait plus rien ».

Après quelques pages sur la guerre et les morts qu’il ne faut pas oublier, le recueil s’achève sur Une prière. Il y est dit que la joie et l’enfance doivent en nous l’emporter « à croire que tout est à tous miracle et merveille et tombe des nues ».

La poésie de Guy Goffette est, dans son message ici et dans son acception étymologique, évangile.

 

France Burghelle Rey

 


  • Vu : 1905

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A propos de l'écrivain

Guy Goffette

 

Guy Goffette est un poète et écrivain belge né le 18 avril 1947 à Jamoigne (Gaume). Il a été tour à tour enseignant, libraire, éditeur des cahiers de poésie Triangle et de L’Apprentypographe. Il a parcouru nombre de pays d’Europe avant de poser ses valises à Paris où il vit actuellement. Il travaille chez Gallimard, où sont édités la plupart de ses ouvrages. Poète avant tout, même lorsqu’il écrit en prose, il a publié une quinzaine de livres et a obtenu en 2001 le Grand Prix de Poésie de l’Académie française pour l’ensemble de son œuvre, puis le Goncourt de la poésie en 2010. Entre autres travaux de préfaces, il est l’auteur de l’introduction aux œuvres complètes du poète Lucien Becker, à la Table ronde.

 

A propos du rédacteur

France Burghelle Rey

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Rédactrice

Domaines de prédilection : poésie, littérature

Genres : recueils, essais, récit

Maisons d’édition les plus fréquentes : Gallimard, éditeurs divers

France Burghelle Rey est née à Paris, a enseigné les lettres classiques et vit actuellement à Paris où elle écrit et pratique la critique littéraire. Elle est membre de l'Association des Amis de Jean Cocteau et du P.E.N. Club français.

Textes parus au nombre d'environ une centaine dans de nombreuses revues ainsi qu’une quarantaine de notes critiques (Place de la Sorbonne, Europe, Recours au poème, Temporel etc…).

Elle a écrit une douzaine de recueils dont Lyre en double paru aux éditions Interventions à Haute voix en 2010 puis Révolution en 2013 suivi de Comme un chapitre d'Histoire en 2014 chez La Porte. Le Chant de l'enfance a été publié aux éditions du Cygne en juillet 2015

Ces derniers textes augmentés de L'Enfant et le drapeau, naissance rédemptrice d'un " ange " dans un monde en désolation, sont, avec les recueils qui suivent, l'expression d'une nécessaire présence au monde en souffrance.

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