Identification

Articles taggés avec: Burghelle Rey France

Chamber Music suivi de Pomes Penyeach, James Joyce

Ecrit par France Burghelle Rey , le Vendredi, 30 Juin 2017. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Iles britanniques, Poésie, Editions de la Différence

Chamber Music suivi de Pomes Penyeach, juin 2017, trad. Pierre Trouillier, 130 pages, 8 € . Ecrivain(s): James Joyce Edition: Editions de la Différence

 

« Pour comprendre comment Joyce devint Joyce, il faut en passer par ces deux recueils » (le premier publié en 1907, le second en 1927) a écrit Pierre Trouillier. En effet, la poésie a été pour l’auteur d’Ulysse la première expérience littéraire d’où l’intérêt majeur de la réunion en une édition bilingue de ces textes tombés, comme l’ensemble de l’œuvre, en 2012 dans le domaine public. Il s’agit, de plus, d’une véritable édition critique en raison de l’établissement scrupuleux du texte d’après les éditions originales, enrichie par les variantes des éditions ultérieures.

Le traducteur fait ici le choix de la versification et de la rime pour faire « partager en français une expérience rythmique et musicale proche de celle en anglais » qui ajoute sa beauté à la variété des mètres et des strophes.

Chamber music comprend 36 textes et fut rédigé par Joyce avant son départ volontaire d’Irlande en 1904. C’est au frère de celui-ci, Stanislaus, que l’on doit la conception finale du recueil qui « réorganisé et augmenté devait décrire le cheminement de l’âme du poète… jusqu’à son exil » sans suivre l’objectif initial qui consistait à suggérer la naissance et la mort d’un amour pour une dame, parcours hérité de la tradition courtoise.

Les Degrés de l’incompréhension, Max de Carvalho

Ecrit par France Burghelle Rey , le Mercredi, 14 Juin 2017. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Arfuyen, Poésie

Les Degrés de l’incompréhension, 158 pages, 14 € . Ecrivain(s): Max de Carvalho Edition: Arfuyen

 

« Sans quitter ta demeure / ni les tiens tu partiras » : c’est sous l’angle du paradoxe, pour un exil particulier, que Max de Carvalho place son recueil.

Des strophes brèves, qui parfois s’étofferont comme dans Poème-phare, décrivent dès le début sensations, sentiments et remarques diverses sur les voix, l’appel, les odeurs, la nature. Les phénomènes observés parlent « au voyageur sa langue / mortelle ».

La vision nouvelle offerte ici est celle d’un peintre qui se détourne du figuratif, et sans arbitraire mais dans la cohérence la poétique de l’opus est bien une poétique contemporaine à la recherche, sinon d’un monde nouveau, du moins d’une nouvelle façon de l’exprimer. Ainsi entre récit et description, les constats de Max de Carvalho doivent être décryptés par un lecteur qui se laissera gagner par le goût du mystère et aimera épouser cette nouvelle réalité langagière. Textes et titres sont souvent, tout au long du livre, livrés comme des devinettes :

A l’avant-garde des ruines, Christophe Bregaint

Ecrit par France Burghelle Rey , le Lundi, 22 Mai 2017. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Poésie

A l’avant-garde des ruines, éd. du Pont de l’Europe, avril 2017, 66 pages, 10 € . Ecrivain(s): Christophe Bregaint

 

En forme d’exergue à son dernier recueil, Christophe Bregaint, comme pour annoncer sa démarche, reprend son titre en majuscules agressives écrites au feutre noir. « Aride » est, en effet, l’adjectif qu’il choisit pour incipit et qui aura pour écho le dernier mot du livre : « décousu ». Reste à apprendre en lisant celui-ci de quelles « ruines » il s’agit dans le mouvement d’un corps et d’une pensée en marche dès les premiers textes : « Ces évidences / Fuient / L’esprit / Pour / d’autres / Routes où / Se tiennent / Les entrailles / de l’obscurité / / Au garde- à-vous ». Alors suit, dans ce cheminement, hasardeux, la mise en place d’un champ lexical mortifère qui n’empêche pas la recherche d’une identité, voire d’une renaissance.

Le rythme des vers brefs mime parfaitement le cahotement de la route où l’on finit « Par émacier l’horizon ». Cette expression qui, comme d’autres, concrétise l’idée tout en provoquant la surprise est révélatrice de la sensibilité de l’auteur qui reprend à son compte à la fois la dure réalité de l’existence et le poids de la destinée humaine. Ainsi peut-on lire plus loin : « Tout le poids / Des ombres / / Au-dessus / De la fosse / Aux croyances ».

Soleil patient, Gabrielle Althen

Ecrit par France Burghelle Rey , le Mardi, 02 Mai 2017. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Arfuyen, Poésie

Soleil patient, 142 pages, 14 € . Ecrivain(s): Gabrielle Althen Edition: Arfuyen

 

Dès le texte liminaire, les choses s’inversent : « Le mot arrive / puis il nous dévisage » au moment où la poète, dans l’appartenance à un groupe, réfléchit à une marche collective sans savoir « où va le temps » lui-même.

Des textes apparemment sans lien entre eux ne semblent obéir ni à une structure propre ni à une structure commune et offrent au rythme sa variété. On distingue, à ce sujet, une certaine obéissance au mètre et parfois également à la rime ; des surprises, d’autre part, sont ménagées comme, par exemple, quand deux versets se font face.

L’écriture, contemporaine dans la mesure où elle refuse de se plier au commentaire, ne renonce cependant pas à la beauté sincère de la métaphore : « Des perles manquent au chapelet de la parole » ou aux allitérations et aux assonances : « la foret verte égrène ses vertèbres », « Le val est vert et la saison profonde ». Rythme oblige. Ainsi lit-on encore des chutes qui chantent notamment à l’occasion d’interrogations récurrentes, de questions sur l’être, le temps, l’ailleurs.

Variations du visage & de la rose, Béatrice Bonhomme

Ecrit par France Burghelle Rey , le Jeudi, 20 Avril 2017. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Poésie

Variations du visage & de la rose, L’Arrière-Pays, 2013 . Ecrivain(s): Béatrice Bonhomme

 

Dès le début du recueil, à la lecture des versets qui évoquent la nature, la chatte, puis la statue d’un visage, celui du peintre qui a vécu dans la maison, comme le dit l’exergue en italiques, le lecteur est sensible au thème sous-jacent du temps. De ce fait, à la 3° page, sonnent, à la façon des quatre notes de la 5° Symphonie, les quatre syllabes d’un « Tu te souviens ». Le choc est d’autant plus grand que Béatrice Bonhomme n’hésite pas à écrire « beau » et à choisir notamment la plus belle des fleurs, la rose, qu’elle soit réelle ou imaginaire pour laisser l’émotion envahir son texte. On y retrouve les accents que la poésie de Lydie Dattas, dont l’œuvre revendique la « beauté », a offert en son temps dans Le Livre des Anges-II : « Les roses respiraient le parfum de ton âme / ces roses mouraient en même temps que toi ». Sauf qu’ici, il y a une rose qui « brûle » encore.

C’est à propos de cette rose, de son cœur et de sang qu’au texte 4 le symbolisme des couleurs allié aux triples répétitions et au rythme des versets honore le souvenir du père disparu. S’y rencontre aussi, dès la décision du titre, un parti-pris de musique composée de variations et de leitmotivs qui définissent les litanies.