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Les Degrés de l’incompréhension, Max de Carvalho

Ecrit par France Burghelle Rey 14.06.17 dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Poésie, Arfuyen

Les Degrés de l’incompréhension, 158 pages, 14 €

Ecrivain(s): Max de Carvalho Edition: Arfuyen

Les Degrés de l’incompréhension, Max de Carvalho

 

« Sans quitter ta demeure / ni les tiens tu partiras » : c’est sous l’angle du paradoxe, pour un exil particulier, que Max de Carvalho place son recueil.

Des strophes brèves, qui parfois s’étofferont comme dans Poème-phare, décrivent dès le début sensations, sentiments et remarques diverses sur les voix, l’appel, les odeurs, la nature. Les phénomènes observés parlent « au voyageur sa langue / mortelle ».

La vision nouvelle offerte ici est celle d’un peintre qui se détourne du figuratif, et sans arbitraire mais dans la cohérence la poétique de l’opus est bien une poétique contemporaine à la recherche, sinon d’un monde nouveau, du moins d’une nouvelle façon de l’exprimer. Ainsi entre récit et description, les constats de Max de Carvalho doivent être décryptés par un lecteur qui se laissera gagner par le goût du mystère et aimera épouser cette nouvelle réalité langagière. Textes et titres sont souvent, tout au long du livre, livrés comme des devinettes :

Demain la poudre

pour toute aube

que ce geôlier

consent, filtrera

nue du soupirail

 

Viennent les interrompre des textes plus longs au style fluide où la nature a toute sa place avec un rien de précieux ou de romantique. Voyage sentimental, par exemple.

Des passages aux accents lyriques, aux thèmes usés comme celui du temps, y sont à vivre à la manière d’une respiration :

 

mais le temps manque

pour s’arrêter, le temps

file qui fait défaut

 

Puis, avec la tentation à nouveau du mystère, le poète présente des variations isotopiques sur le thème du blanc et de tout ce qui brille. Sur celui également de la liquidité qui, du poison au vin, évoque l’ivresse et la mort mais avec, en arrière-plan, la possible délivrance dans la nuit nommée « le grand timonier ». Loin de la civilisation et du droit, « Ils retournent à la sauvagerie », la joie se dit à l’imparfait, « et mon étoile chantait pour le / matin ». Les noms propres, personnages ou lieux, participent d’une érudition propice à l’énigmatique que le poète persévère à cultiver conjointement à des passages simples et évidents mais dont la chute se ferme :

 

En bord de mer par jour de vent

les brasseries s’emplissent de ces

buveurs venus de loin parfois à pied

depuis saint Vaast ou Quiberville

prendre le frais à la terrasse.

L’envers aveugle le décor,

montre l’endroit sans le crever ;

alors l’heure en elle-même s’efface

 

C’est ainsi qu’on peut parler, pour cet ouvrage, d’alternance entre une poésie ouverte et un nouveau langage qui, avec les miroirs et les théâtres « de reflets », tutoie le baroque et qui, dans la seconde partie, amène le lecteur sous forme de « Vœux, charmes, sentences » à « rompre », comme l’annonce le titre, « le cercle » des conventions. Un certain nombre de conseils, comme celui de « Viatique », se présentent encore autant d’énigmes qui, tels des oracles rendus, sont posées au lecteur ou au poète lui-même

 

Repasse la membrane

d’eau. Repose ta tête

dans la mue de lumière.

 

Ce que l’on comprend, c’est qu’il ne faut pas de mauvaise ambition mais un seul projet : « inonde plutôt la / chambre de clair / de lune » sans que l’on sache si la voix l’emportera sur le silence.

On retrouve de plus, ici, le thème de l’envers à travers un objet-clé, le miroir traité à la Cocteau. Pour celui qui « heurte en aveugle / le noir » dont la révélation est voilée par la main, il reste l’illusion qui est de poésie, celle-ci étant la propriété de son créateur et pouvant le rendre heureux : « tout est si plein / que je pourrais crier ».

Avec les deux derniers volets les textes deviennent encore plus elliptiques pour ce constat optimiste qui perdure : « Toutes choses passées, je demeure » et rend possible la « déclaration » à l’autre, l’aimée sans nul doute. Les jeux-oracles se poursuivent avec des pronoms sujets mystérieux qui évoquent les « lambeaux maudits d’une phrase absurde » nervalienne ; notamment « la dernière est / à venir, se dérobe ».

Enfin, les dernières pages du texte se focalisent sur l’importance à donner au petit, en la personne d’une mouche. C’est grâce à « un battant / qui est ouvert » que celle-ci peut s’échapper à l’air libre. Symbole, pour cette conclusion, d’une ouverture vers la découverte d’un espoir : dans le minuscule peut résider la liberté et la connaissance. Le poète accepte alors un monde qui le dépasse en concluant :

 

La mouche que j’ai tuée

en sait à présent

plus long que moi

 

France Burghelle Rey

 


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A propos de l'écrivain

Max de Carvalho

 

Max de Carvalho Wyzuj est né en 1961 à Rio de Janeiro. Il quitte le Brésil en 1964 pour le Luxembourg. Enfant, il voyage à travers l’Europe et le Brésil au gré des tournées de récitals de ses parents. En 1970 ceux-ci s’établissent en France.

En 1985, il crée avec quelques amis la revue La Treizième. Les illuminations orphiques et autres « Memorabilia » de Nerval, Dino Campana, Rimbaud, Trakl, Fargue, Milosz, forment avec Nerval le Nyctalope de René Daumal et Caves en plein ciel de Roger Gilbert-Lecomte le « canon » poétique dont se réclamera le cercle informel. Une nouvelle série paraît en 1989, sous la seule responsabilité cette fois de Max de Carvalho.

En 1992 il quitte Paris. Après un séjour en Bourgogne et plusieurs années passées dans les Cévennes, il vit aujourd’hui avec son épouse et leurs deux enfants dans la Montagne noire. Les textes qui composent l’Enquête sur les domaines mouvants ont été écrits dans ces solitudes.

 

A propos du rédacteur

France Burghelle Rey

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Rédactrice

Domaines de prédilection : poésie, littérature

Genres : recueils, essais, récit

Maisons d’édition les plus fréquentes : Gallimard, éditeurs divers

France Burghelle Rey est née à Paris, a enseigné les lettres classiques et vit actuellement à Paris où elle écrit et pratique la critique littéraire. Elle est membre de l'Association des Amis de Jean Cocteau et du P.E.N. Club français.

Textes parus au nombre d'environ une centaine dans de nombreuses revues ainsi qu’une quarantaine de notes critiques (Place de la Sorbonne, Europe, Recours au poème, Temporel etc…).

Elle a écrit une douzaine de recueils dont Lyre en double paru aux éditions Interventions à Haute voix en 2010 puis Révolution en 2013 suivi de Comme un chapitre d'Histoire en 2014 chez La Porte. Le Chant de l'enfance a été publié aux éditions du Cygne en juillet 2015

Ces derniers textes augmentés de L'Enfant et le drapeau, naissance rédemptrice d'un " ange " dans un monde en désolation, sont, avec les recueils qui suivent, l'expression d'une nécessaire présence au monde en souffrance.

http://france.burghellerey.over-blog.com/# : Un blog de près de 25.000 pages de lues