Identification

De silence et de chair, Valérie Fontalirant

Ecrit par France Burghelle Rey 25.10.16 dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Poésie, Editions Les Vanneaux

De silence et de chair, juin 2016, 41 pages, 15 €

Ecrivain(s): Valérie Fontalirant Edition: Editions Les Vanneaux

De silence et de chair, Valérie Fontalirant

 

Le titre du recueil de Valérie Fontalirant aux éditions des Vanneaux fait appel aux sens avant même l’incipit où « les vents d’éther », par un jeu du lexique, surprennent d’emblée le lecteur. En même temps que le destinataire du texte, celui-ci voit et entend dans un monde en guerre passé au crible et où la matière se meurt : « plafond craquelé », « surface écaillée ».

La marche, métaphore de l’écriture, et ses « collets » est-elle une solution comme la symbiose à la terre jusqu’à « devenir limon » ? En effet, avec la présence quotidienne de la mendiante, elle conduit au Tiers-monde au milieu de « la rumeur de la faim ».

Pour montrer la résistance à cette misère, les verbes d’action s’énumèrent à l’infinitif dans des strophes en vers libres et aux mètres variés.

A la suite de cette réflexion surgissent la figure de « l’Autre » et, sournoise, la présence des mots du passé dont il faut « laisser (l’ombre) émerger ».

Face à des ennemis sans nom aux « mains assoiffées de pouvoir » la narratrice, celle qui fut « la fille de Minos », tente de survivre à la décomposition des choses et de retrouver le visage de l’alter ego, le sien peut-être. Et comme Bartleby de « Fuir, mais en fuyant, chercher une arme » (1).

Le jeu des pronoms personnels – un « tu », encore, est nommé « Pythie » – brouille l’énonciation et la 3° personne est sans aucun doute le double de celle qui erre jusqu’à l’arrêt, à la toute fin de l’opus, de sa marche.

Bien avant ce moment, la poète, aux prises avec le mal, tente de lutter grâce à ses mots : « tu frappes le silence / de verbes poreux » tout en sachant que cela ne suffit pas car « chaque lettre n’est qu’un mensonge ». Il reste le souvenir du contact avec les éléments, la « soumission / à la matière ».

Le lecteur attentif peut alors assister au combat ultime entre cette réalité extérieure et le « grondement intérieur » qui s’exprime ici.

Il importe – c’est le message du livre – de « contrer l’effroi et d’insuffler la parole ». Pour ce faire, que ce soit la nuit ou en plein jour, servent d’adjuvants la présence de l’auteure mais celle également de l’être aimé avec « ses humbles frissons ».

 

France Burghelle Rey

 

(1)          Gilles Deleuze, Claire Parnet, Dialogues, Flammarion, 1974

 

  • Vu : 1007

Réseaux Sociaux

A propos de l'écrivain

Valérie Fontalirant

 

Nous n’avons aucune information sur cette auteure.

 

A propos du rédacteur

France Burghelle Rey

Lire tous les articles de France Burghelle Rey

 

Rédactrice

Domaines de prédilection : poésie, littérature

Genres : recueils, essais, récit

Maisons d’édition les plus fréquentes : Gallimard, éditeurs divers

France Burghelle Rey est née à Paris, a enseigné les lettres classiques et vit actuellement à Paris où elle écrit et pratique la critique littéraire. Elle est membre de l'Association des Amis de Jean Cocteau et du P.E.N. Club français.

Textes parus au nombre d'environ une centaine dans de nombreuses revues ainsi qu’une quarantaine de notes critiques (Place de la Sorbonne, Europe, Recours au poème, Temporel etc…).

Elle a écrit une douzaine de recueils dont Lyre en double paru aux éditions Interventions à Haute voix en 2010 puis Révolution en 2013 suivi de Comme un chapitre d'Histoire en 2014 chez La Porte. Le Chant de l'enfance a été publié aux éditions du Cygne en juillet 2015

Ces derniers textes augmentés de L'Enfant et le drapeau, naissance rédemptrice d'un " ange " dans un monde en désolation, sont, avec les recueils qui suivent, l'expression d'une nécessaire présence au monde en souffrance.

http://france.burghellerey.over-blog.com/# : Un blog de près de 25.000 pages de lues