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Sur les deux versions de Sac au dos de Joris-Karl Huysmans (par Patrick Abraham)

Ecrit par Patrick Abraham , le Mardi, 24 Mars 2026. , dans La Une Livres, Bouquins (Robert Laffont), Les Livres, Critiques, Livres décortiqués, Nouvelles

Joris-Karl Huysmans, Romans I, Robert Laffont, collection “Bouquins”, 2005, 992 pages, 30 euros . Ecrivain(s): Joris-Karl Huysmans Edition: Bouquins (Robert Laffont)

La nouvelle de Huysmans Sac au dos paraît d’abord en feuilleton dans L’Artiste de Théodore Hannon, à Bruxelles, du 19 août au 21 octobre 1877. Trois poèmes en prose, si tant est que leur genre soit définissable, inédits semble-t-il du vivant de l’auteur, « Le chant du départ », « La léproserie » et « Châlons », en constituent la matrice. Elle est reprise en volume chez l’imprimeur Callewaert, toujours à Bruxelles, quelques mois plus tard. En 1880, Huysmans décide de la remanier pour l’intégrer aux Soirées de Médan que Georges Charpentier met en vente en avril.

Les six textes des Soirées ont pour thème commun, on le sait, la guerre franco-prussienne et visent, en pleine  bataille naturaliste, par la voie du scandale au besoin, à lancer le mouvement. Huysmans s’inspire de son expérience personnelle et les étapes de la nouvelle, dans les deux versions, correspondent d’assez près à ce qu’il a vécu : son enrôlement dans la garde mobile et son départ, fin juillet 1870, pour Châlons où il doit être hospitalisé à cause d’une dysenterie ; le retrait chaotique des troupes françaises, suite à l’avancée allemande, et l’évacuation des blessés et des malades vers Arras, Rouen puis Évreux ; son retour à Paris à la chute de l’Empire. On le voit, Huysmans aura participé au conflit sans tirer un coup de fusil.

Le ciel a disparu, Alain Blottière (par Patrick Abraham)

, le Mardi, 10 Mars 2026. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Roman, Gallimard

Edition: Gallimard


Je n’entreprendrai pas de résumer le dernier roman d’Alain Blottière afin de laisser aux lecteurs le vif plaisir de la découverte tel que je l’ai l’éprouvé moi-même. Je me contenterai d’en éclairer l’intrigue avant d’établir des correspondances avec quelques-uns des livres précédents de l’auteur.

Le ciel a disparu est construit sur une double narration, la deuxième soulignée par l’italique. Le premier narrateur prend la parole en 2050 et revient sur des faits qui se sont déroulés vingt-quatre plus tôt, à partir de mai 2026, appartenant donc à son passé mais, pour nous, en février de cette même année, situés dans un futur proche.

Le premier narrateur a une quarantaine d’années en 2050. C’est un adolescent de quinze ans en 2026, vivant à Sifra, une oasis égyptienne, avec son grand-père adoptif, l’écrivain septuagénaire Ayann Ader. On aura deviné qu’Ayann Ader est le narrateur du récit enchâssé. Les fidèles de Blottière, à qui Ader ressemble par divers traits sans s’identifier à lui, songeront bien sûr à l’oasis de Siwa, qui joue dans sa vie un rôle si important.

Pour le centenaire de Jean Sénac (par Patrick Abraham)

Ecrit par Patrick Abraham , le Mercredi, 04 Février 2026. , dans La Une Livres, En Vitrine, Cette semaine, Les Livres, Critiques

 

En cet hiver 2026, puisque nous allons célébrer, le 29 novembre prochain, le centenaire de sa naissance, et puisqu’il faut sans cesse raviver les mémoires oublieuses, lisons ou relisons Jean Sénac, assassiné à Alger, rue Élisée-Reclus, dans la nuit du 29 au 30 août 1973.

Lisons la belle, l’indispensable biographie de Bernard Mazo publiée par les Éditions du Seuil en 2013, au titre si éloquent, Jean Sénac, Poète et martyr. Lisons les Œuvres poétiques, hélas incomplètes, publiées par Actes Sud en 1999 et, parce qu’épuisées, rééditées en 2019. Lisons les « carnets, notes et réflexions, 1942-1973 » publiés par Guy Dugas, toujours au Seuil, en 2023, sous le titre Un cri que le soleil dévore – c’est bien sûr un vers de Sénac qu’a choisi Dugas comme étendard, comme résumé brutal, lumineux d’un parcours.

Le Témoin, Kamala Das (par Patrick Abraham)

Ecrit par Patrick Abraham , le Jeudi, 04 Décembre 2025. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Asie, Poésie, Syros

Kamala Das, Le Témoin, traduction française du malayalam par Dominique Vitalyos, éditions Syros Jeunesse, 2002, 89 pages (dossier pédagogique inclus), 7,50 euros Edition: Syros

 

Kamala Das (1934-2009), fille de Balamani Amma (1909-2004), poétesse célèbre elle-même, est une voix majeure de la littérature indienne contemporaine, connue également sous les noms de Madhavikutty puis de Kamala Surayya après sa conversion à l’islam en 1999. Elle a utilisé aussi bien l’anglais que le malayalam, la langue de l’État du Kerala, dans le sud-ouest de l’Inde, dont elle était originaire.

Le Témoin (Driksaakshi) est une nouvelle écrite en malayalam et publiée en 1973, traduite par Dominique Vitalyos et parue chez Syros Jeunesse en 2002 grâce à Éric Auzoux, mais qui n’est pas réservée à un jeune public. Une première édition française hors-commerce avait été proposée par l’association « Petits Moyens » dans sa collection Intimes étrangères en octobre 1999, imprimée à Auroville Press près de Pondichéry et illustrée avec une photographie de Françoise Nunez.

Le Grand Rafraîchissement, Benoît Duteurtre (par Patrick Abraham)

Ecrit par Patrick Abraham , le Jeudi, 06 Novembre 2025. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Roman, Gallimard

Le Grand Rafraîchissement, Benoît Duteurtre, Gallimard, 2024, 215 pages, 20 euros. Edition: Gallimard

 

On ne lira pas, hélas ! Le Grand Rafraîchissement de Benoît Duteurtre comme on lisait n’importe quel autre livre de Benoît Duteurtre, et pour une raison imparable : Benoît Duteurtre est mort en juillet 2024 ; il s’agit donc, sauf inédits posthumes, d’un ouvrage ultime, paru en janvier de la même année.

Il ne faut cependant pas exagérer cette circonstance et voir à toute force dans Le Grand Rafraîchissement, qui complète une œuvre déjà importante mais ne prétend pas la parachever, un exercice testamentaire. Benoît Duteurtre n’avait pas prévu de mourir si soudainement, à soixante-quatre ans, des suites d’un malaise cardiaque, alors qu’il séjournait avec son compagnon au Valtin, dans les montagnes vosgiennes, où il possédait une maison et où il a été inhumé. Il n’avait pas l’intention de nous transmettre une vérité définitive. Il ne s’adresse pas à nous d’outre-tombe.