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Articles taggés avec: Abraham Patrick

Itihasa, Aatish Taseer (par Patrick Abraham)

Ecrit par Patrick Abraham , le Mercredi, 23 Septembre 2026. , dans La Une Livres, En Vitrine, Cette semaine, Les Livres, Critiques, Asie, Roman

Itihasa, Aatish Taseer, traduit de l’anglais (Inde) par Claire Blanchaud, éditions Banyan, 2026, 532 pages, 24 euros

 

Le premier roman d’Aatish Taseer (né en 1980) traduit en français, Itihasa, séduira les amoureux des littératures indiennes mais pareillement tous ceux que les questions d’origine, d’identité et de récupération identitaire préoccupent. Le titre est explicité à deux reprises (p. 26 et p. 291) : itihāsa est la contraction d’une formule sanskrite, iti-ha-āsa,  signifiant « telles que furent les choses » ou « la façon dont les choses furent effectivement ». Elle désigne un genre poétique, dont le Mahābhārata et le Rāmāyana sont les modèles, que l’on rapprochera de nos épopées. Le titre anglais calque d’ailleurs ce syntagme : The Way Things Were. J’y reviendrai.

On repère deux personnages principaux, et deux temporalités. Skanda, dès l’incipit, étudiant en sanskrit à New York et qui a dépassé de quelques années la trentaine, apprend la mort de son père à Genève : Toby, éminent linguiste et sanskritiste, traducteur de littérature classique et raja du royaume d’opérette de Kalasuryaketu, lieu fictif comme le grand-duché de Gérolstein. Il se rend en Inde pour y rapatrier le corps du défunt et y accomplir les rites funéraires. Nous le suivons dans son périple et ses retrouvailles avec plusieurs membres de sa famille – à l’histoire compliquée comme toute famille romanesque qui se respecte !

Jésus-la-Caille de Francis Carco (par Patrick Abraham)

Ecrit par Patrick Abraham , le Jeudi, 02 Juillet 2026. , dans La Une Livres, Bouquins (Robert Laffont), Les Livres, Critiques, Roman

Francis Carco, Romans, édition établie et présentée par Jean-Jacques Bedu et Gilles Freyssinet, Robert Laffont, coll. « Bouquins », 2004, 1230 pages, 31 euros Edition: Bouquins (Robert Laffont)

 

On entre avec aisance dans Jésus-la-Caille, premier roman publié en janvier-février 1914 dans Le Mercure de France d’Alfred Vallette et Rachilde par Francis Carco qui deviendra ensuite, à l’instar de son presque exact contemporain Pierre Benoit, un écrivain à succès. L’efficacité narrative, la manière dont les principaux personnages sont introduits (Jésus-la-Caille, Pépé-la-Vache, le Corse, Fernande…) et dont l’intrigue est nouée (arrestation et emprisonnement de l’« homme » de la Caille, Bambou) rendent la lecture plaisante. On s’aventure dans un milieu (celui, montmartrois, des souteneurs, des « pierreuses » et des « jésus ») pour nous, à cent douze ans de distance, exotique. Il y a un dépaysement propre à provoquer la songerie, voire la nostalgie.

Une gêne, une frustration qui n’est pas tout à fait une déception apparaissent toutefois, cette visite des quartiers interlopes circa 1910 prenant vite un aspect « muséal ». On retrouve les contradictions du pittoresque (social et historique en l’occurrence) en littérature : il charme d’abord puis lasse par manque de profondeur, de consistance.

L’Arbre-Seul, André Velter (par Patrick Abraham)

Ecrit par Patrick Abraham , le Mercredi, 03 Juin 2026. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Poésie, Gallimard

L’Arbre-Seul, André Velter, Gallimard, coll. Poésie/Gallimard, 2001, 234 pages, 10,40 euros . Ecrivain(s): André Velter Edition: Gallimard

 

Chacun a assisté, en bord de mer, en pleine campagne ou en montagne, à l’arrivée d’un orage. Tel est le thème d’un poème d’André Velter dans la section de son recueil L’Arbre-Seul (p. 72-73) suscitée par l’Inde, où il a séjourné à de nombreuses reprises.

Velter est un poète-voyageur. Un poète pour qui le Dehors et le Divers existent et doivent être parcourus, respirés, afin d’être chantés. Les poètes-voyageurs ne sont pas si fréquents dans notre littérature, plutôt prudente et casanière. Certes, des poètes ont voyagé par plaisir ou par nécessité, mais un poète-voyageur, c’est autre chose.

Baudelaire, de son périple de jeunesse de Bordeaux jusqu’à l’île Bourbon et l’île Maurice, n’a rapporté que quelques images obsédantes. Rimbaud (Velter est né à Signy-L’Abbaye, à trente kilomètres de Charleville…) avait cessé d’écrire lorsqu’il a vadrouillé loin de l’Europe aux anciens parapets. Trop peu décentré encore, Claudel n’est pas stricto sensu un poète-voyageur malgré les intuitions grandioses des proses de Connaissance de l’Est – mais je penserai sans doute le contraire demain !

André Malraux et la tentation de l’Inde, études, textes et documents réunis par Jean-Claude Perrier (par Patrick Abraham)

Ecrit par Patrick Abraham , le Jeudi, 30 Avril 2026. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Essais, Gallimard

André Malraux et la tentation de l’Inde, études, textes et documents réunis par Jean-Claude Perrier, éditions Gallimard et Ambassade de France en Inde, 2004, 263 pages, 25 euros Edition: Gallimard


J’ai sous les yeux une photographie en couleur, où l’or domine, de la colossale Maheshamurti de la grotte d’Elephanta au large de Bombay (aujourd’hui : Mumbai). On distingue André Malraux au premier plan, de profil, en costume et cravate mais ayant tombé la veste, les mains dans les poches, le visage et le corps marqués par l’âge (il a cinquante-sept ans…).

La Maheshamurti représente Shiva sous ses trois aspects : le créateur des quatre ères cosmiques ; celui qui les préserve ; puis qui les détruit pour qu’un cycle recommence. Cette illustration (le photographe, Jacques de Potier, travaillait pour Paris Match) occupe la couverture du beau livre publié conjointement par les éditions Gallimard et l’Ambassade de France en Inde en octobre 2004 sous la direction de Jean-Claude Perrier, André Malraux et la tentation de l’Inde. Elle m’a incité à relire les Antimémoires pour y redécouvrir, par-delà la mythomanie malrucienne, les causes d’une fascination prolongée sur plus de quarante ans.

Sur les deux versions de Sac au dos de Joris-Karl Huysmans (par Patrick Abraham)

Ecrit par Patrick Abraham , le Mardi, 24 Mars 2026. , dans La Une Livres, Bouquins (Robert Laffont), Les Livres, Critiques, Livres décortiqués, Nouvelles

Joris-Karl Huysmans, Romans I, Robert Laffont, collection “Bouquins”, 2005, 992 pages, 30 euros . Ecrivain(s): Joris-Karl Huysmans Edition: Bouquins (Robert Laffont)

La nouvelle de Huysmans Sac au dos paraît d’abord en feuilleton dans L’Artiste de Théodore Hannon, à Bruxelles, du 19 août au 21 octobre 1877. Trois poèmes en prose, si tant est que leur genre soit définissable, inédits semble-t-il du vivant de l’auteur, « Le chant du départ », « La léproserie » et « Châlons », en constituent la matrice. Elle est reprise en volume chez l’imprimeur Callewaert, toujours à Bruxelles, quelques mois plus tard. En 1880, Huysmans décide de la remanier pour l’intégrer aux Soirées de Médan que Georges Charpentier met en vente en avril.

Les six textes des Soirées ont pour thème commun, on le sait, la guerre franco-prussienne et visent, en pleine  bataille naturaliste, par la voie du scandale au besoin, à lancer le mouvement. Huysmans s’inspire de son expérience personnelle et les étapes de la nouvelle, dans les deux versions, correspondent d’assez près à ce qu’il a vécu : son enrôlement dans la garde mobile et son départ, fin juillet 1870, pour Châlons où il doit être hospitalisé à cause d’une dysenterie ; le retrait chaotique des troupes françaises, suite à l’avancée allemande, et l’évacuation des blessés et des malades vers Arras, Rouen puis Évreux ; son retour à Paris à la chute de l’Empire. On le voit, Huysmans aura participé au conflit sans tirer un coup de fusil.