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Articles taggés avec: Morin Anne

Abraxas, Bogdan-Alexandru Stanescu (par Anne Morin)

Ecrit par Anne Morin , le Mardi, 10 Février 2026. , dans La Une Livres, En Vitrine, Critiques, Pays de l'Est, Roman, Gallimard

Bogdan-Alexandru Stanescu, Abraxas, Gallimard, du monde entier, traduit du roumain par Nicolas Cavaillès, 654 pages, 27 € Edition: Gallimard

 

Abraxas, formule magique, appel à un élément divin, représentation païenne… Tout ce qui transpire dans ce livre parle de/à plusieurs voix. Chacun des personnages principaux est montré, faisant des allers-retours dans sa vie, telle qu’elle est, telle qu’il pense vouloir qu’elle soit, et telle qu’elle lui échappe.

Roman de la déchirure entre soi et la représentation de soi, entre le passé qui boucle, qui s’étonne et dont on s’étonne et le présent qui devient le cœur -et le chœur- du passé.

Un livre de mort, de passages entre la vie que l’on croit tenir et l’engloutissement, bouffi de créatures chimériques et la violence du présent.

La Ligne, Aharon Appelfeld (par Anne Morin)

Ecrit par Anne Morin , le Mardi, 01 Avril 2025. , dans La Une Livres, En Vitrine, Cette semaine, Les Livres, Critiques, L'Olivier (Seuil), Israël, Roman

La Ligne, Aharon Appelfeld, Editions de L’Olivier, mars 2025, trad. hébreu, Valérie Zenatti, 172 pages, 21,50 € . Ecrivain(s): Aharon Appelfeld Edition: L'Olivier (Seuil)

 

Erwin Ervin, c’est le prénom du personnage principal du livre, et le vrai prénom de l’auteur.

A bord de trains improbables, Erwin emprunte année après année le même circuit.

Quel est son métier, son emploi, sa quête ? Qui sont ses « associés », ses « collaborateurs » qui sont avec lui de loin ? Qui sont ses « concurrents » ? Quelles affaires se trament tout au long de ce parcours, toujours le même, qu’il refait, partant toujours le même jour de l’année ?

Des gares où presque tout a commencé : « C’est dans cette gare reculée que les Allemands nous ont conduits et abandonnés. (…) Mon étrange vie a commencé ce matin-là, et il me semble parfois que tout est figé dans ce matin. La mort comme la résurrection y sont ternes. Personne n’avait exprimé de joie. Tout le monde était pétrifié » (p.16).

Personne ne quitte Palo Alto, Yaniv Iczkovits (par Anne Morin)

Ecrit par Anne Morin , le Mardi, 18 Mars 2025. , dans La Une Livres, En Vitrine, Les Livres, Critiques, Israël, Roman, Gallimard

Personne ne quitte Palo Alto, Yaniv Iczkovits, Gallimard, Coll. Du monde entier, mars 2025, trad. hébreu, Laurence Sendrowicz, 491 pages, 25 € Edition: Gallimard

 

Une histoire d’amour et de haine, une histoire étendue sur trente ans, sur ce qui a été fait, ce qu’il aurait fallu faire/ne pas faire, ce qu’il reste à faire, une histoire de temps écoulé, éculé.

Le titre de chacun des quatre chapitres au fil tenu par le temps ne révèle rien de leur substance.

On se retrouve au cœur d’une scène d’épouvante et de farce, une sorte de bizutage au cœur d’un laboratoire d’anatomie : d’où viennent les deux cadavres en trop ? Iris, policière en instance de divorce dont on évalue les capacités parentales, est envoyée sur les lieux.

Dix ans plus tard, un personnage à peine esquissé précédemment est identifié au sein de cette même salle de dissection et s’éclipse au moment d’ouvrir le thorax d’un des cadavres. C’est, en effet, une histoire de cœur : Idan a reconnu à ses mains Tobayas, un poète arabe vivant dans une maison ouverte, dans un ancien quartier misérable de Haïfa, qui l’avait abrité et dont lui-même disait qu’il n’avait pas de cœur.-

A la fin de l’été, Magdalena Blazevic (par Anne Morin)

Ecrit par Anne Morin , le Lundi, 27 Janvier 2025. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Roman

A la fin de l’été, Magdalena Blazevic, Les éditions Bleu & Jaune, janvier 2025, trad. croate, Chloé Billon, 169 pages, 19,90 €

 

D’une saison l’autre, d’un paysage l’autre, larvé, miné par l’arrière-plan, la menace, toujours présente, entre cours de la vie, une vie ordinaire et arrière-cour, ce qu’il s’y profile. Comme au théâtre, on entre côté cour, du côté des vivants, du sursis, on sort côté jardin, du côté de la mort, ou l’inverse, on ne sait plus très bien.

Le temps défile, passe, revient sur ses pas, balbutie, dans le souvenir d’une toute jeune fille qui s’en va. Et qui dit… l’avant, l’après, le moment : « Les lèvres de la Mort pâlissent. Son index est habitué au contact du métal. Il ne tremble pas » (p.106)… La mort, un tout jeune homme, tue une toute jeune fille, c’est l’ordinaire, dans ce pays, cette guerre qui broie, s’en va, revient, flux et reflux, menace de tous côtés, comment ne pas se retrouver après, comment ne pas accompagner ?

Le paysage, le végétal lui-même porte en germes des menaces, les plantes piquent, se refusent à la consommation.

Dors ton sommeil de brute, Carole Martinez (par Anne Morin)

Ecrit par Anne Morin , le Lundi, 16 Septembre 2024. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Roman, Gallimard

Dors ton sommeil de brute, Carole Martinez, Gallimard, août 2024, 393 pages, 22 € Edition: Gallimard

 

Il y a le chant, hypnotique, berceuse, incantation, psalmodie, une voix qui fait sens, à laquelle il faut donner suite, et prise… suivre l’enchantement, être prêt à y répondre, c’est le rôle confié aux enfants. Être prêt à y répondre, déchiffrer, défricher ce que la nature espère… ? que l’on y reconnaîtra, que l’on se reconnaîtra, c’est le rôle des adultes.

Un géant une pierre à la main, un homme des bois, des marais, de la nature, un innocent. Un monde entre ciel et terre, entre arbres et forêt, un monde de conte de fées, tel qu’il pouvait être avant.

Avant la chute, avant l’avancée, la marche forcée du progrès, contre nature.

Le sommeil signifiant, le retour arrière, le rêve, le fil de la vie, la préservation. Le chant émerge comme un fil à suivre, passer et repasser dans le chas.