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Articles taggés avec: Devaux Patrick

Verveine et Venin, Annie Perec Moser (par Patrick Devaux)

Ecrit par Patrick Devaux , le Jeudi, 11 Octobre 2018. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Poésie

Verveine et Venin, éditions Le Coudrier, juin 2018, 71 pages, 18 € . Ecrivain(s): Annie Perec Moser

 

Annie transcende le désir de la chose à portée de main en lui offrant des confrontations d’idées sublimes dans les images ; ainsi l’orange convoitée est mise en parallèle avec le soleil : « Oui, toutes les pensées de la petite malade se résumaient à ce désir d’orange, sève de vie, acidulée, bienfaisante, qui devrait l’éloigner de loin, très loin du soleil cognant et meurtrissant sa chair ».

En effet, l’auteur se sert de l’exotisme des mots pour « parer de volupté » le décor du voyage ressenti plutôt que de se contenter du voyage « organisé ».

Fausse ingénue de la réalité, ses messages sont ainsi encore plus forts.

Etonnante par son approche de la poésie « à la Prévert » dans le ton, l’auteur effleure les grands classiques de la force d’un Apollinaire :

Ce long sillage du cœur, Philippe Leuckx (par Patrick Devaux)

Ecrit par Patrick Devaux , le Lundi, 17 Septembre 2018. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Poésie

Ce long sillage du cœur, éd. La Tête à l’envers, avril 2018, 90 pages, 15 € . Ecrivain(s): Philippe Leuckx

 

Avec un certain décalage horaire du cœur (« Vous alliez à l’ombre Quand je désirais la lumière ») et son sens de l’observation codant les idées sous-jacentes (« Je m’égarais alors A lire entre les fils De clôture Les taches De vaches pie »), inversant l’idée de manière à donner du tonus à une image pouvant suggérer une forme d’écriture – je songe à celle de Dotremont –, Philippe Leuckx laisse surgir des mots une sorte d’animalité sauvage imprévisible et naturelle semblant inverser les rôles dans le temps, à rebours d’enfance car « chaque poème rend pèlerin de soi ».

Avec ses Murs de pierres grises comme semées par le Petit Poucet de son devenir, Philippe arpente son « long sillage du cœur » avec une tendresse menant le lecteur attentif à la « langue douce de l’errance ».

Les textes plus longs alternent parfois avec une seule idée reprise à la page suivante donnant au livre cette impression de dénivelé suggérant la progressivité de la démarche accentuant encore la rumeur d’écrire.

Dans l’attente de toi, Alexis Jenni (par Patrick Devaux)

Ecrit par Patrick Devaux , le Jeudi, 13 Septembre 2018. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Roman

Dans l’attente de toi, L’iconoclaste, 2016, 246 pages, 22,50 € . Ecrivain(s): Alexis Jenni

 

Les mots échappent. Les mots ne suffisent pas à l’auteur pour dire son amour ; rien ne l’universalise convenablement.

Cette obsession ravira l’intrigue que suscite ce roman qui traverse les siècles dans l’admiration des grands peintres : « J’aime chez toi cette inflexion de la courbe de ton corps, qui donne sa forme et son élan, comme la courbure d’un arc qui donne puissance et ressort ; et je sais gré à Bonnard de me montrer cet endroit exactement, par cette tache de lumière intense qui vibre au centre de ce tableau ».

En psychologie, s’il s’agissait de suggérer une personne à travers une autre, on appellerait cela un « transfert ». Ici, c’est l’idée même de l’abstraction de l’Amour qui est « transférée » dans quelques œuvres d’Art certes bien choisies et certainement pas au hasard : « Ce sont des figures, rondes et molles mais dentées, qui aboient à la base d’un crucifix où pend quelque chose d’encore vivant ». C’est de cette façon qu’Alexis Jenni ramène dans son sujet la référence au grandiose Francis Bacon, le peintre des extraordinaires « portraits du pape Innocent X » d’après celui peint par Velasquez.

Et aussi les arbres, Isabelle Bonat-Luciani

Ecrit par Patrick Devaux , le Vendredi, 24 Août 2018. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Poésie, Roman, Carnets du dessert de lune

Et aussi les arbres, mai 2018, 76 pages, 13 € . Ecrivain(s): Isabelle Bonat-Luciani Edition: Carnets du dessert de lune

 

Tous les sens de l’auteur sont en éveil à écouter, entendre, distinguer, ressentir à fleur de souvenir jusqu’au trouble qui mêle le haut et le bas, la cime et la racine de l’être, la sève de vivre : « Le ciel a débarrassé le plancher. Il est dans ma tête. Au fin fond. Toujours ça revient ». Les mots sont « tagués » les uns aux autres « pour tenir loin des désordres. Pour tenir loin des solitudes ».

Souvenir d’un premier amour ? Certes. Mais sans « Il était une fois » parce que l’évènement tourne en boucle.

Avec un ton faussement anodin, des choses importantes sont dites, toujours avec cette façon un peu explicative, voire professorale : « Parfois elle lui disait que pour aimer il valait mieux ne jamais rien savoir ».

Avec retours sur l’adolescence, l’image des parents, de la mère plus particulièrement, du corps qui se modifie, la vie en évolution parle à travers le temps qui se souvient de façon obsessionnelle : « Les gens marchent mais c’est dans ton image qui fissure le sol » ou encore : « Lorsque j’approche de ton absence, il y a ce toi bien trop immobile pour regarder ».

Les tulipes du Japon, Isabelle Bielecki

Ecrit par Patrick Devaux , le Mercredi, 15 Août 2018. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Roman

Les tulipes du Japon, éditions M.E.O., février 2018, 240 pages, 18 € . Ecrivain(s): Isabelle Bielecki

 

Si les clichés ont la vie dure, Isabelle Bielecki casse les codes avec Les tulipes du Japon.

Le livre, presque scindé en deux romans distincts, reprend le thème de l’amour sur les lieux de travail, d’une part, et le combat très hiérarchisé d’une femme déterminée vers un poste non convoité mais bien revendiqué de plein droit avec autant de difficulté que de détermination : « Et moi ? Quels seront mon titre, ma fonction, mon travail ? a-t-elle failli hurler. Mais Elisabeth s’est souvenu des conseils de tous ceux auxquels elle s’était confiée : ne rien demander, laisser venir, qu’ils prennent l’initiative. S’ils veulent te virer ? Qu’ils le disent ! Et cette possibilité-là, que chaque jour une lettre de licenciement allait tomber dans sa boîte aux lettres s’était si bien incrustée au cœur de ses nuits blanches qu’elle n’a rien dit ».

On retrouve le fait accompli, valable pour bon nombre d’entreprises, de placer la performance de l’employée dans une situation limite activant le processus de productivité, la difficulté supplémentaire étant, pour Elisabeth, de se faire à la culture et la langue japonaises sans compter un univers de compétitivité masculine se manifestant d’une façon propre et bien féminine d’une autre : « Liliane avait des comptes à régler. Les autres la regardaient en ricanant. Les hommes étaient moins durs ».