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Plein hiver, Hélène Gaudy

Ecrit par Theo Ananissoh , le Mercredi, 22 Janvier 2014. , dans Actes Sud, La Une Livres, Critiques, Les Livres, Roman

Plein hiver, janvier 2014, 200 pages, 20 € . Ecrivain(s): Hélène Gaudy Edition: Actes Sud

 

Oh ! certes ! il y a de vraies solitudes. Des vies qui laissent indifférents tous les autres humains. Des êtres dont personne ne s’aperçoit qu’ils ne sont plus là. D’ailleurs, dans le roman d’Hélène Gaudy, Plein hiver, il y a un cas de ce genre ; à peu près. Il s’appelle Prince Buchanan. Mais même ainsi à l’écart de tous, dans cette maison qu’il « avait construite lui-même, rondin par rondin, sans demander l’aide de personne », Prince Buchanan n’est pas complètement ignoré. Quelques-uns des adolescents de Lisbon lui rendent volontiers visite ; pour se distraire d’un quotidien morne, il est vrai. (Et lorsqu’un de ces jeunes, David Horn, disparaît, qu’on se retrouve sans le moindre commencement d’une explication, on suspecte aussitôt… Buchanan.)

Lisbon ? David Horn ? C’est vrai ; reprenons dans l’ordre – un certain ordre – des faits extrêmement et vertigineusement emmêlés dans le roman. Lisbon, David Horn, ce sont là les trois mots à retenir, des noms qui reviennent sans cesse tout le long du roman. Les tout premiers mots du roman sont les suivants : « David revenu à Lisbon ». Comme un télégramme, jadis. (L’époque où se situe le roman n’est pas explicitement indiquée, mais il est une fois question de mail et d’Al-Qaïda.) Lisbon donc, c’est le lieu. Un de ces lieux dont on se demande, en les traversant en voiture, ce qui peut expliquer que des êtres y demeurent.

J’étais nu pour le premier baiser de ma mère, Tchicaya U Tam’si

Ecrit par Theo Ananissoh , le Jeudi, 05 Décembre 2013. , dans La Une Livres, Afrique, Critiques, Les Livres, Poésie, Gallimard

J’étais nu pour le premier baiser de ma mère, Édition présentée et préparée par Boniface Mongo-Mboussa, Gallimard, coll. Continents noirs, novembre 2013, 595 pages, 22 € . Ecrivain(s): Tchicaya U Tam’si Edition: Gallimard

 

On étouffe et sombre à moins ! Imaginez : une séparation d’avec la mère à l’âge de quatre ans (mère et fils ne se reverront que près de cinquante ans plus tard), un père député du Moyen-Congo à l’Assemblée nationale française aux côtés de… Léopold Senghor et Aimé Césaire, une entrée au collège à Orléans à un âge (14 ans) où les autres s’apprêtent à le quitter, une infirmité que trahit chaque pas qu’il fait (pied bot)…

A sa mort en avril 1988, en Normandie, Tchicaya U Tam’si laisse une œuvre considérable faite de romans, de nouvelles, de pièces de théâtre et surtout de poèmes dont la publication aujourd’hui en un volume par Gallimard Continents noirs ne pèse pas moins de cinq cents pages. Ce tome I des œuvres complètes est donc uniquement consacré à sa poésie. L’écrivain et historien des littératures francophones, Boniface Mongo-Mboussa, a déployé beaucoup de talent et de patience pour rassembler des écrits éditorialement dispersés au long de trois décennies. Il lui donne judicieusement un titre emprunté au poète lui-même et qui dit sans aucun doute la genèse de son œuvre.

Éducation d’un enfant protégé par la Couronne, Chinua Achebe

Ecrit par Theo Ananissoh , le Vendredi, 29 Novembre 2013. , dans Actes Sud, La Une Livres, Afrique, Critiques, Les Livres, Récits

Éducation d’un enfant protégé par la Couronne, traduit de l’anglais (Nigéria) par Pierre Girard, novembre 2013, 191 p. 21,80 € . Ecrivain(s): Chinua Achebe Edition: Actes Sud

 

Chinua Achebe est sans doute l’auteur du roman le plus connu des Africains, toutes langues d’écriture confondues. Things fall apart est son titre. Il est paru en 1958 chez William Heinemann en Angleterre. Achebe avait 28 ans. Les éditions Présence Africaine le traduisent en français en 1966, sous le titre Le Monde s’effondre. Titre meilleur, à notre avis, que celui que les éditions Actes Sud donnent à une nouvelle traduction qui vient de paraître : Tout s’effondre.

Le Monde s’effondre ou Tout s’effondre, c’est l’histoire de la pénétration coloniale dans l’univers cohérent et indépendant d’un clan du peuple Igbo (sud-est du Nigéria actuel) à la fin du XIXè siècle.

La quatrième de couverture de l’édition de 1966 parle d’un des romans « les plus riches et les plus pondérés » qu’ait donnés l’Afrique noire. Ce roman est si magistral qu’on a fêté, en 2008, le cinquantenaire de sa parution à travers le monde anglophone et africain.

Une longue nuit d'absence, Yahia Belaskri

Ecrit par Theo Ananissoh , le Vendredi, 13 Septembre 2013. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Maghreb, Roman, Vents d'ailleurs

Une longue nuit d’absence, mars 2012, 158 pages, 15,20 euros . Ecrivain(s): Yahia Belaskri Edition: Vents d'ailleurs

 

C’est un roman pour ainsi dire plein d’Histoire(s), c’est-à-dire d’idéaux, de larmes, de sang, de douleurs, d’exils et de volonté humaine. Un roman en va-et-vient entre les deux rives de la Méditerranée, et entre deux guerres civiles, celle d’Espagne et celle d’Algérie.

Yahia Belaskri, ambitieux, empoigne trois ou quatre décennies de feu, retrace la vie de populations entières, et éclaire avec une belle maîtrise de son sujet deux conflits majeurs dont le fond commun est la quête de justice et de liberté.

Francisco, dit Paquito, puis Paco, est né en Andalousie autour de 1920 ; il mourra en 2006. Entre ces deux dates, que de choses ! Un engagement à l’âge de seize ans dans les rangs des républicains qui combattent Franco (un… enfant-soldat), la clandestinité quasi permanente, le déchirement d’une vie familiale impossible, la défaite et l’exil dans l’Algérie française, la suspicion des autorités (il est militant du Parti communiste espagnol), les camps d’internement, l’activisme et les incursions téméraires dans l’Espagne franquiste, puis, alors qu’il veut s’apaiser un peu dans le bonheur conjugal, une autre guerre, de décolonisation, où il est pris comme dans un étau par le FLN et l’OAS, l’indépendance sanglante, un autre exil, en France… métropolitaine.

Un balcon sur l'algérois, Nimrod

Ecrit par Theo Ananissoh , le Vendredi, 12 Juillet 2013. , dans Actes Sud, La Une Livres, Afrique, Les Livres, Recensions, Roman

Un balcon sur l’Algérois, avril 2013, 174 pages, 18 € . Ecrivain(s): Nimrod Bena Djangrang (Nimrod) Edition: Actes Sud

 

 

Début des années quatre-vingt. Paris – c’est-à-dire, essentiellement Montparnasse, Saint-Germain-des-Prés et Montmartre. Nimrod, un jeune étudiant tchadien, arrive de son pays et s’inscrit à la Sorbonne. Les rapports avec sa directrice de mémoire, d’académiques, virent à la passion amoureuse et charnelle. Jeanne-Sophie est fille de colonel et issue de la grande bourgeoisie. Lui est boursier. Il est marié – Maureen, l’épouse, est au Tchad avec leur fille ; elles le rejoindront peut-être. Jeanne-Sophie a toujours eu ce qu’elle voulait et est habituée à posséder ce qu’elle désire. A côté de ces deux personnages, il y a quelques autres dont Bakary, éboueur malien de son état et père d’un garçon qu’il a eu avec Sylvie, une amie de Jeanne-Sophie. Sylvie, également prof à la Sorbonne, est une « fille d’aristos » ; son père est un banquier… Voici comment pense et parle Bakary – au grand dam de sa compagne ; enfin compagne est une façon de parler parce que Bakary a sa fierté d’éboueur. Il tient à son foyer de travailleurs d’Arcueil-Cachan et refuse d’emménager avec Sylvie dans son appartement du 16ème. Bakary donc – il s’adresse à Nimrod :