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Les maquisards, Hemley Boum

Ecrit par Theo Ananissoh , le Samedi, 29 Août 2015. , dans La Une Livres, Afrique, Les Livres, Critiques, Roman, La Cheminante

Les maquisards, mars 2015, 384 pages, 22 € . Ecrivain(s): Hemley Boum Edition: La Cheminante

 

Une courte préface pour situer le sujet du roman.

En gros, dans l’histoire des décolonisations en Afrique noire, les colonisateurs anglo-saxons ont fait avec les leaders indépendantistes. Mugabe, chef d’une armée de libération, faisait la navette à la fin des années soixante-dix entre la Rhodésie du Sud (actuel Zimbabwe) et Londres pour des négociations. Mandela fut en quelque sorte mis au frais pour plus tard. Son nom cristallisait toute la lutte contre le régime d’apartheid, il était un facteur d’unité pour les différents peuples noirs d’Afrique du Sud ; on aurait pu éteindre ce symbole au fond de l’île prison de Robben Island… Jomo Kenyatta (Kenya) ou Nkrumah (Ghana) furent d’abord mis en prison puis reçus à la table des négociations pour l’indépendance. Les Britanniques avaient formé ces gens, et leur pragmatisme acceptait ceux-ci comme interlocuteurs. Ailleurs, par contre, on s’irrita beaucoup des revendications d’indépendance. C’était comme si l’affaire était d’ordre personnel ou affectif et que l’on se trouvait offensé. Radicalisation, refus outragé de faire de la politique.

Bordeaux la mémoire des pierres, Jean-Michel Devésa

Ecrit par Theo Ananissoh , le Mardi, 09 Juin 2015. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Roman

Bordeaux la mémoire des pierres, Ed. Mollat, février 2015, 229 pages, 20 € . Ecrivain(s): Jean-Michel Devésa

C’est à la fois simple et complexe. Et réussi comme récit et comme atmosphère. François Lister, soixante-treize ans, prof de philosophie, revient à Bordeaux où il a grandi cinquante et un ans après l’avoir quitté. Lister est le fils unique de républicains espagnols réfugiés comme beaucoup d’autres en France dans les années d’après-guerre. Son père, engagé dans la lutte contre Franco, un « preux », est déjà mort quand sa mère et lui (il a alors six ans) arrivent à Bordeaux. A vingt-deux ans, précisément le 8 novembre 1962, Lister quitte… Quitte quoi exactement ? Bordeaux, oui, physiquement ; mais il y a plus. Pour lui, en effet, la pendule semble s’être arrêtée à cette date du 8 novembre 62. La veille, Julían Grimau, un dirigeant du Parti (communiste) infiltré dans l’Espagne franquiste a été arrêté. Il sera fusillé. Grimau aurait dû être dans Madrid en compagnie de Rosario Santiago, habile à jouer pour le Parti le rôle de compagne ou de maîtresse. Tombée malade au dernier moment, elle n’a pas pu fournir cet appui à Grimau. Rosario Santiago, qui réside à Bordeaux, est le grand amour de Lister, alors étudiant en philosophie. Mais Rosario vit corps et âme pour la cause ; elle est entièrement au service du Parti. Alors que Lister, lui, ne cesse de se poser des questions sur les stratégies et les décisions dudit Parti. Lister, c’est patent, est un observateur, pas un actif. En lui, l’amour ne se laisse pas aisément sacrifier, au point de le rendre très jaloux et soupçonneux quant aux liens exacts qu’entretiennent Grimau et Rosario.

La Trilogie romanesque. Les Cancrelats. Les méduses. Les phalènes, Tchicaya U Tam’si

Ecrit par Theo Ananissoh , le Vendredi, 29 Mai 2015. , dans La Une Livres, Afrique, Les Livres, Critiques, Roman, Gallimard

La Trilogie romanesque. Les Cancrelats. Les méduses. Les phalènes, Gallimard, coll. Continents noirs, mars 2015, Edition préparée et présentée par Boniface Mongo-Mboussa, 957 pages, 20 € . Ecrivain(s): Tchicaya U Tam’si Edition: Gallimard

 

La collection Continents noirs des éditions Gallimard poursuit la publication des œuvres complètes du grand poète et romancier congolais Tchicaya U Tam’si. Après sa poésie complète l’année dernière dont nous avons rendu compte ici, voici rassemblés en un volume trois de ses quatre romans – près de mille pages – introduits encore une fois avec clarté et maîtrise par le critique et écrivain Boniface Mongo-Mboussa. Une introduction (prévenons le lecteur) placée… à la fin de l’ouvrage.

Tchicaya U Tam’si, ce sont trois vies successives en l’espace de cinquante-sept ans : poète, dramaturge puis romancier. Cette dernière phase de sa vie dure moins d’une dizaine d’années. Quatre romans en sept ans, sans oublier un recueil de nouvelles. En 1977, Tchicaya publie La Veste d’intérieur, Prix Louise-Labbé. Ce sera son dernier recueil de poèmes. Vingt-cinq années de création poétique ont fait de lui un des poètes majeurs de l’Afrique malgré l’ombre écrasante de Senghor. Mais à l’orée de la cinquantaine, il est gagné par le doute quant à sa postérité.

Quand j’étais vivant, Estelle Nollet

Ecrit par Theo Ananissoh , le Lundi, 04 Mai 2015. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Albin Michel, Roman

Quand j’étais vivant, janvier 2015, 273 pages, 19 € . Ecrivain(s): Estelle Nollet Edition: Albin Michel

Estelle Nollet démontre une nouvelle fois dans ce troisième ouvrage un tempérament de romancière aux horizons larges et généreux. Un sujet et quelques personnages ne suffisent pas à la savane africaine qu’elle a ici en vue. Quand j’étais vivant entrecroise donc plusieurs histoires qui sont autant de thèmes saignants. C’est bien ajusté, et le lecteur est touché.

« Population des éléphants en 1900 : 20 millions. Population estimée aujourd’hui : 350.000. Nombre d’éléphants massacrés par an : 35.000. Extinction de l’espèce : déjà prévue… »

Ces chiffres sont donnés en conclusion, hors du récit. Avant cela, le roman, qu’est-il ? Un suspense qui, habilement, ne se pose pas vraiment comme tel. La chronique de la vie dans la réserve importe peut-être plus que le dénouement final – dénouement très pessimiste qui ne conclut pas, bien au contraire. Cette vaste étendue où s’agitent hommes et animaux n’est pas observée d’en haut ou de loin. Le lecteur vit la vie de la savane : le fort qui mange le faible, les aléas climatiques (admirables pages où l’on voit comment souffrent les animaux quand l’eau manque), le léopard qui se coince la patte dans un arbre et en meurt… Estelle Nollet est allée voir sur place, en Afrique australe, et la vérité de ses descriptions – malgré le choix d’une écriture un peu rapide – fait la force de ce roman.

L’enfance politique, Noémi Lefebvre

Ecrit par Theo Ananissoh , le Vendredi, 27 Mars 2015. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Verticales, Roman

L’enfance politique, février 2015, 170 pages, 19 € . Ecrivain(s): Noémi Lefebvre Edition: Verticales

 

Noémi Lefebvre réussit dans ce roman un beau paradoxe. Une narration romanesque – pas l’histoire contée mais le récit en tant que suite de mots, de phrases (mais comment séparer les deux) – est nécessairement une communication… sensée ; un propos qui vise au partage. L’éditeur ne le proposerait sûrement pas au public sinon. Or Martine qui raconte, qui décrit et se décrit dans L’enfance politique souffre de « troubles mentaux » selon ses propres mots. Et ce n’est pas du tout une pose ni une histoire passée, finie, du genre : récit de mon année de dépression. Non, Martine est pour ainsi dire en prise directe ; elle vit son « désordre mental » tout en nous le racontant en narratrice apte.

Réfugiée chez sa mère, allongée toute la sainte journée sur le lit de celle-ci – qui est ainsi obligée de passer ses nuits sur un Clic-Clac installé dans la cuisine – à regarder des séries à la télévision, Martine multiplie les tentatives de suicide, et se retrouve logiquement en hôpital psychiatrique. Après un certain temps – comme elle refuse obstinément de coopérer avec les personnes habilitées à comprendre son état –, elle est gentiment rendue à sa pauvre mère, accompagnée de ce qui est plus une vague hypothèse qu’un diagnostic. Il convient de laisser le lecteur découvrir avec un mélange d’amusement et de perplexité les mots et les expressions que l’on tente de mettre sur ce dont souffre Martine.