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Articles taggés avec: Ananissoh Theo

L’enfance politique, Noémi Lefebvre

Ecrit par Theo Ananissoh , le Vendredi, 27 Mars 2015. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Verticales, Roman

L’enfance politique, février 2015, 170 pages, 19 € . Ecrivain(s): Noémi Lefebvre Edition: Verticales

 

Noémi Lefebvre réussit dans ce roman un beau paradoxe. Une narration romanesque – pas l’histoire contée mais le récit en tant que suite de mots, de phrases (mais comment séparer les deux) – est nécessairement une communication… sensée ; un propos qui vise au partage. L’éditeur ne le proposerait sûrement pas au public sinon. Or Martine qui raconte, qui décrit et se décrit dans L’enfance politique souffre de « troubles mentaux » selon ses propres mots. Et ce n’est pas du tout une pose ni une histoire passée, finie, du genre : récit de mon année de dépression. Non, Martine est pour ainsi dire en prise directe ; elle vit son « désordre mental » tout en nous le racontant en narratrice apte.

Réfugiée chez sa mère, allongée toute la sainte journée sur le lit de celle-ci – qui est ainsi obligée de passer ses nuits sur un Clic-Clac installé dans la cuisine – à regarder des séries à la télévision, Martine multiplie les tentatives de suicide, et se retrouve logiquement en hôpital psychiatrique. Après un certain temps – comme elle refuse obstinément de coopérer avec les personnes habilitées à comprendre son état –, elle est gentiment rendue à sa pauvre mère, accompagnée de ce qui est plus une vague hypothèse qu’un diagnostic. Il convient de laisser le lecteur découvrir avec un mélange d’amusement et de perplexité les mots et les expressions que l’on tente de mettre sur ce dont souffre Martine.

Les coqs cubains chantent à minuit, Tierno Monénembo

Ecrit par Theo Ananissoh , le Samedi, 14 Mars 2015. , dans La Une Livres, Afrique, Les Livres, Critiques, Roman, Seuil

Les coqs cubains chantent à minuit, janvier 2015, 188 pages, 17 € . Ecrivain(s): Tierno Monénembo Edition: Seuil

Comment dire cela d’une manière simple et claire ? Il y a comme une double nature à ce onzième roman de l’écrivain guinéen Tierno Monénembo. C’est une lettre – pas un roman sous la forme imitée d’une lettre, non, c’est un récit romanesque pour ainsi dire classique, une longue narration qu’un Cubain nommé Ignacio Rodríguez Aponte, paumé et enfermé dans son île, adresse à un « ami » guinéen installé à Paris, du nom de Tierno Alfredo Diallovogui. Le récit est donc à la deuxième personne du singulier.

« Dans quel état seras-tu quand tu auras fini de lire cette lettre ? Prostré, hébété, hystérique ? Non, non… Plutôt muet, plutôt absent, perdu dans des pensées profondes et graves ; hiératique, marmoréen (une vraie statue maya) alors qu’un feu intérieur et vorace te dévore, viscères et âme. Granit angoissé, va ! »

De bout en bout, nous entendons la voix d’Ignacio et le silence de Tierno, et imaginons celui-ci tête penchée sur ce qu’il lit. A coup sûr, une lecture attentive, prenante, pensive car c’est rien de moins que l’élucidation du mystère qui recouvre les toutes premières années (décisives, comme on sait)  de sa vie et du sort de sa mère évaporée alors qu’il n’avait que cinq ans qui lui est livrée dans ces près de deux cents pages.

Le ravissement des innocents, Taiye Selasi

Ecrit par Theo Ananissoh , le Jeudi, 13 Novembre 2014. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Iles britanniques, Roman, Gallimard

Le ravissement des innocents, traduction de l'anglais de Sylvie Schneider, septembre 2014, 366 pages, 21,90 € . Ecrivain(s): Taiye Selasi Edition: Gallimard

 

Ce roman est un avènement. Et il est simplement logique que cela soit produit par un anglophone – une (et jeune – 35 ans), en l’occurrence.

 

« Le mari de la sœur, dont le prénom échappe toujours à Olu (aussi banal que Brian ou Tim, un Californien, cheveux, teint et pantalon clairs), s’esclaffa et demanda : “De quelle origine ?

– L’Empire, répondit Folá, sans cesser de glousser. Le Britannique”.

Brian/Tim rit, Ling et Lee-Ann aussi. Le docteur Wei et Mme Wei se crispèrent, Olu aussi. Il scruta le ciel. Début juin. “Quelle chaleur !” ».

L’homme provisoire, Sebastian Barry

Ecrit par Theo Ananissoh , le Vendredi, 31 Octobre 2014. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Joelle Losfeld, Iles britanniques, Roman

L’homme provisoire, traduction de l’anglais (Irlande) par Florence Lévy-Paoloni, septembre 2014, 248 pages, 19,50 € . Ecrivain(s): Sebastian Barry Edition: Joelle Losfeld

 

 

Le volume moyen du livre trompe à première vue sur l’ambition, merveilleusement accomplie, de son auteur. L’homme provisoire de l’Irlandais Sebastian Barry, en réalité, est une somme ; un ouvrage complet. Jack McNulty, le narrateur, rencontre la belle Mai (Mary) en 1922 alors qu’ils sont tous deux à peine sortis de l’adolescence. Nous les verrons devenir parents, puis grands-parents. 1922, c’est l’année de la reconnaissance par le Royaume-Uni de l’Indépendance irlandaise proclamée par les nationalistes en 1916. Entre ces deux dates, une guerre sanglante pour se libérer d’une domination coloniale vieille de quelque sept cents ans ! Cela explique qu’elle est aussi une douloureuse guerre civile, présente jusqu’au sein des familles comme celle de McNulty dont un frère, engagé dans les rangs de la Police Royale Irlandaise (au service des Britanniques), doit fuir le pays indépendant, quittant ainsi à jamais une mère éplorée.

Chems Palace, Ali Bécheur

Ecrit par Theo Ananissoh , le Samedi, 13 Septembre 2014. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Maghreb, Roman, Elyzad

Chems Palace, avril 2014, 263 pages, 19,90 € . Ecrivain(s): Ali Bécheur Edition: Elyzad

 

Chems Palace tient à la fois du conte féerique, des rêveries d’un solitaire érudit et du récit allégorique. La féerie s’opère en plein Paris, transformant un va-nu-pieds de Djerba en un magnat de l’hôtellerie. Un roman dans le roman ; le tout raconté depuis une oasis, au Pays des Palmes ; et cette oasis, sans doute, n’est pas qu’une… oasis.

Le narrateur, c’est al-moâllem – l’instituteur. Il est à la retraite. C’est ici, dans cette oasis qu’il a débuté sa carrière. Puis il a été ballotté au gré des affectations, passant d’un village perdu à une banlieue grise de Tunis.

« L’heure de la retraite ayant, bon an mal an, sonné (…), recru de la fureur des villes, j’étais en quête d’un lieu où, sans hâte mais sans appréhension, attendre le générique de fin d’un film qui, somme toute, ne m’avait pas semblé palpitant ».

Où se poser enfin, lui qui est sans véritables attaches familiales ?