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Articles taggés avec: Wetzel Marc

Sinfonia, La délivrante, Jean-Pierre Otte (par Marc Wetzel)

Ecrit par Marc Wetzel , le Mardi, 13 Octobre 2026. , dans La Une CED, Les Chroniques, Cette semaine, Les Livres

Sinfonia, La délivrante, Jean-Pierre Otte - - Éditions Douro, 108 pages, octobre 2026, 15 €

 

Voilà que l'aube pâlissait sur la chair de la nuit et que la clarté en croissance montrait sans ombre

le tout gâché et le tout saccagé, le monde naguère magnifique,

rendu à l'effroyable et à l'infamie.

Le monde immonde ainsi qu'une grande déchetterie où tous étaient en attente d'être recyclés,

tous récupérés et chacun privé de soi-même, entraîné au milieu de foules aliénées et aliénantes,

de courants contaminés et contaminants, qui se poursuivaient et se poursuivraient

sans relâche ni répit tant que tous

ne seraient pas pareils aux autres, les autres pareils à eux-mêmes au point de se méprendre dans les miroirs,

perdus de vue et perdus de vie, toute distinction supprimée, dignité dissolue

Contempler, Nazim Siblot (par Marc Wetzel)

Ecrit par Marc Wetzel , le Lundi, 21 Septembre 2026. , dans La Une CED, Les Chroniques, Cette semaine, Les Livres

Contempler, Nazim Siblot (Invitation à l'expérience esthésique) - Illustrations de l'auteur, L'Harmattan, juillet 2026, 292 pages, 29€

 

Pour le dire d'une phrase, l'auteur joue la contemplation autodidacte, réaliste et autonome contre notre coûteuse (ruineuse, malgré sa "gratuité") et dirigée (soumise aux seuls besoins formés pour elle) hallucination idolo-numérique, dans et par laquelle, écrit Nazim Siblot :

"Infantilisés et prostrés, échine ployée, nous coupons avec le monde réel dans l'attente d'une excitation factice, toujours plus rapidement décevante, nous vouant à un renouvellement indéfini donc structurellement insatisfaisant, qui nous laisse à terme hébétés, dans un piteux mélange de désir non comblé et de saturation écœurée. (...) Appauvrissement nihiliste, obstinément poursuivi, signant l'exil volontaire de l'expérience directe au profit de la compagnie de spectres numériques" (p.274). Et contempler sera le suffisant remède : "Redresser la tête, libérés, afin, littéralement, de nous réincarner" (id.).

Bonne nuit, Chipie la galette, Jean Pierre Nedelec (par Marc Wetzel)

Ecrit par Marc Wetzel , le Jeudi, 03 Septembre 2026. , dans La Une CED, Les Chroniques, Cette semaine, Les Livres

Bonne nuit, Chipie la galette, Jean Pierre Nedelec - Editions La Part Commune, 74 pages, avril 2026, 12€


"Pourquoi voulez-vous que je deuille ? Je ne veux pas deuiller.

Pas d'œillet ! pas d'œillet ! juste couler dans un vase

bien profond des larmes sucrées-salées juste assez chaque jour

pour ces œillets de poète que tu m'offrais retour du marché

des Lices." (p.51)

"Bonne nuit, Chipie la Galette", titre inattendu pour un chant de disparition (de la bien-aimée) ! L'ode funèbre hilarante (même si elle est franche et particulièrement émue) n'est pas un genre couru (ni facile !) : Jean-Pierre Nédelec y salue sa compagne peintre Maryvonne d'un sobriquet qu'on devine ancien et affectueux : Chipie la galette, qui donne le ton de cet hommage si peu solennel, mais d'une étrangement familière gravité (des tags clownesques nous attendant dans une chambre mortuaire font baisser les yeux en nous taquinant le cœur).

Compagnie de l'animal poème, James Sacré (par Marc Wetzel)

Ecrit par Marc Wetzel , le Mercredi, 26 Août 2026. , dans La Une CED, Les Chroniques, Cette semaine, Les Livres

Compagnie de l'animal poème, James Sacré - avec un frontispice de Claude Viallat Editions fario - 156 pages, printemps 2026, 21€


Quand un poète se déshabille, on lui voit tout de suite l'âme. Et quand un athée farouche (parce qu'il a cru constater l'absence de tout Dieu sensé) montre son âme, il montre tout ce qu'il est, puisque son âme - se sentant sans Principe et sans Horizon - est condamnée à s'emporter avec elle dans le néant dont elle s'estime tirée. C'est elle qui est nue, et (avantage du poète) se sait simplement autre chose qu'un mot puisqu'elle les dit (ou les fait dire) tous.

Un poème est, comme tout discours, une "compagnie" de mots. Mais un poème a sa propre manière de présenter les mots les uns aux autres - manière neuve, inaccoutumée - pour faire sentir ce qu'ils auraient à se dire à propos du monde. Leur rapprochement, dans le pouvoir poétique, nous éveille à une présence, comme si des mots, en bonne compagnie les uns des autres, devenaient capables de mieux qu'eux, trouvant ensemble une force d'animer l'événement de leur expérience. Et cette force, dit le titre du livre, est franchement "animale" : la compagnie d'un végétal poème (!) ne serait ni stimulante ni crédible !

Embrasures, Michel Diaz (par Marc Wetzel)

Ecrit par Marc Wetzel , le Jeudi, 09 Juillet 2026. , dans La Une CED, Les Chroniques, Les Livres

Embrasures, Michel Diaz - postface de Michel Lamart, Le Taillis Pré, 96 pages, mai 2026, 17€

 

Le mot "embrasure" dérive, comme "embrasement", - mais lui, plus étrangement ! -  de "braise" : car voilà un terme de maçonnerie (militaire ou civile) étonnamment lié, constatent les lexicologues, à l'idée du charbon ardent, au scintillement d'un bois brûlé. L'ouverture pratiquée laisse passer la lumière et éclaire le passage (comme le percement d'une baie), mais la finalité agressive (en tout cas le passage en force) est présente : c'est d'abord ouvrir, dans l'ouvrage fortifié, une fenêtre de tir. On n'aménage pas pour rien une meurtrière - et, même si "embrasures" ici semblent plus sobrement signifier trouées éclairantes ou percées décisives (il s'agit d'attiser le regard et d'enflammer plutôt l'âme), il y a en toute embrasure l'idée d'un geste défensif, d'un élargissement tactique du visible, d'une "ouverture" salvatrice mais risquée, pénible. Le feu d'une révélation (en tout cas son espérance) n'est jamais neutre, et le pluriel indéfini du titre ("Embrasures")  dit quelque chose à la fois de la nécessaire vaillance et de la possible vanité des efforts de s'ouvrir à la réalité du monde ! L'auteur, esprit grave et noble, l'exprime lyriquement, quand il se présente "travaillant à s'ouvrir une voie vers un jour nouveau qui se lèverait au feu de sa rosée" (p.32), mais le découragement n'est jamais loin : le prix à payer pour savoir "passer dans le réel du monde" (p.12) n'est ni anodin ni assuré.