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Poétiques révolutionnaires et poésie, Jacques Guigou (par Marc Wetzel)

Ecrit par Marc Wetzel , le Mardi, 21 Mai 2019. , dans La Une CED, Les Chroniques, Les Livres

Poétiques révolutionnaires et poésie, Jacques Guigou, L’Harmattan, mars 2019, 94 pages, 12 €

L’objet et l’objectif de cette brève étude sont ensemble bien indiqués dans les dernières lignes de sa présentation : « Ce livre n’est pas une critique littéraire. Il propose une critique politique des divers avatars contemporains des poétiques révolutionnaires au regard d’une vision non sotériologique de la pensée ». Voyons comment.

La thèse essentielle de Jacques Guigou est ici que la poésie n’est pas un art du langage (ce « présupposé langagiste, dit-il, essentialise la poésie, la rabat sur la discursivité et la normativité »), mais, au contraire, « parole vive, événement imprévu, existence et instant ; ceci depuis son surgissement dans l’espèce humaine » (p.42).

L’homme, on le sait, est un animal redressé (il porte son chapiteau pensant en colonne bipède), marathonien (il sait épuiser toutes les proies qu’il poursuit) et collectif (il explore l’inconnu en équipe, et ne peut réussir que solidairement son exode indéfini vers les nouvelles ressources). L’idée de l’auteur, qui éclaire de l’intérieur sa propre pratique poétique, est que la poésie est née comme armature vocale de migrateurs debout, sangle articulatoire partagée, ou chant d’une colonne (au sens militaire) de colonnes (au sens architectural) mobiles, cimenté par lui. Une citation exhaustive le dit joliment :

L’Océan est avare, Juan Arabia (par Marc Wetzel)

Ecrit par Marc Wetzel , le Mercredi, 27 Mars 2019. , dans La Une CED, Les Chroniques, Les Livres

L’Océan est avare, Juan Arabia, éditions Al Manar, coll. Voix Vives, juillet 2018, trad. espagnol (Argentine) Jean Portante, Edition bilingue, 64 pages, 12 €

Une question (à la fois très concrète et très spéculative) parcourt ce recueil : sous la surveillance réglementaire de la raison, comment accueillir notre propre « délogement » (constant, et exporté jusqu’au-delà du système solaire) socio-industriel de la nature ? Que peut une parole restée humaine sous « les toits du monde » global ? Doit-elle hurler par oui ou par non ? Et la réponse précise est, semble-t-il, page 53 :

« Ah non ! On nous urine dessus et compte nos pas.

Nous qui sommes nés avec le soleil,

et lançons le croassement sauvage

sur les toits du monde.

Agenouillés, dans une flaque noire et froide,

ancrant notre destin,

ancrant nos bouteilles.

Les mots de tout au fond, Anouk Dunant Gonzenbach (par Marc Wetzel)

Ecrit par Marc Wetzel , le Jeudi, 13 Décembre 2018. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Poésie

Les mots de tout au fond, Éditions des Sables, septembre 2018, 110 pages . Ecrivain(s): Anouk Dunant Gonzenbach

 

« Ce vide à l’intérieur de moi

Il ne prend pas de la place à la place de, non,

Il est en plus, c’est nouveau

C’est en plus

Les lettres Absolu restent cassées, par terre

Elles ne sont pas la réponse

Enfin, je ne crois pas.

Ce vide,

Celui qui te dit qu’il y a autre chose » (p.42)

Poèmes des jours terribles et des jours suivants, Eliaz Cohen (par Marc Wetzel)

Ecrit par Marc Wetzel , le Vendredi, 30 Novembre 2018. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Israël, Poésie

Poèmes des jours terribles et des jours suivants, Éditions du Levant, 4è trimestre 2018, trad. hébreu Michel Eckhard Elial, Peintures à l’huile Denis Zimmerman, 62 pages . Ecrivain(s): Eliaz Cohen

 

A la poésie, rien d’impossible, puisqu’aux problèmes insolubles, les poètes offrent des réponses insaisissables. Par exemple, comment survivre à la fin du monde ? Un vertige plus puissant que l’Apocalypse suffit !

 

« Flotter au-dessus du tourbillon

je sais

qu’après l’extinction du soleil

et la dernière étoile

je serai à nouveau emporté vers lui » (p.32)

Ainsi parlait (Also sprach) Rainer Maria Rilke

Ecrit par Marc Wetzel , le Vendredi, 16 Novembre 2018. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Livres décortiqués, Arfuyen, Poésie

Ainsi parlait (Also sprach) Rainer Maria Rilke, Dits et maximes de vie choisis et traduits de l’allemand par Gérard Pfister, édition bilingue, mars 2018, 174 pages, 14 € . Ecrivain(s): Rainer Maria Rilke Edition: Arfuyen

Honneur de la Cause Littéraire 2018

Derrière le dandy courtois, l’élégant, distant et tolérant névrosé qui pond de virtuoses lettres de condoléances (que la mort rêverait d’apprendre à lire), on devine chez Rilke, disait Jaccottet, « une nécessité aussi dure que celle qui fait errer une bête près de mettre bas en quête d’un gîte propice »(comme l’avoue Rilke au fragment 43).

Ce petit livre de très brefs morceaux (chronologiquement) choisis et traduits par G. Pfister l’illustre remarquablement : la précise et périlleuse mission de l’homme est, pour Rilke, d’élargir l’Invisible ici-bas.

Élargir le visible, la technique et le jeu le font déjà, sans profit essentiel. Mais l’invisible (dont la pensée humaine n’est qu’un élément, un départ local) est bien à déployer et élargir, estime Rilke, ici-bas : transférer l’invisible dans un au-delà, par principe plus invisible que nous, qui n’en aurait cure, est vain. Trois passages ici le disent :