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Ecrire, c’est tuant !

Ecrit par Marc Ossorguine , le Jeudi, 05 Juin 2014. , dans Nouvelles, La Une CED, Ecriture

 

Ecrire. Comme des milliers d’autres, ils en rêvent. Ecrire et pouvoir ne faire que ça. Pouvoir répondre à la question du pourquoi on écrit par cette réponse lapidaire de Beckett, « bon qu’à ça ». Ecrire. Oui mais quoi ? Et à quoi bon ? Des milliers de livres publiés chaque année. Et pour un publié, combien de recalés, de refusés… Et dans ceux qui arrivent dans les librairies, combien oubliés, inaperçus qui partent au pilon avant peu ?

Certains tentent aujourd’hui leur chance sur internet. Leur chance ! Pour mettre leurs phrases et leurs lignes en ligne, c’est d’une facilité ! Et puis… Et puis rien.

Rien parce qu’au delà de la pulsion il y a la chute. Parce qu’au delà du mirage il y a le sable, jusqu’au bout des horizons les plus improbables.

Et maintenant il ne faut plus pleurer, Linn Ullmann

Ecrit par Marc Ossorguine , le Mardi, 27 Mai 2014. , dans La Une Livres, Actes Sud, Les Livres, Critiques, Pays nordiques, Roman

Et maintenant il ne faut plus pleurer, traduit du norvégien par Céline Romand-Monnier, mai 2014, 416 pages, 23,00 € . Ecrivain(s): Linn Ullmann Edition: Actes Sud

 

Cela s’ouvre avec un titre qui semble annoncer une certaine légèreté, sauf que c’est la traduction française qui induit cela. Il semblerait en effet que « la précieuse » ou « le trésor » serait une traduction plus fidèle au titre original. La traduction américaine, The Cold Song, n’est pas plus fidèle mais cela n’a apparemment pas empêché le titre de compter parmi les best-sellers outre-atlantique.

Au départ cela ressemble à une dramatique ou à une grande série télé pour l’été, avec une famille plutôt aisée qui se retrouve dans la maison de campagne familiale où vit Jenny, la grand-mère au caractère bien trempé, comme l’on dit. Complétons le tableau avec Siri, la fille unique qui a réussi (elle possède deux restaurants) mais qui entretient des relations plutôt tendues avec sa mère. Il y a bien sûr aussi son mari, Jon, écrivain en panne sur le troisième tome de sa trilogie depuis des mois. Ils ont aussi deux filles, dont l’aînée, Alma, commence à poser quelques problèmes somme toute relativement « normaux » pour ses 12 ou 13 ans, seuil de l’adolescence.

La Barque le soir, Tarjei Vesaas

Ecrit par Marc Ossorguine , le Mercredi, 21 Mai 2014. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Récits, Pays nordiques, Editions José Corti

La Barque le soir (Båten om kvelden, 1968), traduit du néo-norvégien par Régis Boyer . Ecrivain(s): Tarjei Vesaas Edition: Editions José Corti

 

La lecture d’un livre de Vesaas est une expérience qui sort un peu de l’ordinaire. On y est en effet embarqué dans un monde où le rêve, qui peut aussi être cauchemar, est à tout moment présent. Un rêve qui peut avoir la présence d’un réel plus réel que le réel. Ou plutôt, plus réelle que la réalité, celle dans laquelle nous vivons. Il y a là quelque chose qui ressemble fort à ce que le psychanalyste anglais D.W. Winnicott appelait fantasying, cette rêverie ou ce fantasme qui nous prend entre veille et sommeil, qui oscille entre ce que le monde nous donne à voir et ce que notre imaginaire va chercher on ne sait où. Des images et des impressions qui s’ancrent au plus profond de nous et qui sont comme un rêve étrange et pénétrant, à la fois insolite et pourtant vaguement familier. Des images qui viennent habiter en nous comme si elles y avaient toujours été attendues, même si on ne les comprend pas toujours. Même si souvent on ne les comprend pas.

Une voix, une barque et un fleuve. Le mouvement du courant entre les rives. Voilà ouvertes les écluses de la parole.

La Maison des chagrins, Victor del Árbol

Ecrit par Marc Ossorguine , le Mardi, 13 Mai 2014. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Actes Noirs (Actes Sud), Espagne, Polars, Roman

La Maison des chagrins (Respirar por la herida) traduit de l’espagnol par Claude Bleton, septembre 2013, 480 pages, 23,50 € . Ecrivain(s): Victor del Arbol Edition: Actes Noirs (Actes Sud)

 

« Evoquer le passé et le rattacher au présent pouvait être aussi épuisant qu’explorer un labyrinthe dont on ne connaîtrait qu’une partie ».

Pour parler de la Maison des chagrins, c’est d’abord un propos de Goethe qui nous revient. Un propos où il s’étonne et se félicite – à propos de Jacques le fataliste de Diderot – d’être capable d’engloutir une telle portion d’un seul coup. C’est bien ce que l’on peut ressentir après avoir dévoré ces presque 500 pages en quelques heures. C’est qu’il ne sont pas si fréquents les récits et les livres qui vous attrapent et ne vous laissent plus de répit avant la dernière page, voire au-delà. Ce fut le cas pour nous avec La tristesse du Samouraï, cela a de nouveau été le cas avec cette Maison des chagrins.

Il y a quelque chose de désespérant et de vertigineux dans les récits multiples qui se croisent et se lient inextricablement au fil des chapitres. Le titre original insiste sur la blessure que chacun porte et avec laquelle il vit. Blessure par laquelle chacun vit, continue de vivre ou de survivre. Des blessures morales qui sont aussi des blessures physiques qui ont marqué profondément les corps : genou et main mutilés, visage défiguré par une cicatrice, stérilité...

La Couleur du crépuscule, Ces vies-là, Alfons Cervera

Ecrit par Marc Ossorguine , le Vendredi, 02 Mai 2014. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Espagne, Récits, Roman

La Couleur du crépuscule (El color del crepúsculo, 1995), traduit de l’espagnol par George Tyras, Editions La Fosse aux Ours ; Ces vies-là (Esas vidas), traduit de l’espagnol par George Tyras, Editions La Contre Allée . Ecrivain(s): Alfons Cervera

La Couleur du crépuscule


« Des pages qui renferment, parmi toutes les complexités du monde, une seule certitude : il y a un langage pour raconter les histoires et un autre pour le silence ».

Sunta a toujours vécu à Los Yesares, village perdu où, disait le clown Willy qui y a vécu quelques années, ne vivent que les souvenirs, l’ennui et les fantômes des morts. Mais Sunta a gardé en elle les paroles du grand-père qui considérait que l’on devait vivre et mourir au plus près du lieu de sa naissance. Si les autres partent, elle, elle a choisi de rester. A la veille d’un mariage tardif et hésitant, elle a senti la nécessité de ne pas laisser filer la mémoire de toute ces années, de tous ces récits, des personnages et des images qui l’habitent. L’ombre du caudillo et de serviteurs zélés, parfois grotesques et dérisoires, parfois inquiétants, habite aussi ce pays que le temps et l’histoire semblent avoir oublié. La mort de Franco, à Los Yesares, c’est surtout un portrait décroché.