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Articles taggés avec: Mona

Il fait chaud à Tanger au printemps, Françoise Cohen (par Mona)

Ecrit par Mona , le Mardi, 15 Septembre 2026. , dans La Une Livres, Cette semaine, Les Livres, Recensions, Roman, L'Harmattan

Il fait chaud à Tanger au printemps, Françoise Cohen, Editions L’Harmattan, avril 2026, 96 pages, 13 € Edition: L'Harmattan

 

Françoise Cohen écrit des histoires d’ombres et d’âmes tourmentées et son dernier petit recueil de nouvelles possède une veine intimiste à caractère autobiographique. Le titre, Il fait chaud à Tanger au printemps, vient d’une phrase anodine prononcée par sa défunte mère. La narratrice, Francesca, porte le deuil d’une mère « passeuse d’histoires ». Hantée par une mystérieuse photo de sa famille maternelle prise à Tanger dans les années 40, elle décide de se faire conteuse à son tour. La transmission apparaît l’enjeu majeur du récit : s’inscrire dans la filiation « d’une famille de mémorialistes ou chroniqueurs de vie intime » et « offrir sa traversée du temps à ses descendants ».

Le « voile de tristesse » qui recouvre les cinq personnages présents sur le cliché sert d’élément déclencheur au récit. Cette « mélancolie couleur sépia » infuse délicatement tout le recueil rythmé par le leitmotiv de la perte. Le livre s’ouvre sous le signe de l’absence : « elle n’est plus ». Il manque la mère et, sur la photo, il manque aussi sa petite sœur morte en bas âge. L’expérience, à la fois familière et étrange, du deuil maternel renvoie à d’autres deuils jamais accomplis. Une faille mélancolique lézarde le bel édifice familial et la narratrice raconte ses tentatives pour retrouver les pièces manquantes du puzzle familial non sans un léger suspense (« un drame à venir et un drame passé sont ici en jeu. Le drame à venir, il n’est pas encore temps de le révéler »).

Murmuration, Sylvie Germain (par Mona)

Ecrit par Mona , le Mercredi, 27 Mai 2026. , dans La Une CED, Les Chroniques, Les Livres

Murmuration, Sylvie Germain, éditions Albin Michel, janvier 2026, 208 pages, 19,90€

 

Une parabole sur l’écriture

Sylvie Germain a le regard tourné vers le Ciel. Le titre insolite de son dernier roman, Murmuration, désigne le spectacle étonnant et splendide des nuées d’étourneaux esquissant en vol un ballet aérien merveilleusement synchronisé. A l’instar de ce gracieux spectacle, l’écrivaine déploie une écriture toute en finesse, à la fois visuelle et sensorielle sous le signe du mystère et de la rêverie. En exergue aux trois parties, la poésie instinctive et mystique d’Emily Dickinson donne un élan métaphysique au roman.

La métaphore de la murmuration infuse tout le récit : constante reconfiguration des formes, la murmuration est à l’image de nos vies erratiques qui se font et se défont, instables et précaires comme toute entreprise humaine. La murmuration, c’est aussi ce grand rassemblement d’oiseaux, une défense collective contre les prédateurs qui nous rappelle la présence du mal auquel l’homme doit résister, thème cher à l’auteure. Figure à la forme parfaite, la murmuration fait écho à la quête de l’artiste qui doit ordonner tout un flux de sons, de voix, d’éclats de sensations, de jeux d’échos, d’images, d’idées, de symboles. Sylvie Germain structure son roman d’une profonde unité poétique, symbolique et thématique.

La Mélancolie de la résistance, László Krasznahorkai (par Mona)

Ecrit par Mona , le Mardi, 27 Janvier 2026. , dans La Une CED, Les Chroniques, Les Livres, Pays de l'Est, Roman

La Mélancolie de la résistance, László Krasznahorkai, Traduction Joelle Dufeuilly, Editions Gallimard, 2023, 443 pages, Folio poche, 9,50 €


Grand maître de la littérature hongroise et récent Prix Nobel, créateur d’une littérature exigeante, László Krasznahorkai écrit une puissante œuvre musicale et labyrinthique qui mêle une inquiétante étrangeté kafkaïenne, un grotesque grand guignol digne de Fellini et une mélancolie teintée de sarcasme à la Cioran (« celui qui croit que le monde est bon ou soutenu par la grâce de la beauté sombrera très vite dans les ténèbres »). Ce somptueux roman baroque adapté au cinéma par le réalisateur hongrois Béla Tarr, résiste à l’interprétation : à la fois opéra tragique, « mélodrame si brutalement instructif », allégorie politique et parabole métaphysique où forces de chaos et forces de l’harmonie se livrent « un combat d'une nature obscure commencé depuis longtemps et dont l'issue était déjà jouée ». « Maître de l’apocalypse », selon Susan Sontag, l’écrivain brouille les pistes : son roman offre aussi bien « le spectacle d'une ville avant l'apocalypse que d'une ville après l'apocalypse ».

Crime et Châtiment, Fiodor Dostoïevski (par Mona)

Ecrit par Mona , le Vendredi, 03 Octobre 2025. , dans La Une Livres, Actes Sud, En Vitrine, Les Livres, Critiques, Roman, Russie

Crime et Châtiment, Fiodor Dostoïevski, traduit par André Markowicz, Editions Actes Sud . Ecrivain(s): Fédor Dostoïevski Edition: Actes Sud

 

Lire Crime et Châtiment aujourd’hui

 

Le sang qui coule de la hache de Raskolnikov préfigure « la mort de l’homme » et Dostoïevski apparaît prophète des totalitarismes à venir. Le héros (ou antihéros) de Crime et Châtiment, étudiant misanthrope aux « idées mal digérées », icône de la radicalité, offre une cruelle résonnance à notre époque qui voit l’essor des partis extrémistes, la remontée des intégrismes et la remise en cause de l’universalisme des Lumières. A rebours des utopies prométhéennes qui sonnent le glas de l’humanisme, ce grand roman exalte l’homme.

L’écrivain conte « une affaire fantastique, sombre, une affaire contemporaine, un cas de notre temps à nous, quand le cœur de l'homme s’est perdu dans le brouillard ».

La Conversation de Bolzano, Sándor Márai (par Mona)

Ecrit par Mona , le Mardi, 13 Mai 2025. , dans La Une CED, Les Chroniques, Les Livres, Pays de l'Est

La Conversation de Bolzano, Sándor Márai, Editions Le Livre de Poche, 2002, trad. hongrois, Charles Zaremba, 284 pages

Sándor Márai, l’un des plus grands auteurs hongrois de la Mitteleuropa longtemps méconnu en France, victime tour à tour du nazisme et du communisme, fait un pied de nez aux tyrans avec La Conversation de Bolzano. Son roman s’inspire d’un épisode des mémoires du grand séducteur libertin du 18ème siècle, Giacomo Casanova, évadé de la prison des Plombs à Venise en compagnie d’un moine défroqué. De retour à Bolzano, le fugitif sème la zizanie dans la petite ville où il s’était battu en duel avec le comte de Parme pour l’amour de la jeune Francesca. Le roman oscille entre bouffonnerie et drame : Giacomo, qui ambitionne de devenir écrivain, se proclame « rebouteux de l’amour » et prodigue ses conseils loufoques aux bons bourgeois tandis que le comte tente de libérer sa bien-aimée de « l’envoûtement de l’amour ». La Conversation de Bolzano condense deux joutes verbales en une nuit inoubliable : le face à face de Giacomo et du comte, puis celui de Francesca face à Giacomo, remarquablement mis en scène par Jean-Louis Thamin au théâtre de l’Atalante à Paris en 2012. Dans une première tirade pleine de verve, le comte disserte sur le bref courrier d’amour destiné à sa femme qu’il a intercepté et propose à Giacomo un contrat surprenant : argent et protection en échange d’une nuit avec elle à condition de disparaître à jamais.