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Articles taggés avec: Donikian Guy

Le Bruit des choses, Philippe Barrot (par Guy Donikian)

Ecrit par Guy Donikian , le Mardi, 21 Janvier 2025. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Poésie

Le Bruit des choses, Philippe Barrot, PhB éditions, octobre 2024, 48 pages, 10 €

 

Ce texte court, poétique, n’est pas, a priori, ce que laisse supposer son titre, « le bruit des choses » ; il s’agit plutôt d’un futur antérieur, sans doute inspiré des effets du bouleversement climatique, dont les conséquences sont déjà présentes, comme en Espagne récemment… Ici l’eau est omniprésente, qui recouvre tout un environnement auparavant bruyant de vie, et un presque silence s’instaure où la vie prend des formes autres et cependant contingentes. Il y a alors des vies plus sourdes qui naissent de la submersion, des vies qui s’insinuent et s’instaurent en rappelant à l’évidence ce qui fut et ce qui ne sera plus.

Et dans ces eaux, qui désormais recouvrent tout, l’éponge prend vie et place, et « révèle l’antérieur silencieux des eaux salées, lieu de vie par excellence, où se trament les divisions cellulaires d’un devenir dont on ne sait rien ». L’éponge, en raison de ses appétits, a amassé des matériaux divers qui ont permis la complexité de sa morphologie en dédale. Mais si l’eau est son milieu de prédilection, « L’éponge vit une autre vie sans eau.

Les Sacrifiés, Au cœur de la tragédie arménienne, Élise Boghossian (par Guy Donikian)

Ecrit par Guy Donikian , le Mardi, 14 Janvier 2025. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Histoire, Plon

Les Sacrifiés, Au cœur de la tragédie arménienne, Élise Boghossian, éditions Plon, octobre 2024, 202 pages, 21 € Edition: Plon

Élise Boghossian est la petite-fille d’un immigré arménien, Zadig, victime du génocide de 1915. Mais l’auteure est également à la tête d’une ONG, EliseCare, qui vient en aide aux victimes de guerres. Les attaques turco-azéries de 2020 dans le Haut-Karabagh l’ont bouleversée, et les questions sur le devenir de son pays d’origine l’ont immanquablement conduite à reprendre le fil de son histoire, de celle de son père et de son grand-père. Ce sont là les deux axes, les deux entrées de son texte : la guerre en Artsakh (Haut Karabagh) menée par l’Azerbaïdjan que la Turquie seconde, et la cristallisation de sa mémoire par l’écriture pour honorer la vie de ses ascendants.

Élise Boghossian a bien évidemment été alertée par les attaques menées sur le Haut-Karabagh par l’Azerbaïdjan, d’autant plus que « l’adversaire recrute à tour de bras des mercenaires en Libye, en Syrie, au Pakistan ou en Afghanistan. Et la Turquie s’affiche fièrement aux commandes de ce carnage ». Ne clame-t-on pas d’ailleurs, au plus haut niveau de l’État turc, qu’il faut achever « les restes de l’épée », expression privilégiée pour désigner aujourd’hui encore les rescapés du génocide et leurs descendants.

Jeff Beck, Jean-Sylvain Cabot (par Guy Donikian)

Ecrit par Guy Donikian , le Mardi, 07 Janvier 2025. , dans La Une Livres, Les Livres, Arts, Recensions, Le Mot et le Reste

Jeff Beck, Jean-Sylvain Cabot, éditions Le Mot Et Le Reste, octobre 2024, 285 pages, 23 € Edition: Le Mot et le Reste

Une fois n’est pas coutume, commençons par la fin, ici, celle du guitariste Jeff Beck qui nous aura enthousiasmés tout au long de sa carrière, qui se termine le 10 janvier 2023, après avoir contracté une méningite bactérienne, son décès surprend tout le monde.

Jean-Sylvain Cabot a consacré un ouvrage à ce fameux guitariste que fut Jeff Beck. Un immense talent, « une personnalité fantasque, au caractère imprévisible, et on obtient le portrait d’un personnage inclassable, un caméléon impossible à ranger dans une case. D’où sa réputation chez les techniciens de guitariste pour guitaristes, réservé aux connaisseurs, aux initiés ».

Jeff Beck fut en effet ce guitariste touche à tout, « sa discographie mélange les genres passant du blues au rockabilly, du jazz-rock à l’électro. Et s’il n’a pas laissé de tube immédiatement identifiable, son jeu reste indéniablement inventif. Il n’est pour s’en convaincre qu’à (ré)écouter les Yardbirds, ou des albums comme Truth et Beck-Ola, tout comme Blow by Blow et Wired qui sont des classiques.

Le son de la révolte, Une histoire politique de la musique noire américaine, Christophe Ylla-Somers (par Guy Donikian)

Ecrit par Guy Donikian , le Lundi, 09 Décembre 2024. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Essais, Histoire, Le Mot et le Reste

Le son de la révolte, Une histoire politique de la musique noire américaine, Christophe Ylla-Somers, Le Mot Et Le Reste, octobre 2024, 457 pages, 30 € Edition: Le Mot et le Reste

Nous avons là un ouvrage d’importance dont le but est d’expliciter le lien entre l’histoire de la musique noire américaine et la politique. Important parce que l’auteur a fait un vrai travail d’historien, n’avançant ses arguments que lorsqu’ils sont étayés, ne décrivant les faits que lorsqu’ils sont vérifiés, le tout abondamment illustré de citations dont on ne se lasse pas.

Et puisqu’il faut commencer par le début, on remonte à la période de l’esclavage, au 17ème siècle, quand les premiers esclaves noirs arrivent en Amérique. Ils sont déshumanisés, humiliés, travaillant jusqu’à l’épuisement et la mort, les familles sont séparées, les femmes très souvent abusées, n’ayant aucun recours pour rendre leur vie acceptable. Ces conditions d’exploitation inhumaines ont permis à l’économie américaine de prospérer, et la Révolution américaine ne changea rien : « En définissant les principes de la démocratie, on ne s’était pas contenté d’ignorer le problème de l’esclavage : on admettait qu’il fallait le développer pour renforcer les intérêts de la nation », condamnait Martin Luther King. L’expansion de la culture du coton au 19ème siècle n’aura fait que renforcer les conditions inhumaines de l’esclavage, surtout dans le sud.

Les Ephémères (Mayflies), Andrew O’Hagan (par Guy Donikian)

Ecrit par Guy Donikian , le Mardi, 19 Novembre 2024. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Roman, Métailié

Les Ephémères (Mayflies), Andrew O’Hagan, Métailié, août 2024, trad. anglais (Ecosse), Céline Schawller, 288 pages, 21,50 € Edition: Métailié

 

Ce sont les années Thatcher qui constituent la toile de fond de ce roman. Andrew O’Hagan dépeint ces moments particulièrement durs pour la classe ouvrière qui, de grèves en difficultés pécuniaires, a connu des soumissions à l’ordre financier comme jamais. Le monde que l’auteur met en scène est celui des jeunes qui vivent un moment ingrat dont les perspectives relèvent du « no futur » que les punks éructèrent quelques années auparavant. C’est dire aussi que la musique est omniprésente, celle populaire, mais ô combien idoine pour cette époque.

C’est dans ce contexte des années 80 que l’auteur va faire naître et durer une amitié entre Tully Dawson et le narrateur. Tully Dawson est ce garçon fantasque d’une vingtaine d’années qui, en mal de repères familiaux, se tourne vers le cinéma, la musique, et le foot. Nous sommes en Écosse et la jeunesse se morfond dans le chômage et les difficultés qui vont avec, le fric, l’ennui au quotidien, l’alcool, la drogue, ce qui résonne comme une évidence mais ce qui, ici, est le socle d’une amitié qui va se sceller lors d’une virée à Manchester.