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Articles taggés avec: Wetzel Marc

Bonne nuit, Chipie la galette, Jean Pierre Nedelec (par Marc Wetzel)

Ecrit par Marc Wetzel , le Jeudi, 03 Septembre 2026. , dans La Une CED, Les Chroniques, Cette semaine, Les Livres

Bonne nuit, Chipie la galette, Jean Pierre Nedelec - Editions La Part Commune, 74 pages, avril 2026, 12€


"Pourquoi voulez-vous que je deuille ? Je ne veux pas deuiller.

Pas d'œillet ! pas d'œillet ! juste couler dans un vase

bien profond des larmes sucrées-salées juste assez chaque jour

pour ces œillets de poète que tu m'offrais retour du marché

des Lices." (p.51)

"Bonne nuit, Chipie la Galette", titre inattendu pour un chant de disparition (de la bien-aimée) ! L'ode funèbre hilarante (même si elle est franche et particulièrement émue) n'est pas un genre couru (ni facile !) : Jean-Pierre Nédelec y salue sa compagne peintre Maryvonne d'un sobriquet qu'on devine ancien et affectueux : Chipie la galette, qui donne le ton de cet hommage si peu solennel, mais d'une étrangement familière gravité (des tags clownesques nous attendant dans une chambre mortuaire font baisser les yeux en nous taquinant le cœur).

Compagnie de l'animal poème, James Sacré (par Marc Wetzel)

Ecrit par Marc Wetzel , le Mercredi, 26 Août 2026. , dans La Une CED, Les Chroniques, Cette semaine, Les Livres

Compagnie de l'animal poème, James Sacré - avec un frontispice de Claude Viallat Editions fario - 156 pages, printemps 2026, 21€


Quand un poète se déshabille, on lui voit tout de suite l'âme. Et quand un athée farouche (parce qu'il a cru constater l'absence de tout Dieu sensé) montre son âme, il montre tout ce qu'il est, puisque son âme - se sentant sans Principe et sans Horizon - est condamnée à s'emporter avec elle dans le néant dont elle s'estime tirée. C'est elle qui est nue, et (avantage du poète) se sait simplement autre chose qu'un mot puisqu'elle les dit (ou les fait dire) tous.

Un poème est, comme tout discours, une "compagnie" de mots. Mais un poème a sa propre manière de présenter les mots les uns aux autres - manière neuve, inaccoutumée - pour faire sentir ce qu'ils auraient à se dire à propos du monde. Leur rapprochement, dans le pouvoir poétique, nous éveille à une présence, comme si des mots, en bonne compagnie les uns des autres, devenaient capables de mieux qu'eux, trouvant ensemble une force d'animer l'événement de leur expérience. Et cette force, dit le titre du livre, est franchement "animale" : la compagnie d'un végétal poème (!) ne serait ni stimulante ni crédible !

Embrasures, Michel Diaz (par Marc Wetzel)

Ecrit par Marc Wetzel , le Jeudi, 09 Juillet 2026. , dans La Une CED, Les Chroniques, Les Livres

Embrasures, Michel Diaz - postface de Michel Lamart, Le Taillis Pré, 96 pages, mai 2026, 17€

 

Le mot "embrasure" dérive, comme "embrasement", - mais lui, plus étrangement ! -  de "braise" : car voilà un terme de maçonnerie (militaire ou civile) étonnamment lié, constatent les lexicologues, à l'idée du charbon ardent, au scintillement d'un bois brûlé. L'ouverture pratiquée laisse passer la lumière et éclaire le passage (comme le percement d'une baie), mais la finalité agressive (en tout cas le passage en force) est présente : c'est d'abord ouvrir, dans l'ouvrage fortifié, une fenêtre de tir. On n'aménage pas pour rien une meurtrière - et, même si "embrasures" ici semblent plus sobrement signifier trouées éclairantes ou percées décisives (il s'agit d'attiser le regard et d'enflammer plutôt l'âme), il y a en toute embrasure l'idée d'un geste défensif, d'un élargissement tactique du visible, d'une "ouverture" salvatrice mais risquée, pénible. Le feu d'une révélation (en tout cas son espérance) n'est jamais neutre, et le pluriel indéfini du titre ("Embrasures")  dit quelque chose à la fois de la nécessaire vaillance et de la possible vanité des efforts de s'ouvrir à la réalité du monde ! L'auteur, esprit grave et noble, l'exprime lyriquement, quand il se présente "travaillant à s'ouvrir une voie vers un jour nouveau qui se lèverait au feu de sa rosée" (p.32), mais le découragement n'est jamais loin : le prix à payer pour savoir "passer dans le réel du monde" (p.12) n'est ni anodin ni assuré.

Ainsi parlait George Sand (par Marc Wetzel)

Ecrit par Marc Wetzel , le Jeudi, 02 Juillet 2026. , dans La Une CED, Les Chroniques, Anthologie, Les Livres

Ainsi parlait George Sand - Dits et maximes de vie choisis et présentés par Pascale Auraix-Jonchière - Arfuyen, 192 pages, avril 2026, 14€

 

"Tout le monde a droit à la beauté et à la poésie de nos forêts, de celle-là particulièrement (la forêt de Fontainebleau), qui est une des plus belles choses du monde, et la détruire serait dans l'ordre moral une spoliation, un attentat vraiment sauvage à ce droit de propriété intellectuelle qui fait de celui qui n'a rien que la vue des belles choses, l'égal, quelquefois le supérieur de celui qui les possède" (fragment 395)

Quand elle évoque l'écrivain qu'elle est, George Sand place son talent et son style loin derrière son coeur et sa raison : "Le luxe des mots ne me touche pas comme la vérité des sentiments et la netteté des idées" (fr.217). Bref : elle n'écrit pas pour écrire. Alors pour quoi ? Sa réponse est si simple et forte qu'elle s'étonne de la question, et dit : pour rendre compte de la vie naturelle, et en instruire directement et incessamment notre liberté d'esprit, car :

"Toutes les fois qu'un cerveau humain sera le miroir de la nature, il n'y a pas de danger qu'il s'en acquitte comme une machine" (fr.223).

Les pas lents du poème, Ida Jaroschek (Par Marc Wetzel)

Ecrit par Marc Wetzel , le Jeudi, 21 Mai 2026. , dans La Une CED, Les Chroniques, Les Livres

Les pas lents du poème, Ida Jaroschek - Rafael de Surtis, 162 pages, 1er trimestre 2026, 19€

"J'attends

les pas lents du poème

les pas de qui arrive après la neige

Tant de larmes dans les herbes longues

couchées jaunes

Si je m'arrête sur le chemin des biches,

leur passage par grand froid rapproché des maisons

C'est que je connais ton secret

et que je dois te dire

l'eau, ses ruissellements

comme seule rumeur de forêt

survivance de la neige