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Articles taggés avec: Cervera Gilles

L’empereur de la joie, Ocean Vuong (par Gilles Cervera)

Ecrit par Gilles Cervera , le Mercredi, 02 Septembre 2026. , dans La Une CED, Les Chroniques, Cette semaine, Les Livres

L’empereur de la joie, Ocean Vuong, éd Gallimard coll Du monde entier, 499pp, 25€

 

Joie du roman

La joie est ou n’est pas.

Ocean Vuong nous enfonce bas dans la joie dostoïevskienne, dans les bas-fonds de Gogol, sous terre où rampent à fond sur leurs vélos à grosse roue les livreurs de pizza, les découpeurs de poulets, les rôtisseurs et les hambourgeuteurs, ce grouillement d’humains tout en bas du bas. Ici, dans une ville pourrave donc joyeuse de Nouvelle-Angleterre. Plutôt en haut sur la carte, on peut même dans une virée de van visant à chercher des stocks d’épinards toucher au Vermont, ça dit peu à peu, sans doute, sauf aux américanophiles qui restent ou aux phobes de plus en plus nombreux.

Un remède pour les deux : lire Ocean Vuong !

La Pianiste, Isabelle Amonou (par Gilles Cervera)

Ecrit par Gilles Cervera , le Lundi, 24 Août 2026. , dans La Une CED, Les Chroniques, Cette semaine, Les Livres

La Pianiste, Isabelle Amonou, éd Dalva, 431 pp


Iode et ode

Rentrons d’entre rochers gris et vagues puissantes. Du Finistère.

La pianiste d’Isabelle Amonou nous y a conduits. Bord d’estran, rangées d’écume, Fort du Taureau ou raz de Batz, allons-y à la nage bien que ce ne soit pas recommandé par la sécurité civile ni la SNSM (Sauveteurs en mer).

La pianiste n’a plus qu’une main, débrouillez-vous de cette partition et entrez au cours de natation.

Faire un livre ou écrire un livre ne renvoie pas au même. Pour le faire ou l’écrire, deux solutions. Se laisser emporter, aller aux vents de soi, courir sur ses chevaux de mer et sans brides. Ou, au contraire, comme Isabelle Amonou, tenir tout très serré.

Faire œuvre de didactisme, continuer de donner la leçon, ici de musique, là d’amour, ou, pour encore plus d’intrigues, y mêler la grande Histoire, Berlin anéantie, un viol, une fille née de ce viol, Jeanne, donc pianiste.

Selon toi, Marielle Hubert (par Gilles Cervera)

Ecrit par Gilles Cervera , le Jeudi, 20 Août 2026. , dans La Une CED, Les Chroniques, Cette semaine, Les Livres

Selon toi, Marielle Hubert, POL, 183 pp, 20€

 

Poste restante


Un livre de plus sur notre rayon Duras dans notre bibliothèque qui est tellement long et fourni, cette planche blanche et ses branches qui montent, Manceaux, Laure Adler, Robert Antelme en premier, Juan Goytisolo, cette confrérie des mots, du sens, sans laisser en bout de ligne Yann Andréa tout seul.

Le jeune frère qui hante Selon toi de Marielle Hubert.

Peu voire pas nommé. Deviné. Comme l’ombre de Duras dans le bel entretien filmé où Swann Arlaud joue Yann, Manceaux est Emmanuelle Devos, cf l’excellent Vous ne désirez que moi de Claire Simon.

Nous nous égarons. Duras égare.

Si loin de l’écrivaine et metteure en scène Pascale Lemée.

Rococo Notes, Fabio Viscogliosi (par Gilles Cervera)

Ecrit par Gilles Cervera , le Mardi, 07 Juillet 2026. , dans La Une CED, Actes Sud, Les Chroniques, Les Livres

rococo notes, fabio viscogliosi, actes sud, 251 pp, 26€

Caféine et dons d’âne

L’auteur sait que son patronyme ne reste pas dans les mémoires si facilement : Où que j’aille en France, le mien m’a longtemps posé problème. Trop bizarre, trop compliqué, on le raccourcissait ou l’écorchait sans cesse, me souhaitant bon courage dans la vie, avec un nom pareil.

Retenez-le, apprenez-le, relisez-le à l’orée de ce papier consacré aux Rococo Notes de Fabio Viscogliosi. Répétons : Vis co gli o si !

L’auteur touche sa bille, a toutes les cordes à son arc, tous les claviers sous les doigts, toutes les palettes aux yeux. Si la littérature est swing, son livre l’est, et ce, depuis un certain temps ! L’âge est là, il ne nous cache rien : Avec l’âge, ma main s’est mise à trembler. Plus ou moins selon les heures. « Tremblement essentiel », disent les spécialistes, comme s’il s’agissait de rappeler que la ligne droite n’existe jamais vraiment.

Simple comme un trait ou un rapport de son et d’échelle : En fin de compte, la réalité est-elle autre chose qu’un rapport d’échelle ?

Jaune soleil, Éric Chevillard (par Gilles Cervera)

Ecrit par Gilles Cervera , le Lundi, 29 Juin 2026. , dans La Une CED, Les Chroniques, Les Livres

Jaune soleil, Éric Chevillard, éd de Minuit, 158pp, 18€

 

Lire jaune !

D’abord dire qu’Éric Chevillard met des couleurs aux titres. Pas comme le savant Pastoureau, plutôt en poète : Oreille rouge, Ronce-Rose, ce que Chevillard voit !

Ensuite Chevillard s’amuse. D’autres titres : Mourir m’enrhume, le premier de ses livres publié comme les autres chez Minuit ou Sans l’orang-outang, La nébuleuse du crabe ou L’explosion de la tortue.

Évoquons ce bestiaire afin de montrer le spectre large du monde chevillardien. Zoologique quoique sans limite ! Rien ne le retient, peu fait frontière. Éric Chevillard nous régalissime et nous fouririssime depuis 1987. Presque quarante ans et vingt-deux éclats de rire au compteur ! Le double si l’on lit la rubrique du même auteur en fin d’ouvrage, chez, Fata-Morgana notamment.