Identification

Articles taggés avec: Mahdi Yasmina

Maryan, artiste rescapé

Ecrit par Yasmina Mahdi , le Samedi, 10 Janvier 2015. , dans La Une CED, Les Chroniques, Côté Arts

 

Il n’y a pas de difficulté [pour la lumière]. L’une, c’était notre lumière. L’autre, c’était la lumière [le feu] de l’enfer.

Le Talmud, traité Pessahim, chap. IV, 54a

 

La galerie Polad-Hardouin organise une exposition historique de travaux posthumes d’artistes, tous disparus assez jeunes et avec des destinées assez diverses : Marcel Pouget (1923-1985), Michel Macréau (1935-1995), Jacques Grinberg (1941-2011) et Maryan. L’on peut qualifier de prime abord un aspect commun à tous, peut-être une source d’inspiration expressionniste, plus cubiste pour Grinberg. Des courants et des façons y sont exprimés. L’on y trouve bien avant leur existence, le style qui a sans doute influencé R. Combas, H. Di Rosa, F. Boisrond, le street art, les graffiti de rue. De même le mouvement de la « Figuration libre », qui alliait les codes de l’art brut à l’imagerie populaire africaine, arabe, le Punk, dont les homologues américains sont K. Haring, J.-M. Basquiat, etc. : avec l’aplatissement des formes, pas de perspective réelle, des contours très marqués dérivant jusqu’à l’ellipse, le tag, signifiant l’agressivité, l’agression de la société contre l’individu et ses mythes personnels.

Mémoires d’une fille d’Afrique, à propos de Carnets intimes de Taos Amrouche

Ecrit par Yasmina Mahdi , le Samedi, 29 Novembre 2014. , dans La Une CED, Les Chroniques

Je lus l’Iliade au milieu des blés mûrs (…) C’est en moi qu’Antiloque lançait l’épieu. C’est en moi qu’Achille damait le sol de sa tente, dans la couleur de ses lourds pieds. C’est en moi que Patrocle saignait. C’est en moi que le vent de la mer se fendait sur les proues.

« Jean le Bleu », Jean Giono (1932, Grasset)

Nature et passion

Les Carnets intimes de Taos Amrouche se tissent au fil de nombreuses interrogations entrecoupées de malaises, de rencontres fortuites, de recherche d’absolu. Les couleurs les habitent, rouge sur le bonheur, vert pour l’angoisse de l’attente, jaune d’or pour le troisième journal, bleu pour le futur bilan. Taos Amrouche consigne avec une naïveté de jeune fille entre affronts et ivresse l’évolution de ses sentiments (et de ses déboires) pris en étau par Jean (Giono), qualifié de poltron et de monstrueux – situation commune aux créatrices des années 1950/60, assignées à des rôles fantasmatiques et à une reconnaissance moindre… Taos Amrouche l’avoue [à propos de Giono] : Je l’ai idéalisé. Je l’ai fabriqué et dénonce : si le bâillon est bien ajusté, il me domine, l’idée que je puisse être éditée, m’exprimer, me libérer lui est intolérable (l’on pense parfois, dans ce maelström sentimental, au Journal de Katherine Mansfield de 1927, et à sa liaison malheureuse avec Francis Carco).

Dans l’ombre de Charonne, Désirée et Alain Frappier

Ecrit par Yasmina Mahdi , le Samedi, 01 Novembre 2014. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Arts, Histoire

Dans l’ombre de Charonne, éd. du Mauconduit, préface de Benjamin Stora, 136 p. 18,50 € . Ecrivain(s): Désirée et Alain Frappier

Fils d’Israël, souvenez-vous du bienfait dont je vous ai comblés. Je vous ai mis au-dessus des mondes

Le Coran, Sourate II, la vache, (47, trad. Jean Grosjean, 2008)

 

Ressouvenir : un carnage organisé

 

Un pan de l’Histoire occulté

C’est un véritable travail d’historienne auquel s’est livrée Désirée Frappier, qui a mené une enquête auprès de plusieurs interlocutrices et interlocuteurs, dont certains furent présents et témoins au moment du drame évoqué. Depuis la préface de Benjamin Stora, lui-même concerné par la guerre d’Algérie, auteur de nombreux ouvrages cités, jusqu’au témoignage individuel de l’héroïne principale, le récit se densifie avec les annexes – les lettres des enfants de rescapés, des coupures de presse relatant cette « sauvagerie criminelle » (cité par J. Derogy, p.126) et le travail d’archiviste des époux Frappier.

Robert Longo : la beauté du désastre

Ecrit par Yasmina Mahdi , le Samedi, 18 Octobre 2014. , dans La Une CED, Etudes, Les Dossiers

 

Vers quel horizon invisible flotte ce regard vide ; quel rêve ou quelle pensée hante ce front somnolent ? De quoi parlerait cette bouche ainsi cachetée ? De résurrection ou de néant ?, Théophile Gautier, Articles et chroniques (Salon de 1849)

 

Solitude urbaine

Nous avons choisi, à cause de notre période troublée et de l’acuité des artistes à se rendre maîtres de ces sujets, d’écrire une courte étude et d’aborder l’œuvre originale de Robert Longo. En effet, ce plasticien américain, né à Brooklyn le 7 janvier 1953, prélève des images de l’environnement d’un monde qui s’écroule, se délite, d’où l’individu est spolié, rendu maillon d’une chaîne d’objets de consommation courante.

Des histoires dessinées

Ecrit par Yasmina Mahdi , le Lundi, 12 Mai 2014. , dans La Une CED, Etudes, Les Dossiers

 

La vie sans mode d’emploi Putain d’années 80 !, Désirée et Alain Frappier, éditions du Mauconduit, janvier 2014, 192 pages, 22,50 €

L’entrevue, Manuele Fior, éditions Futuropolis, avril 2013, 176 pages, 24 €

 

La vie sans mode d’emploi :

Ce roman graphique, écrit et illustré à deux voix, celles de Désirée et Alain Frappier, résume en sous-titre, Putain d’années 80, la vie difficile d’une génération en butte à la débâcle et en prise avec la dépression.

La couverture de cette magnifique bande dessinée, de prime abord, n’indique pas la gravité du sujet. Une jeune fille vue de trois-quarts, au graphisme impeccable – à la façon de Lichtenstein ? – nous sourit, penchant la tête par une porte entrouverte comme pour nous inviter gaiement. Mais au dos de la couverture, un paysage rouge sang, une silhouette anonyme et esseulée rame – au propre comme au figuré –, canote dans le lointain vers des berges désolées.