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La mort ou l’exil – Souffles Tchétchènes, par Hans Limon

Ecrit par Hans Limon , le Vendredi, 09 Juin 2017. , dans La Une CED, Ecriture, Récits

 

ILIA. Je te parle tout bas mon Nortcho, en tout cas bien assez pour que tu puisses m’entendre et que je puisse m’entendre moi-même sans que ces gars derrière les murs avec leurs fusils clinquants leurs crosses têtues leurs matraques et leurs uniformes de mort aux trousses ne se doutent de quoi que ce soit, car le doute n’est pas un bénéfice, non, le doute met des rides au front et des échardes vrillées dans les neurones, pas possible de s’en débarrasser sans tout arracher autour, et tu comprends qu’après m’avoir dépouillé de toi ils me feraient crever une seconde fois sans sourciller – « pas le premier c’est sûr mais l’un des derniers » m’a-t-on dit d’une voix presque joyeuse, une voix de cancre à la veille des vacances – ils m’arracheraient d’ici pour m’attacher ailleurs, les pieds les mains le cou, mais je refuse qu’on m’attache ou me lie sinon à toi qu’ils ont pris sur ma poitrine en me laissant cette pâle cicatrice qui va du nombril jusqu’à la bouche, mais je sais bien que je cesserai d’exister si je cesse de parler, si mon souffle tiède refuse de rebondir sur les briques d’ombre grise pour me revenir en soupirs de Nortcho,

Hommage à Baudelaire XVI - Paris, par Hans Limon

Ecrit par Hans Limon , le Mardi, 23 Mai 2017. , dans La Une CED, Ecriture, Création poétique

 

Paris


il me semble à présent que la belle Paris

gît sous un édredon, privée

de son mari

le métropolitain glissait vers les abîmes

les pensers souterrains ruminaient leurs victimes

les pas perdus tonnant sur les lugubres dalles

répandaient par à-coups leurs douleurs capitales

En surface, Christine Guinard

Ecrit par Hans Limon , le Mercredi, 17 Mai 2017. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Poésie

En surface, éd. Eléments de Langage, mars 2017, 64 pages, 12 € . Ecrivain(s): Christine Guinard

 

Suspendez votre temps terrestre, délaissez les ornières de la politique discriminatoire et prêtez les sens à cette météorite poétique, l’une de celles qui m’ont le plus marqué – et durablement – ces dernières années.

Plongée poétique

« En surface explore la puissance irradiante du jeu de l’enfant » peut-on lire au coin de l’une des dernières pages de cet OVNI-livret lunaire, à mi-chemin entre le livre pour enfants, justement, qu’on feuillette au gré des pensées du jour ou de la nuit, « au gré des courants d’images revenues », fabuleux terrain d’exploration des formes langagières et matérielles, toujours en mouvement puisqu’« il est métamorphoses », et du conte poético-initiatique, chaque mot-fragment déposé-comme-abandonné-flottant sur la ruine aux relents de houille de Rorschach devenant par l’alchimie du verbe de Christine Guinard et des peintures d’Elina Salminen le jalon d’un parcours des sens, au cours duquel briques, fenêtres, cailloux, lumières prennent leur pleine et entière sensualité comme si, tel que Sartre le conceptualisait, la poésie consistait bel et bien à choisir les mots pour leur ressemblance avec les choses.

Bel et moi, Jacques Perry

Ecrit par Hans Limon , le Vendredi, 12 Mai 2017. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Roman, Le Bateau Ivre

Bel et moi, mars 2016, 136 pages, 16 € . Ecrivain(s): Jacques Perry Edition: Le Bateau Ivre

Perry, l’impérissable

Quelque chose de Racine chez Montherlant, disait en substance Gabriel Marcel. Quelque chose de Montherlant chez ce Perry crépusculaire, touchant trio de chair et de lettres où se mêlent souvenirs évanouis, rêves plus grands et plus beaux que nature, fragments d’écrits flambés, désespoirs chenus, clameurs entrecroisées, regrets démentis, simulacres de vie trop envahissants, mensonge et vérité (à moins que ce ne soit l’inverse ?).

Duplicité trouble et ternaire. Drôle de jeu de piste, ivre et torse et tendre, à la mesure d’un Dédale alangui, parfaitement maître de son architecture. Tom-Louis fabrique Bel-Mais de toutes pièces, personnage de pure invention mangeur-de-conscience et pourvoyeur-de-vie-renouvelée qui, en retour, prolonge et recrée Tom-Louis, son père d’encre à défaut de sang, son idole, son envers-tête-grise, l’admire et l’assimile à son être de papier au point de lui prendre ses mots, ses humeurs et son épouse, à la manière d’un fidèle noyé d’enthousiasme qui, au confluent du sacrilège et de l’adoration, se couvrirait des reliques d’un saint révéré dans l’espoir de le faire revivre, ne serait-ce que l’instant d’une fiction, juste avant l’ultime subm(v)ersion.

16 mars 2017. Mon cher Antonin, par Hans Limon

Ecrit par Hans Limon , le Jeudi, 27 Avril 2017. , dans La Une CED, Ecriture

 

je m’ouvre à Toi comme on s’adresse à Dieu : en espérant sans trop y croire. Et si jamais ces confidences te parviennent, je ne sais où, je ne sais quand, je ne sais comment, quelque nulle part aux limites égarées des limbes solitaires, probablement par hasard, sans doute les recevras-tu comme Dieu recueille les prières désespérées : en déplorant sans trop pouvoir. Chaud de bénédiction navrée. Je ne te connais que par le Verbe et l’Image, certes, mais je te tutoie. La douleur a de ces familiarités parfois brutales, souvent bienveillantes. Nous sommes quasiment cousins, toi et moi, cousins germains comme le furent tes parents, cousins fêlés d’où point l’âpre lumière du monde en bruine d’étoiles farceuses. Vois-tu, voyant trop allumeur cinglé des vents d’antan, il n’y a que toi qui puisses faire justice à mes turpitudes. Qui puisses les encaisser. Car tu as de la caisse, malgré tes cinquante unités flétries.