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Ce qui reste, Bernhard Schlink (par Gilles Cervera)

Ecrit par Gilles Cervera , le Mardi, 09 Juin 2026. , dans La Une CED, Les Chroniques, Les Livres

Ce qui reste, Bernhard Schlink, Gallimard du monde entier, 206 pp, 20€

 

Reste à vivre

Le reste à vivre est une expression banquière odieuse. Ici, elle est fichée comme un couteau dans le réel. C’est que la mort est dans la vie et le livre va bien au-delà.

Bernhard Schlink interroge ce moment du deuil de soi dans un conte à rebours intitulé Ce qui reste.

Ce qui reste est adressé à ceux qui restent, vu des dernières semaines, des derniers jours, des derniers ressauts et ressacs d’amour. Plus de place au regret, trop tard pour la nostalgie. C’est quoi, c’est comment ? Ces derniers moments, sont-ils d’attente, d’illusion projective ou est-ce que retourner revoir la mer est suffisant ?

Au bout de quelques jours, Ulla lui demanda combien de temps il voulait rester au bord de la mer. « Encore un petit peu », répondit-il, et quelques jours plus tard, il dit à nouveau : « Encore un petit peu ».

Peau d’ourse, Grégory Le Floch (par Gilles Cervera)

Ecrit par Gilles Cervera , le Mardi, 02 Juin 2026. , dans La Une CED, Les Chroniques, Les Livres

Peau d’ourse, Grégory Le Floch, Aux éditions du Seuil, 230pp, 20€

 

Point sublime

Qu’est-ce qu’une montagne ?

Visible depuis à peu près partout au village : elle est grosse et lourde. Pas du genre pic ou dent qui monte dans le ciel comme les autres. Nan. Du genre gros tas.

-       Un mont en forme de bouse.

Nom : Mont-perdu. Parfait pour rebaptiser l’héroïne de Peau d’ourse, le sixième roman de Grégory Le Floch.

Avec un transgenrisme littéraire très sûr, l’auteur passe de l’ethnologie à l’imaginaire, du gore au fantastique, de l’animal à l’humain et retour, non sans passer par la case souffrance. Dans ce roman, ça douille !

Dans ce minuscule village, ça dérouille.

La tournée, Maxime Rossi (par Gilles Cervera)

Ecrit par Gilles Cervera , le Mercredi, 27 Mai 2026. , dans La Une CED, Les Chroniques, Les Livres

La tournée, Maxime Rossi, éd L’iconoclaste, 180pp, 19,50€

 

On aime ouvrir un premier roman, d’autant que ce dernier est édité aux éditions L’iconoclaste où tout néo-romancier rêve d’être accueilli.

Ne rêvons pas davantage ! Évoquons La Tournée de Maxime Rossi.

L’auteur nous livre rien de moins, lyriquement, cliniquement, esthétiquement que son CV ! Il nous dit le café qu’il a tenu, les tournées avaient un autre sens, hep la dernière patron, la librairie-café qu’il a fait vivre au cœur d’un petit bourg où du coup, il est connu par tous. Le loup blanc aurait pu être l’enseigne mais le titre, c’est La Tournée.

L’auteur nous donne à lire et à voir, comme si on en était, sa reconversion non en facteur mais en infirmier. Et pompier ! Toutes les qualités : Dans nos déserts médicaux, l’infirmier-pompier intervient la plupart du temps sans médecin. Il est habilité par des protocoles à injecter des drogues sur le terrain de l’accident…

Chloé, Anton, Tess, Luis… et les autres, Jean-Louis Coatrieux (par Gilles Cervera)

Ecrit par Gilles Cervera , le Mercredi, 20 Mai 2026. , dans La Une CED, Les Chroniques, Les Livres

Chloé, Anton, Tess, Luis… et les autres, Jean-Louis Coatrieux, éd La Part Commune, 250p, 18€


Coatrieux et les nôtres

On chantonnerait bien le dernier titre de Jean-Louis Coatrieux avec le rythme et le phrasé de Marie Laforêt. Mais ça serait un peu léger, vaguement futile et si loin du texte !

Donc ce n’est pas Boris, Anton et moi mais Chloé, Anton, Tess, Luis… et les autres les héros du roman de l’auteur rennais publié à La Part Commune.

Un roman de Coatrieux est un roman à clefs.

Et on se sent bien peu serruriers, mal équipés, pas du tout prêts à rentrer dans sa Résidence d’auteurs, L’Archipel des mots, la belle enseigne !

Plus Archipel des morts que des mots à ceci près qu’une résidence d’auteurs coatrienne fait danser les temporalités et valser ensemble les vivants et les moins vivants : la littérature ouvre à l’éternité, n’est-ce pas ?

C’était impossible, Pierre Gaucher (par Gilles Cervera)

Ecrit par Gilles Cervera , le Mardi, 12 Mai 2026. , dans La Une CED, Les Chroniques, Les Livres

C’était impossible, Pierre Gaucher, éd. Un Ange Passe, 194 pp, 130 photos et une aquarelle originale, 25 €


Par le pli des pierres

Pierre Gaucher est du Havre et de par ici.

Ici ?

Ici, un paysage, ou plutôt une vision. Ici, une sensation vue. Par exemple, des arbres muets qui frissonnent, des rivières crues qui roulent en silence, des crevasses qui s’ouvrent sans craquement, des corbeaux dont le bec s’ouvre au croassement inaudible.

Tentons d’être plus clair, disons que ses territoires sont des îles à part entre lesquelles Pierre Gaucher circule. D’un îlot l’autre !
D’un silence l’autre.

Dont le plus vaste et le plus connu serait l’Islande. Pierre Gaucher connaît mieux l’Islande que sa poche ! Mieux que la Bretagne ou que Rennes où il vit depuis des décennies.