Identification

Articles taggés avec: Cervera Gilles

La mélancolie de la résistance, Laszlo Krasznahorkai (par Gilles Cervera)

Ecrit par Gilles Cervera , le Mercredi, 04 Février 2026. , dans La Une CED, Les Chroniques, Les Livres, Pays de l'Est

La mélancolie de la résistance, Laszlo Krasznahorkai, Folio Gallimard, 443 pp

 

Fusion froide

Êtes-vous une seule fois descendus au fond d’un volcan, dans ce flux de lave froide, la lave y serait liquide, épaisse et glacée et au lieu de monter, elle descendrait ? Avez-vous eu cette expérience d’une fusion glaciale, avec des lames parsemées et des coups portés, sans rien y comprendre, le noir étant presque total ?

Alors, si vous n’avez pas fait cette expérience et si vous avez encore envie d’être digéré, aspiré, inhalé par la mauvaise haleine de la baleine, le monstre en fait, lire d’urgence le Prix Nobel de littérature 2025, Laszlo Krasznahorkai.

Comme un Garcia-Marques de l’Est, magyare, comme un Kafka moderne, d’ici.

Franz revisité d’outre-monde, d’outre-terre et d’outre-sens.

Krasznahorkai dans La mélancolie de la résistance, livre écrit en 1989, paru chez Gallimard en 2006, nous invite ailleurs, loin, peut-être ici, tout près, à travers une longue phrase souple, lourde, puissante, hypnotisante. De la lave sans fusion.

Verlaine Œuvres complètes en La Pléiade (Par Gilles Cervera)

Ecrit par Gilles Cervera , le Jeudi, 29 Janvier 2026. , dans La Une CED, Les Chroniques, Les Livres

Verlaine Œuvres complètes Deux volumes La Pléiade Tome I, 1664 pp, tome 2 1680 pp 138€ jusqu’au 1/04/26 ; prix définitif 148 €


Tout Paul et tout Verlaine

Tendez l’oreille ! Écoutez-les au paradis des fleurs ou aux enfers des astres, Tristan, Stéphane ou Villiers de L’Isle Adam, à moins que Marcelline Desbordes-Valmore ! Les voilà moins maudits tandis que Gallimard via Monsieur Paul les republie !! Les quatre bien peinards entre eux, l’autre faisan faisant bande à part, évidemment, ils causent et rient, ils se tapent sur le ventre et des limbes ils charrient le pauvre Lélian ! Le cher Lélian, le bon Lélian que voilà en secondes noces dans la Pléiade !

Oui les amis, oui les maudits, oui les zutiques et les vilains bonshommes, oui les petits et les grands romantiques, oui les Parnassiens à toutou, les ludions ludiques, qu’on se le dise et que l’onde en colporte des vers et des phrases, ils et elles y sont tous et toutes, via l’ambassade de Verlaine à Paris, Londres, Bruxelles et le monde ! Le voilà lui, exhaustivement, réhistoricisé, recontextualisé avec appareil critique précis et préface d’Olivier Bivort, enfin, Paul Verlaine, les œuvres complètes.

Ambidextre, Pierre Alechinsky (par Gilles Cervera)

Ecrit par Gilles Cervera , le Jeudi, 22 Janvier 2026. , dans La Une CED, Les Chroniques, Les Livres

Ambidextre, Pierre Alechinsky, Gallimard, 457pp, 39 €

 

Un peintre écrit. Ce n’est pas rare et c’est toujours précieux de lire un peintre.

Ça n’illustre pas, ça ne complète pas, l’œuvre danse.

Picasso, Le Désir attrapé par la queue, Olivier Debré, L’espace et le comportement, les lettres de Nicolas de Staël ou celles de Vincent à son frère Théo. Il faut lire les peintres car ils écrivent leur peinture, dans son épaisseur ou à travers sa transparence. Ses manques et ses espoirs, ses ratages et ses répétitions.

Bien-sûr Gaston Chaissac, l’épistolier compulsif qui écrit sur la toile et vice-versa ou Cy-Twombly, bien-sûr.
Donc, Ambidextre d’Alechinsky.

« Ne plus savoir sur quel pinceau danser.

Peindre ? Vide attaqué à grands traits, par plaisir, dans le vide et pour le vide ».

Zapp & Zipp, Christian Prigent (par Gilles Cervera)

Ecrit par Gilles Cervera , le Jeudi, 15 Janvier 2026. , dans La Une CED, Les Chroniques, Les Livres

Christian Prigent, Zapp & Zipp 2019-2024, POL, 717 pp, 29 €


Oser !

Comment oser écrire une critique et la consacrer au briochin le plus discret et à l’écrivain le moins titré et donc le meilleur d’entre tous ?

Celui dont les titres chez POL prennent une page à l’entrée du livre et deux à la sortie !

Pour ce qui concerne Saint-Brieuc, nous fêterons une prochaine fois les quatre-vingts ans de la parution du Sang noir de Louis Guilloux. Pour l’heure, c’est du contemporain ! Du post-écrit comme il y a la post-modernité et le post-érieur !

Attention, c’est du beau, du grand, de la poésie à la puissance dix et surtout c’est à une longue histoire si proche et si lointaine de la littérature qu’il est rendu hommage. Qui est-on pour oser ?

Pour parler de Zapp & zipp.

Pour s’inviter humblement chez Christian Prigent.

Claude Simon La corde raide (avec Le Tricheur) (par Gilles Cervera)

Ecrit par Gilles Cervera , le Mercredi, 17 Décembre 2025. , dans La Une CED, Les Chroniques, Les Livres

Claude Simon La corde raide (avec Le Tricheur) éd de minuit. 451 pp 23€

 

Claude Simon, deuxième roman

On ne sait jamais de quoi on parle avant d’en parler.

Claude Simon l’écrit plutôt à la fin de son second roman La corde raide. Il reparaît comme une archive, mieux qu’une archive, un peu inerte ou poussiéreuse, ici décapante et tonique.

Édité en 1947, La corde raide est à part entière une œuvre et la matrice de celles à venir. Le journal de guerre s’y écrit, brutal et à tenir pour vrai car si chaud de l’expérience. Sans décor, Sans fioritures ni une quelconque afféterie : brut comme un colonel à cheval fauché par un sniper embusqué ou deux cyclistes filant à l’aller, étendus sur le côté au retour : Sur la droite, au revers du talus, il y avait deux soldats en combinaisons bleues, étendus, leurs vélos auprès d’eux. Ils n’étaient pas là lorsque nous étions passés quelques minutes auparavant. Un regardait fixement. Les morts avaient toujours cet air idiot et surpris, la bouche ouverte.