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Articles taggés avec: Agsous Nadia

Un palimpseste pour l’oubli !, par Nadia Agsous

Ecrit par Nadia Agsous , le Samedi, 29 Octobre 2016. , dans Nouvelles, La Une CED, Ecriture

 

La vie est saturée d’histoires fantasmées, de légendes inventées, de rumeurs infondées. Mais il faut reconnaître que celles qui circulent depuis quelques années sur la Casbah frôlent l’incroyable ; elles dépassent l’entendement ; elles bousculent l’ordre des certitudes ; elles étonnent jusqu’à l’incompréhension ; elles flirtent avec la folie, et parfois, elles transcendent l’irrationnel.

Tout d’abord, il y a ma mère qui excelle dans l’art de narrer des histoires à faire dresser les cheveux sur la tête. A chaque fois que je l’ai au bout du fil ou qu’elle vient me rendre visite à Paris, elle passe le plus clair de son temps à me raconter dans le menu détail le moindre fait divers entendu au sujet de ce quartier où j’ai ouvert les yeux sur la vie, cette grande machine qui fait, défait, contrefait et refait les destinées !

Puis il y a mes copines qui n’y vont pas de main morte. A chaque retour du pays, elles ne ratent pas une seule occasion pour me brosser un tableau des plus sombres de ce quartier populaire qui enchanta tant d’âmes !

Et il y a les journaux qui, faute d’organiser des reportages in situ, se contentent de colporter des histoires inventées de toutes pièces qui inspirent la peur et alimentent la terreur.

Heureuse celle qui pleure l’amant perdu, par Nadia Agsous

Ecrit par Nadia Agsous , le Mercredi, 21 Septembre 2016. , dans Nouvelles, La Une CED, Ecriture

 

Alors qu’elle avance lentement dans les ruelles étroites et enchevêtrées à peine animées de la haute Casbah, une voix masculine sur fond de musique douce et lente s’échappe d’une demeure construite sur le point culminant de ce lieu qui, malgré son état de délabrement, ne se lasse pas de charmer et d’enchanter les âmes fuyantes. A l’heure du crépuscule maudit.

Soudain, elle a la vague impression d’entendre des chuchotements. Là… Derrière elle. Non… Non… Juste là… Devant son visage ébahi. Dans le creux de ses oreilles qui bourdonnent de peur. Des Bouts de récits. Des fragments de révélations à peine audibles. Susurrés… Vécus sur le chemin de jadis. Peuplé de secrets engloutis par les terres du couchant.

Là… Là… Sur les murs de cette grande maison ancestrale hantée par la malédiction. Oui ! Oui ! Sur la façade lézardée de cette  demeure qui abrite des êtres fatigués de vivre une existence en proie au désordre et à la déperdition. Et tout à coup, sur son corps assiégé par l’étonnement, une foultitude de mots. Qui tournent le dos à l’échec de cette tentative désespérée de donner un sens à cette vie en éclats. Des mots… des mots… des mots… Oui. Oui. Des mots. Ô malheur ! Les voilà qu’ils parlent une langue désarticulée. Son sens échappe à sa compréhension.

Akousmate, suis-je ?, par Nadia Agsous

Ecrit par Nadia Agsous , le Mercredi, 17 Août 2016. , dans Nouvelles, La Une CED, Ecriture

 

« Ma petite-fille, demain, tu grandiras ! Belle et instruite tu seras ! Pendant que le temps gravera ses empreintes sur ta peau douce et luisante, tu prendras alors conscience que toi seule es maîtresse de ta destinée. De tes deux mains que j’ai embrassées, caressées, cajolées et bénies, tu te libèreras des chaînes millénaires ! Fière, lucide et rebelle, tu affranchiras ces femmes qui guettent le retour de Shah’Razade qui s’en allée vers des ailleurs cléments. Il y a de cela une éternité !

Kane ya makane !

Je me souviens encore de ce cri animal que le roi Shah’Riyât lança dans son palais lorsqu’au petit matin, il découvrit la disparition de celle qui avait aimanté son corps et humanisé son cœur ».

Ainsi parla ma grand-mère sur son lit de mort. Et avant de rendre l’âme, dans cette chambre imprégnée d’une forte odeur de fatalité, de sa main tremblante, elle me fit signe de m’approcher de son corps à moitié endolori. Et elle murmura à mon oreille :

Sur les pas égarés de l’Autre, Lettre à un passant, par Nadia Agsous

Ecrit par Nadia Agsous , le Mercredi, 15 Juin 2016. , dans Nouvelles, La Une CED, Editoriaux

 

Ô Vous !

Voilà plus d’un an que je vous vois passer sous ma fenêtre ; tous les matins, vous allez ; tous les soirs, vous revenez. Vous marchez au rythme du temps qui passe. Au milieu de la rue étroite, vous avancez d’un pas lent et nonchalant. Vos yeux se promènent partout. Ils s’arrêtent sur le moindre détail des choses de la rue. Sauf sur ma fenêtre, ma tour d’ivoire, mon refuge, ce lieu qui éclaire mon jardin intérieur et égaye mes nuits tristes et monotones.

Voilà plus d’un an que tous les matins, parée de mon beau caraco brodé de fils d’or et de pierres précieuses venus du pays de mes rêves déjantés, je chante ma peine. Pendant que vous passez, mes yeux caressent tendrement votre silhouette qui hante mon esprit avide de vous connaître, de savoir qui vous êtes.

Dites-moi, Ô Passant, pourquoi vos pas sont-ils si lourds ? Comme s’ils avaient du mal à vous porter ?

Voilà plus d’un an que l’envie de vous prendre par la main ébranle ma pudeur, inonde mon corps, submerge mon esprit, me possède, me féconde, me berce, me fait gémir de plaisir.

Déhiscence, par Nadia Agsous

Ecrit par Nadia Agsous , le Mardi, 24 Mai 2016. , dans Nouvelles, La Une CED, Ecriture

 

Je suis née dans une mine d’or. Je suis issue d’une double culture. J’ai été conçue par un père qui descend de la montagne, portant jusqu’au bout les valeurs intransigeantes de la parole donnée et de l’honneur collectif. J’ai été portée, bercée, nourrie par une mère citadine, native de Bejaïa, veillant farouchement sur les us et traditions qui ont fait de cette ville un phare où une lumière douce et étincelante brille loin ; aussi loin que des hommes et des femmes ont voulu la porter.

J’ai grandi dans un environnement familial qui baignait dans une richesse linguistique qui, je reconnais aujourd’hui, a grandement contribué à m’inciter à appréhender le Monde dans sa richesse et sa diversité aussi bien humaine, culturelle que linguistique. Le kabyle, langue de mon père ; l’arabe bougiote, le parler de ma mère ; et entre les deux, est venu s’immiscer dans ma pratique linguistique, naturellement, le français, langue de mon identité à la fois revendicatrice et réconciliatrice ; cette langue qui creuse au fond de mon intériorité pour chanter haut et fort les mouvements de mes tempêtes, de mes accalmies, de mes joies, de mes frustrations, de mes espoirs, de ma croyance profonde en un Monde à la beauté à la fois farouche et généreuse. Plus tard, dans le cadre de ma scolarisation, mon univers linguistique s’est enrichi avec l’arabe littéraire et la langue anglaise.