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Articles taggés avec: Virginie Simona

Smith & Wesson, par Virginie Simona

Ecrit par Virginie Simona , le Mardi, 06 Octobre 2015. , dans Nouvelles, La Une CED, Ecriture

 

« Rien n’influence plus un individu que son environnement psychologique et particulièrement, dans le cas des enfants, la vie que leurs parents auraient souhaité avoir ». Carl Gustav Jung.

 

Des seins minuscules pointant sous le tee-shirt et deux jambes aussi longues que des lianes. À quatorze ans, Louise tenait à la fois de la plante grimpante et de la gamine inquiète. Une séduction précoce que son père craignait de retrouver, tôt ou tard, dans les pages d’une revue. Et pour cet homme qui vouait ses jours et ses nuits blanches à son armurerie, l’idée d’élever une Lolita l’enthousiasmait autant que l’interdiction de la chasse en France. Que l’abolition de la guerre dans le monde. Depuis des années, ce quadra rêvait à rebours de la vie et n’émettait qu’un seul vœu : que son papillon de fille retourne à sa chrysalide. Pas un jour ne passait sans lui jeter un œil inquisiteur, coupable désignée, incriminable pour sa seule beauté.

Toute fin nous garde vivants

Ecrit par Virginie Simona , le Mardi, 07 Juillet 2015. , dans Nouvelles, La Une CED, Ecriture

 

« C’est la dernière fois que l’on me quitte. La dernière fois que je regarde l’autre reprendre ses bras nus, ses jambes lestes et ses affaires. Ses vêtements propres et sales. Son nez, sa bouche, son cou. Tout, dans l’ordre et sans rien oublier, avec la rigueur du comptable sûr de lui, capable de pousser l’injure jusqu’à demander un règlement pour la prestation de ménage… ».

Si j’avais eu les os, la chair et le cœur, si j’avais eu la foi du combattant et la sagesse du chanoine, ce sont précisément ces mots que j’aurais jetés à la figure du Très-Haut qui voit tout :

« Cher Dieu, j’espère que tu passes de bonnes vacances. Permets-moi de te précéder (afin de t’éviter une bévue dans la programmation des trente prochaines années) : c’est la dernière fois que l’on me quitte. Et même s’il faut rester là des heures, poings fermés sous l’ennuagé du ciel, regard enfoncé dans la mer grise, ils ne m’auront plus. Ni la peine, ni la rancœur, ni la peur de rester seule dans un monde plein. Pas même la haine que je vois de loin s’approcher comme une chienne enragée. Dégage le meurtre, je n’ai rien de la criminelle évadée. De toute façon, le sang m’effraie.

Le dernier verre (avant le dernier)

Ecrit par Virginie Simona , le Jeudi, 21 Mai 2015. , dans Nouvelles, La Une CED, Ecriture

 

Nous étions accoudés au comptoir d’un bar de la rue Oberkampf, et tandis que sa soixantaine d’années semblait abîmée par les verres et par la nuit, il avait parlé longuement :

La vie est une putain tu sais et Dieu… Dieu ? Certainement le plus grand maquereau jamais croisé. On arrive au monde en crevant la dalle et on repart des années plus tard, le temps d’un voyage rapide et flou, la gueule ouverte. Affamés d’un amour que l’on aurait voulu voir partout et qu’au final, on n’a trouvé nulle part… Pas même en nous : trop lâches, trop peureux, trop fragiles, trop fiers. Incapables d’avouer aux autres nos envies de caresses et de morsures, de crainte qu’ils nous rejettent à la mer, ou qu’ils en fassent une arme de destruction massive (susceptible de réduire à néant le peu d’estime qu’il nous reste). J’ai passé un temps fou à espérer que la vie me donne. Des femmes pour mon désir, des réussites pour la soif, des épaules pour mes chagrins. J’ai attendu comme un môme l’arrivée du Père-Noël. Une nuit, il a tout déposé sous le sapin, bon gars. J’étais tellement sûr de mériter que je n’ai pas pensé à remercier. Qu’importe, quelques décennies plus tard, il est passé pour tout reprendre.

Des néons et des hommes

Ecrit par Virginie Simona , le Jeudi, 26 Mars 2015. , dans Nouvelles, La Une CED, Ecriture

 

L-O-L-A, deux syllabes enfantines que la langue fait claquer sous le palais, quatre lettres pleines en somme de promesses à tenir. C’est le nom de scène qu’elle avait choisi en 1994 pour son baptême du feu sur le trottoir parisien, elle venait de fêter ses 26 ans.

Vingt ans plus tard, Lola tapinait toujours devant un immeuble fissuré par la réputation du quartier Saint-Denis, décrépi par le temps qui finissait toujours par passer et mourir.

Ses bas-résilles et ses perruques blondes officiaient la journée principalement. Il fallait que la lumière du dehors, jaune ou grise, puisse l’envelopper encore. Elle partageait le bitume avec les joueurs de bonneteau, les restaurateurs chinois et quelques filles qui étaient attachées – par le fric, la drogue ou des passeports – aux quatre murs de leurs chambres de passe. Et tant pis si les couples des immeubles voisins restaient persuadés que ce taillage de pipes à leurs portes dévalorisait leur pierre de taille. Tant pis pour ceux qui préféreraient voir pousser des arbres plutôt que des préservatifs en bas de chez eux.

De Mitterrand à Chirac (en passant par la rue des Martyrs)

Ecrit par Virginie Simona , le Mardi, 17 Février 2015. , dans La Une CED, Ecriture, Récits

 

 

De Mitterrand à Chirac (en passant par la rue des Martyrs)

 

Nous avions discuté pour la première fois dans l’amphithéâtre d’un conservatoire parisien. J’étais venue assister à un concert classique et m’étais assise à côté d’une jeune-femme dont l’écharpe rouge vif rappelait que Noël approchait (à l’exact inverse du communisme qui, depuis 1989, s’éloignait à grands pas). Nous étions une dizaine de personnes, les plus timides peut-être, perchées sur les rangs du fond. Pour ma part, je me disais qu’avec Mitterrand qui s’acharnait à envoyer « nos » soldats en Irak, mieux valait éviter les premières lignes…