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Articles taggés avec: Victoire Nguyen

Et ne reste que des cendres, Oya Baydar

Ecrit par Victoire NGuyen , le Mardi, 21 Février 2017. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Bassin méditerranéen, Roman, Phébus

Et ne reste que des cendres, trad. turc Valérie Gay-Aksoy, 557 pages, 25 € . Ecrivain(s): Oya Baydar Edition: Phébus

 

Le voile des illusions

Ülkü se rend au commissariat de police pour reconnaître le corps de son ancien amant devenu diplomate. Celui-ci a été assassiné. La vue du corps refait surgir des événements douloureux et traumatisants pour cette femme, journaliste, militante communiste, ex-prisonnière dans une geôle turque où enceinte, elle a subi la torture. Vingt ans plus tard, bien que revenue sur ses idéaux et déçue par des promesses (vaines) des lendemains qui chantent, elle doit faire face à une terrible épreuve : la mort de son fils, assassiné, lui aussi par une police à la botte du régime.

Et ne reste que des cendres est un roman-fleuve qui retrace le combat d’une femme qui a cru fermement à un rêve, celui de voir un jour les hommes et les femmes de son pays jouir de la démocratie et du bonheur d’être libre. Mais Oya Baydar n’est pas une écrivaine naïve, endoctrinée par une idéologie politique quelle qu’elle soit (le marxisme léninisme, régime de dictature actuelle ou lors du coup d’Etat de 1971). C’est pourquoi, en tant qu’intellectuelle engagée et éclairée, elle fait subir à son personnage des mutations qui ne vont pas sans douleur psychique, morale, intellectuelle et idéologique :

Les dénonciateurs, Juan Gabriel Vasquez

Ecrit par Victoire NGuyen , le Samedi, 07 Janvier 2017. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Roman, Amérique Latine, Seuil

Les dénonciateurs, trad. espagnol (Colombie) Claude Bleton, 342 pages, 21,50 € . Ecrivain(s): Juan Gabriel Vásquez Edition: Seuil

 

Père et fils face à l’Histoire

Lorsqu’il publie son roman Une vie en exil, sur les Allemands qui ont émigré en Colombie pendant la Seconde Guerre Mondiale, Gabriel Santoro met en lumière une page douloureuse et peu glorieuse de l’histoire colombienne mais aussi de l’Allemagne. En effet, il relate la vie des Allemands exilés en Colombie pendant la guerre. Ils tentent de refaire leur vie tant bien que mal. Ils ouvrent des commerces ou deviennent gérants d’hôtels comme le père de Sara. Dans cet hôtel, baptisé la Nueva Europa, Sara et son père voient passer des clients de nationalités différentes mais aussi des personnalités. Ils assistent aussi aux nouvelles venant d’Europe. Cependant, dans cet hôtel, ils sont témoins malgré eux des discussions de certains Allemands nostalgiques du régime Nazi. Ces derniers n’hésitent pas à organiser des réunions et soutiennent ouvertement le Reich. Et c’est dans ce contexte de suspicion, de haine et de confusion qu’arrive le drame…

Le musée de l’inhumanité, William H. Gass

Ecrit par Victoire NGuyen , le Mardi, 29 Novembre 2016. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Roman, USA, Le Cherche-Midi

Le musée de l’inhumanité, trad. américain Claro, 573 pages, 21 € . Ecrivain(s): William Gass Edition: Le Cherche-Midi

 

L’étrange vie de Monsieur Joseph Skizzen

« La maison gothique où il vivait avec sa mère possédait plusieurs combles, et Joseph Skizzen avait décidé de consacrer l’un d’eux aux ouvrages et aux coupures de journaux qui composaient son autre passe-temps : le musée de l’Inhumanité. Il avait péniblement écrit ce nom sur une grande carte blanche qu’il avait punaisée à sa porte. Ça ne le gênait pas d’agir ainsi, car lui seul y était invité ».

Ainsi le lecteur fait-il connaissance avec l’étrange personnage, Monsieur Joseph Skizzen, un professeur aux relations compliquées avec lui-même et avec sa mère. En effet, Joseph Skizzen est d’origine autrichienne. Cependant, son père a tant de fois changé l’identité de la famille, la faisant tantôt passer pour une famille juive fuyant le régime nazi ou encore anglaise afin d’être mieux « assimilée » à la population locale. Ce père réinvente ainsi sans cesse l’histoire familiale et par ce fait, joue à cache-cache avec l’identité encore fragile de ses enfants. La mère de Joseph a beaucoup souffert et maintient jusqu’au bout ses origines autrichiennes.

Un bref mariage, Anuk Arudpragasam

Ecrit par Victoire NGuyen , le Mercredi, 16 Novembre 2016. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Asie, Roman, Gallimard

Un bref mariage, mai 2016, trad. anglais (Sri Lanka) Elodie Leplat, 237 pages, 20 € . Ecrivain(s): Anuk Arudpragasam Edition: Gallimard

 

L’amour en temps de guerre

Un homme, le narrateur, vit dans un camp de transit car il a fui son village, pris en tenaille entre deux feux ennemis. Lors de cet exode, il a perdu sa mère, tombée sous les tirs. Alors, tant bien que mal, chaque jour, il tente de survivre en aidant les soignants et médecins à remettre sur pieds les victimes de tirs, d’obus…

C’est dans un lieu de fortune qu’il va rencontrer un vieil homme. Ce dernier, sentant sa fin approcher, lui propose de prendre sa fille pour épouse car grâce à ce statut de femme mariée, elle pourrait sans doute échapper aux outrages et violences réservées aux jeunes filles capturées par des soldats. Le jeune homme accepte et commence ainsi le difficile apprentissage de l’amour en temps de guerre où chaque minute est volée à la mort. Entre l’incertitude et la survie, les instants dédiés à la tendresse et à l’amour sont rares d’autant plus que l’ennemi se rapproche et que le camp est livré à coup sûr au feu…

Les prophètes du fjord de l’Eternité, Kim Leine

Ecrit par Victoire NGuyen , le Mercredi, 15 Juin 2016. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Roman, Pays nordiques, Gallimard

Les prophètes du fjord de l’Eternité, trad. Danois Alain Gnaedig, 554 pages, 29 € . Ecrivain(s): Kim Leine Edition: Gallimard

 

La Chute

« Elle reçoit un coup de botte dans le dos, sa tête bascule brutalement en arrière, son corps part en avant ; elle roule sur le bord, elle tombe en battant des bras, tel un tourbillon, elle laisse dans sa chute un cri vertical aussi inégal qu’un trait de fusain ».

Ce passage est extrait des dernières lignes du Prologue. La victime est une femme surnommée la veuve. Dès les premières pages, le lecteur est confronté au meurtre. Et quel meurtre ? En effet, si on se réfère à la thématique abordée qui insiste sur une double histoire : celle du pasteur Morten Pedersen et celle de la christianisation et de la colonisation du Groenland par le Danemark, ce meurtre est comme une répétition de la Faute originelle et du meurtre premier qui plonge l’humanité dans les affres de la souffrance et de la Mort.