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Claude Berri, son rapport à l'écriture

Ecrit par Valérie Debieux , le Jeudi, 17 Mai 2012. , dans La Une CED, Entretiens, Les Dossiers

Entretien avec Michel Klochendler

Claude Berri a adapté des œuvres majeures de la littérature française telles que « Germinal », « Jean de Florette », « Manon des sources », « Uranus » et d’autres plus contemporaines. L’écriture comptait beaucoup pour lui, convaincu même qu’elle avait « le pouvoir de rassembler le passé et de faire la paix avec ses fantômes ».

Michel Klochendler, Chef Monteur, a accepté de nous livrer ses souvenirs et de revenir sur sa collaboration avec le réalisateur-producteur et comédien qui était un passionné de littérature.

 

Valérie Debieux : Michel Klochendler, vous souvenez-vous de votre première rencontre avec Claude Berri ?


Michel Klochendler : J'ai travaillé pour la première fois avec Claude Berri sur «Uranus», adaptation d’un ouvrage de Marcel Aymé. C'est Hervé de Luze, son monteur, qui me l'a présenté. Claude nous a fait part de l'importance qu'il attachait au texte et au respect du son direct. Nous avons dès lors travaillé dans cet esprit. Le son était présent, donnait de la vie au film mais en toute discrétion.

Regrets sur ma vieille robe de chambre, Diderot

Ecrit par Valérie Debieux , le Vendredi, 04 Mai 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Essais

Regrets sur ma vieille robe de chambre ou Avis à ceux qui ont plus de goût que de fortune, Editions de l’éclat/éclats, 2011, 48 p. 5 € . Ecrivain(s): Denis Diderot

 

« Pourquoi ne l’avoir pas gardée ? Elle était faite à moi ; j’étais fait à elle. Elle moulait tous les plis de mon corps sans le gêner ; j’étais pittoresque et beau. L’autre, raide, empesée, me mannequine. Il n’y avait aucun besoin auquel sa complaisance ne se prêtât ; car l’indigence est presque toujours officieuse. Un livre était-il couvert de poussière, un de ses pans s’offrait à l’essuyer. L’encre épaissie refusait-elle de couler de ma plume, elle présentait le flanc. On y voyait tracés en longues raies noires les fréquents services qu’elle m’avait rendus. Ces longues raies annonçaient le littérateur, l’écrivain, l’homme qui travaille. À présent, j’ai l’air d’un riche fainéant ; on ne sait qui je suis ».

Ainsi est-ce en ces termes que Diderot commence, l’ironie glissant sous sa plume, « l’éloge funèbre » de son ancienne robe de chambre, le glas d’un passé révolu. Enlevée, et sitôt remplacée. Disparue, mais jamais oubliée. Le neuf ne chasserait-t-il pas le vieux ? Que nenni. Le passé oppresse le présent.

Mélancolique, moi ? Lettres à Malesherbes, Jean-Jacques Rousseau

Ecrit par Valérie Debieux , le Mardi, 01 Mai 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Essais

Mélancolique, moi ? Lettres à Malesherbes, Zoé Editions, Collection « mini », 2012, 64 p. 4,50 € . Ecrivain(s): Jean-Jacques Rousseau

« Ô que le sort dont j’ai joui n’est-il connu de tout l’univers ? »

J.-J. Rousseau

 

Jean-Jacques Rousseau a écrit quatre lettres adressées à Malesherbes, rédigées entre le 4 et le 28 janvier 1762, aux travers desquelles il dépeint le bonheur qu’il a eu de savourer son exil à la campagne alors que la « société » le croyait malade. Rousseau s’est rapproché de son ami académicien qui n’a eu de cesse de le défendre avec « une droiture à toute épreuve ».

Après le Discours sur les sciences et les arts en 1750 et le Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes en 1755, Voltaire ne s’est nullement privé en déclarant : « On n’a jamais employé tant d’esprit à vouloir nous rendre bêtes » et Diderot, plus lâche, s’est exprimé sur le sujet, par personnage interposé de l’une de ses pièces de théâtre : « L’homme de bien est dans la société, et il n’y a que le méchant qui soit seul ». Rousseau, quant à lui, tente de s’expliquer davantage sur les fondements de sa retraite dans La Lettre à l’Alembert sur les spectacles en 1758. Mais en vain. Il reste incompris.

Amour de la langue française et poésie. Entretien avec Robert Notenboom

Ecrit par Valérie Debieux , le Mercredi, 25 Avril 2012. , dans La Une CED, Entretiens, Les Dossiers

 

Valérie Debieux : Robert Notenboom, en tant qu’amoureux de la langue française, que pensez-vous de l’influence anglo-saxonne sur notre langue ?

 

Robert Notenboom : La langue anglaise a bénéficié et souffert d’avoir été pendant plus de deux siècles celle de la puissance mondiale dominante, la Grande Bretagne d’abord, les Etats-Unis jusqu’à présent. Cela explique que nos élites aiment à émailler leurs propos de mots anglais. Il s’agit là d’un phénomène passager un peu agaçant, mais qui ne met pas notre langue en danger. Parfois, des mots étrangers entrent dans notre langue durablement quand ils correspondent à un concept nouveau. Les mots « humour » et « tennis », eux-mêmes d’ailleurs venus du Français, se sont bien intégrés et nous avons renoncé à les prononcer à l’anglaise. Certains emprunts, il est vrai, pourraient avantageusement être remplacés par des mots français. Mais relativisons cette crainte de l’influence anglo-saxonne, bientôt remplacée peut-être par une autre, chinoise ou indienne. Depuis ses origines, notre langue s’est faite d’emprunts et, comme je l’écris dans Langue Française et Poésie son vocabulaire est constitué, non seulement de mots d’origine latine, mais aussi francique, celtique, arabe, etc…

Langue française et poésie, Robert Notenboom

Ecrit par Valérie Debieux , le Mercredi, 25 Avril 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Poésie, Essais

Langue française et poésie, Les Editions du Puits de Roulle, 2012, 102 p. 10 € . Ecrivain(s): Robert Notenboom

 

Robert Notenboom a donné une conférence au SIEL de Paris le 27 novembre 2011. Le verbatim de celle-ci figure en première partie de son ouvrage et le rappel des règles de la prosodie classique constitue la seconde.

L’auteur n’a, selon ses propos, pas hérité de la langue française, il a dû la conquérir, ce qui explique, sans doute, le profond attachement qu’il lui porte. Dans cet essai, il dépeint la langue de Molière, son histoire, sa nature, son vocabulaire, son orthographe, sa richesse vocalique, son rythme, son statut actuel entre « classicisme rassurant et verlibrisme délirant ». Il présente, avec bonheur et un souci marqué du détail, la langue française sous toutes ses facettes. Un peu à l’image d’un artisan travaillant la matière. Sa démarche, il l’explique en quelques lignes : « De même qu’un maçon doit connaître le sable et la chaux, ainsi que le maniement de la truelle, un ébéniste doit distinguer les différents bois, en connaître la dureté et la densité, maîtriser l’usage de la gouge et du maillet ; de même le poète doit-il connaître la langue qu’il a choisi de servir, être à l’aise avec sa grammaire, sa syntaxe et ce que l’on nomme communément la prosodie, à laquelle je préfèrerais donner le nom de rythmique ».