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Le chou, la bibliothèque et le cerveau, par Thomas Besch-Kramer

Ecrit par Thomas Besch-Kramer , le Jeudi, 05 Juillet 2018. , dans Nouvelles, La Une CED, Ecriture

 

Voilà, j’ai porté le papier toilette dans les coins d’aisance et récuré les bassins malpropres. Je me lave les mains et me prépare à écrire, car écrire est un art…

Dans le bac à légumes, chez maman, il y a un chou. Un demi-chou blanc et vert pâle. Maman me dit que les rainures, les « nervures » et les feuilles de chou ressemblent à un cerveau. Elle me dit qu’il faut ébouillanter le chou, enlever le cœur – le chou a un cœur donc, comme le bois a une âme – et le préparer lentement : mijotée avec des lardons… Hum, c’est bon, c’est pour le repas de demain !

Comme pour les rainures trop dures, vieillies et indigestes, la bibliothèque désherbe chaque année les livres inusités. La bibliothèque reste digeste, ses rayonnages et registres sont appétissants. Dans le pays d’où je viens – La Louisiane – les bibliothèques universitaires classent les livres « Littérature française » à la cote « PQ »… « Quoi ! » m’insurgeai-je en monologue intérieur, « les livres de Balzac et de Hugo sont ramenés au rang de papier toilette ! » Essayez de faire bouillir un Père Goriot ou La légende des Siècles ou Le promontoire des songes pour les rendre « digestes » ! Vous ferez chou blanc…

In utero, par Thomas Besch-Kramer

Ecrit par Thomas Besch-Kramer , le Lundi, 18 Juin 2018. , dans Nouvelles, La Une CED, Ecriture

 

Le rêve d’un pilote de chasse est de s’éjecter. A Mach 1,8 (Rafale), il veut sortir de « la synesthésie du sur place » dont parle Roland Barthes dans L’homme-jet. Vêtu d’un moi-peau uniforme (la combinaison), il respire l’air filtré par la machine et l’Air Liquide des bo(m)bonnes d’O2. Il évolue dans l’enveloppe de vol grâce à des tubes : phallus, tétons, manche(s), manettes, joysticks ; il « secoue » le ventre de la mère aviaire aux limites de l’expulsion.

Quand, l’urgence apparaissant, il communique avec elle sur 121,5 ou 243,00, il l’appelle « Maman », « Marina ».

Ses pères castrateurs font figure d’instructeurs et de gradés : ils l’habituent à vivre à l’étroit dans une cabine étroite. Fait-il alors corps avec le cockpit, l’habitacle ? Oui ou Non ? C’est le syndrome fœtal de non-éjection que ses pairs l’habituent, dans le même entraînement, à contrecarrer : « poignée haute ! Poignée basse ! » pour déclencher les fusées du siège éjectable, briser la verrière et être suspendu dans les airs à « 200 kt, 2000 ft ». Là, on lui attachera une cravate Martin-Baker autour du cou et il sera pendu. Comme banni…

Du bon, du moins bon et du meilleur, par Thomas Besch-Kramer

Ecrit par Thomas Besch-Kramer , le Lundi, 04 Juin 2018. , dans Nouvelles, La Une CED, Ecriture

 

En France, le soldat est subordonné au général, le curé à l’évêque et le fonctionnaire au haut-fonctionnaire : la France est « enrégimentée », disait mon chef-instructeur Lajos Kalman, Sr. Les Musulmans parlent directement à Dieu, à Allah et respectent leurs imams. J’ai rencontré ce jour – jour de la première pierre posée à la construction de la mosquée d’Annecy – Achour avec qui je travaillais il y a dix ans au centre de tri. Nous avons bu le thé et fumé des Marlboro et des Chesterfield. Nous avons parlé des bons moments présents et de mes mauvais moments passés, lointains ou proches. Il m’a dit qu’un frère aide son frère dans la détresse quelle que soit sa maladie, sa condition, sa religion, sa « race ».

Je suis étonné ; je recherchais une compagnie ce matin pour échanger et j’ai revu Achouraprès toutes ses années… Il y a deux jours, mon ancien et premier professeur de latin et lettres classiques en Haute-Savoie m’a reçu et nous avons échangé. Nous avons deviné et dégusté un Muscadet sur lie, nous avons évoqué Lisboa et l’ambassadeur du Japon, aussi son élève latiniste, nous avons parlé fidélité, fraternité et un peu latin :

Dites-moi quelque chose de précieux, par Thomas Besch-Kramer

Ecrit par Thomas Besch-Kramer , le Mercredi, 30 Mai 2018. , dans Nouvelles, La Une CED, Ecriture

 

Ce que je connais de la « fonction » paternelle est presque rien ; personnellement, j’ai juste endormi ma fille toute neuve lorsque sa maman s’épuisait à ne pas la calmer, épuisées toutes deux.

Ce que je retiens des pères en France est la perversité : le père vers le Mal, le pervers-le mâle.

Aux Etats-Unis, j’ai vu des pères bons, la plupart étaient chrétiens, mais aussi musulmans à divers degrés. Comme si le bonheur, la bonne heure d’être un pair avec sa chère et tendre épouse, les rendaient… épanouis. Cela n’empêchait pas les désagréments, les disputes, les « adultères » : des adultes errent.

Les enfants ne s’en portaient que mieux : une maman et un papa heureux font des enfants heureux. Bien sûr, comme les enfants français, les petits étasuniens ont besoin de soin : bras cassé, baisse de moral à l’école, maman célibataire ayant une vie « sociale » dont le fils appelle le maître « papa » et à qui il confie : « j’ai deux papas »… torticolis, angines, bref les bobos sont soignés par des médecins, des kinés, des profs sympas et compétents.

Décrire le temps, par Thomas Besch-Kramer

Ecrit par Thomas Besch-Kramer , le Mardi, 22 Mai 2018. , dans La Une CED, Ecriture

 

Pour ma conscience élastique c’est assez simple : il y a le temps linéaire (masculin), le temps cyclique (féminin) et le temps de l’orange (neutre). Le temps linéaire, c’est celui de la partition musicale ou celui de l’accélération d’un jet : il y a progression vers un meilleur ailleurs. Le temps féminin, celui des saisons et des fruits, celui des règles et des lois, est plus ancien : on révolutionne comme une planète autour de son soleil pour revenir à une date fixée à un autre ailleurs. Le temps de l’orange est celui de ma vie et de ma gourmandise ! J’ai pelé l’orange délicatement et précisément pendant mon enfance, j’ai disjoint les quartiers de l’orange sanguine pendant mon adolescence et j’en ai bu le jus, giclant entre mes dents, sur mes gencives, pendant l’âge adulte. Aujourd’hui, à l’âge de la reconnaissance à La Vie, il me reste dans les doigts une pelure, des filaments blancs et quelques pépins. Je me suis nourri du temps : jus et pulpe de l’orange. Or, je palpe ma vie passée et passéiste ; je constate mon présent enfumé de cigarette ; je ne prévois rien dans l’avenir sauf l’aggravation de ma maladie.