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Décrire le temps, par Thomas Besch-Kramer

Ecrit par Thomas Besch-Kramer , le Mardi, 22 Mai 2018. , dans La Une CED, Ecriture

 

Pour ma conscience élastique c’est assez simple : il y a le temps linéaire (masculin), le temps cyclique (féminin) et le temps de l’orange (neutre). Le temps linéaire, c’est celui de la partition musicale ou celui de l’accélération d’un jet : il y a progression vers un meilleur ailleurs. Le temps féminin, celui des saisons et des fruits, celui des règles et des lois, est plus ancien : on révolutionne comme une planète autour de son soleil pour revenir à une date fixée à un autre ailleurs. Le temps de l’orange est celui de ma vie et de ma gourmandise ! J’ai pelé l’orange délicatement et précisément pendant mon enfance, j’ai disjoint les quartiers de l’orange sanguine pendant mon adolescence et j’en ai bu le jus, giclant entre mes dents, sur mes gencives, pendant l’âge adulte. Aujourd’hui, à l’âge de la reconnaissance à La Vie, il me reste dans les doigts une pelure, des filaments blancs et quelques pépins. Je me suis nourri du temps : jus et pulpe de l’orange. Or, je palpe ma vie passée et passéiste ; je constate mon présent enfumé de cigarette ; je ne prévois rien dans l’avenir sauf l’aggravation de ma maladie.

Gris-Oakland, Eric Miles Williamson

Ecrit par Thomas Besch-Kramer , le Jeudi, 01 Mars 2018. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Roman, Polars, USA, Gallimard

Gris-Oakland, Eric Miles Williamson, trad. Philippe Mikriammos, 303 pages, 22,50 € . Ecrivain(s): Eric Miles Williamson Edition: Gallimard

 

Dans un bar, avec un narguilé et des Angels… sa mère le présente à son oncle de père : « Nous aurions même pu nous croire ailleurs qu’à Oakland » (p.16). T-bird est un « pupil » et ne recherche pas les cours ni son « père », sauf peut-être dans la figure protectrice de Fat Fred. Qui est l’oncle Ray ?

T-bird alterne les sentiments de peur et de violences (ambivalence psy) : « Je pris alors la décision de créer le Club des Ennemis des Filles » (p.25). « Sa » mère – après un violent accident de « trike » sur un accotement défoncé, « elle ne lui manquait pas, il est vrai » (p.41) – l’abandonne régulièrement pour être en compagnie de « toutes les variétés de merde humaine d’Oakland » (p.41).

Il assiste à des scènes pédopornographiques glauques et « je pris mon paquet de Pall Mall sous mon lit » (p.47) quand il ne fuit pas pour appeler Fat Fred à la rescousse.

La légende, Philippe Vasset

Ecrit par Thomas Besch-Kramer , le Mercredi, 14 Septembre 2016. , dans La Une Livres, Les Livres, La rentrée littéraire, Critiques, Roman, Fayard

La légende, août 2016, 18 € . Ecrivain(s): Philippe Vasset Edition: Fayard

 

La Légende de Philippe Vasset est le roman d’un ecclésiastique « défroqué en urgence » qui commence bien : « …mes clients ne peuvent rien connaître de mon indignité. Mais les gardes suisses, eux, savent… » (p.10).

En effet, réapprendre la vie de laïc au Vatican à quarante-cinq ans est toute une affaire : « …j’ai dû apprendre à repasser des chemises et à nettoyer une salle de bain » (p.12). Et de parcourir la cité sainte comme guide ou d’officier à Paris comme consultant auprès des Amis d’Anne de Guigné…

Les rencontres-escapades avec Laure vont lui être salutaires pour quitter le statut virtuel de troisième tome de la sage saga Da Vinci Code-Anges et démons de Dan Brown.

Camper un prêtre-fonctionnaire : « …j’ai été fonctionnaire de la Congrégation pour la cause des saints » (p.11) permet à Philippe Vasset de démonter les rouages de la canonisation, « …petite usine à auréoles… » (p.23).

Je paie, Emmanuel Adely

Ecrit par Thomas Besch-Kramer , le Mercredi, 07 Septembre 2016. , dans La Une Livres, Les Livres, La rentrée littéraire, Critiques, Essais, Inculte

Je paie, août 2016, 800 pages, 23,90 € . Ecrivain(s): Emmanuel Adely Edition: Inculte

 

Dire d’un banquier « c’est un cynique » c’est faire injure à la philosophie des cyniques. Dire d’un banquier « c’est un être froid » c’est faire injure à la météo qui nous offre par temps froid des givres et des flocons. Dire d’un banquier « c’est un Séguéla », voilà mon propos que reprendrait certainement Emmanuel Adely qui cite ledit Jacques : « (…) même un clochard peut économiser 1500 € ».

Le banquier et Jacques sont des personnes riches et nauséabondes ; lire les notes de frais d’Emmanuel Adely et l’exergue d’une information des journaux est un exercice ludique et salvateur. L’auteur montre l’inanité de la richesse et de son système consumériste quand des « news » font la une. Je paie montre le pouvoir des cartes bleues quand un pauvre ne peut même pas laisser quelques centimes de pourboire après son café – seule abordable boisson pour moi, pour nous les pauvres.

C’est un pari osé et non-identifié que de ne pas écrire : simplement rapporter des notes d’achats et des « news ». On le voit aussi, les « news » sont inabordables pour un pauvre : elles sont traitées par les corps gras et riches des journalistes de plateaux TV ou de presse qui confortent les corps gras et riches des millionnaires qui se multiplient.

Petit éloge des fantômes, Nathacha Appanah

Ecrit par Thomas Besch-Kramer , le Jeudi, 01 Septembre 2016. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Folio (Gallimard), Roman

Petit éloge des fantômes, août 2016, 98 pages, 2 € . Ecrivain(s): Nathacha Appanah Edition: Folio (Gallimard)

 

Nathacha Appanah a un rêve aux allures de réussite littéraire. En sept récits courts et agréablement composés (phrases courtes, descriptions des artefacts culturels mauriciens et des traditions indiennes, sans surabondance de la psychologie ambiante), elle mélange les lieux, les familles, les souvenirs, les tranches de vie fictives pour appréhender le cartésien problème de l’inexistence des fantômes, « version à [elle] du vivant, du présent, du palpable, du survivable ? » (p.97).

Alors qu’est-ce qu’un fantôme ? demanderait-on à Nathacha Appanah… Le souvenir au futur antérieur des grands-parents – « Souvent je rêve que le ciel m’offre vingt-quatre heures avec mes grands-parents. Que je suis heureuse ! » (p.19) –, un cyclone, un loup-garou, une âme, un crâne (resté) intact, un visage, l’absence d’André, une voix, une photo, un appendice, la robe bleue de Lili ?

L’auteure y répond page 82 : « […] un fantôme, cette enveloppe vaporeuse qui vient qui effleure qui part ».