Identification

Articles taggés avec: Thomas Besch-Kramer

La légende, Philippe Vasset

Ecrit par Thomas Besch-Kramer , le Mercredi, 14 Septembre 2016. , dans La Une Livres, Les Livres, La rentrée littéraire, Critiques, Roman, Fayard

La légende, août 2016, 18 € . Ecrivain(s): Philippe Vasset Edition: Fayard

 

La Légende de Philippe Vasset est le roman d’un ecclésiastique « défroqué en urgence » qui commence bien : « …mes clients ne peuvent rien connaître de mon indignité. Mais les gardes suisses, eux, savent… » (p.10).

En effet, réapprendre la vie de laïc au Vatican à quarante-cinq ans est toute une affaire : « …j’ai dû apprendre à repasser des chemises et à nettoyer une salle de bain » (p.12). Et de parcourir la cité sainte comme guide ou d’officier à Paris comme consultant auprès des Amis d’Anne de Guigné…

Les rencontres-escapades avec Laure vont lui être salutaires pour quitter le statut virtuel de troisième tome de la sage saga Da Vinci Code-Anges et démons de Dan Brown.

Camper un prêtre-fonctionnaire : « …j’ai été fonctionnaire de la Congrégation pour la cause des saints » (p.11) permet à Philippe Vasset de démonter les rouages de la canonisation, « …petite usine à auréoles… » (p.23).

Je paie, Emmanuel Adely

Ecrit par Thomas Besch-Kramer , le Mercredi, 07 Septembre 2016. , dans La Une Livres, Les Livres, La rentrée littéraire, Critiques, Essais, Inculte

Je paie, août 2016, 800 pages, 23,90 € . Ecrivain(s): Emmanuel Adely Edition: Inculte

 

Dire d’un banquier « c’est un cynique » c’est faire injure à la philosophie des cyniques. Dire d’un banquier « c’est un être froid » c’est faire injure à la météo qui nous offre par temps froid des givres et des flocons. Dire d’un banquier « c’est un Séguéla », voilà mon propos que reprendrait certainement Emmanuel Adely qui cite ledit Jacques : « (…) même un clochard peut économiser 1500 € ».

Le banquier et Jacques sont des personnes riches et nauséabondes ; lire les notes de frais d’Emmanuel Adely et l’exergue d’une information des journaux est un exercice ludique et salvateur. L’auteur montre l’inanité de la richesse et de son système consumériste quand des « news » font la une. Je paie montre le pouvoir des cartes bleues quand un pauvre ne peut même pas laisser quelques centimes de pourboire après son café – seule abordable boisson pour moi, pour nous les pauvres.

C’est un pari osé et non-identifié que de ne pas écrire : simplement rapporter des notes d’achats et des « news ». On le voit aussi, les « news » sont inabordables pour un pauvre : elles sont traitées par les corps gras et riches des journalistes de plateaux TV ou de presse qui confortent les corps gras et riches des millionnaires qui se multiplient.

Petit éloge des fantômes, Nathacha Appanah

Ecrit par Thomas Besch-Kramer , le Jeudi, 01 Septembre 2016. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Folio (Gallimard), Roman

Petit éloge des fantômes, août 2016, 98 pages, 2 € . Ecrivain(s): Nathacha Appanah Edition: Folio (Gallimard)

 

Nathacha Appanah a un rêve aux allures de réussite littéraire. En sept récits courts et agréablement composés (phrases courtes, descriptions des artefacts culturels mauriciens et des traditions indiennes, sans surabondance de la psychologie ambiante), elle mélange les lieux, les familles, les souvenirs, les tranches de vie fictives pour appréhender le cartésien problème de l’inexistence des fantômes, « version à [elle] du vivant, du présent, du palpable, du survivable ? » (p.97).

Alors qu’est-ce qu’un fantôme ? demanderait-on à Nathacha Appanah… Le souvenir au futur antérieur des grands-parents – « Souvent je rêve que le ciel m’offre vingt-quatre heures avec mes grands-parents. Que je suis heureuse ! » (p.19) –, un cyclone, un loup-garou, une âme, un crâne (resté) intact, un visage, l’absence d’André, une voix, une photo, un appendice, la robe bleue de Lili ?

L’auteure y répond page 82 : « […] un fantôme, cette enveloppe vaporeuse qui vient qui effleure qui part ».

Féminine, Emilie Guillaumin

Ecrit par Thomas Besch-Kramer , le Lundi, 29 Août 2016. , dans La Une Livres, Les Livres, La rentrée littéraire, Critiques, Roman, Fayard

Féminine, août 2016, 396 pages, 20 € . Ecrivain(s): Emilie Guillaumin Edition: Fayard

 

Encore une narration distraite ! Que faire du « je », pour les latinistes non-lacaniens : simple « ego » – quand un roman témoigne, narre, récite une expérience faite homme et femme et chair et verbe dans les forces armées rustiques ?

Le forme première de la rusticité, c’est la terre, c’est l’humus, c’est l’humilité. Et c’est bien ce dont il s’agit quand Emma Linarès rapporte ce souvenir de préparation toute militaire : « Alors nous, comme à l’école les gamins imitent leurs professeurs pendant la récréation, on essayait frénétiquement de s’approprier leurs expressions » (p34).

Exprimer chez un militaire, c’est – attention ! – être trop sensible, d’où possibilité d’échec aux tests psychotechniques et classement (diagnostic psychologique) sur la ligne P1-P2-P3-P4… Nous en savons quelque chose, nous qui sommes passé(e)s sous ces fourches caudines, tout comme Emma/Emilie.

Exprimer chez un militaire, c’est ne pas dire ou le dire, le réserver à des militaires en des termes militaires : « Faut le vivre », « c’est nerveux » (ibid).

Ensemble séparés, Dermot Bolger

Ecrit par Thomas Besch-Kramer , le Samedi, 20 Août 2016. , dans La Une Livres, Les Livres, La rentrée littéraire, Critiques, Joelle Losfeld, Iles britanniques, Roman

Ensemble séparés, août 2016, trad. Marie-Hélène Dumas, 367 pages, 24,50 € . Ecrivain(s): Dermot Bolger Edition: Joelle Losfeld

 

Alice – ou la psychologie de Dermot Bolger – soit le parti-pris d’Alice (chapitres introductifs, chapitres III, XIV, XIX, XXI, XXIII et XXIX).

Alice, ce peut être Lewis Caroll ; Alice, ce peut être Woody Allen. Ici, après des descriptions flaubertiennes fouillées de « mansions » victoriennes et édouardiennes dublinoises, Dermot Bolger plante la première Alice comme une femme de quarante-huit ans qui « comprend(re) que toute sa vie elle a(vait) été trop innocente, candide, confiante » (p.27).

Les enchères immobilières dépréciées de son mari, sa maladie, son éducation aussi mènent le lecteur à un constat triste et lucide : « Cependant lorsque dans un couple la confiance s’effrite, elle ne revient jamais » (p.28).

Devant les mensonges éhontés de Chris, elle « éprouve une souffrance aussi vive qu’une seule fois auparavant, lorsque son premier petit ami l’a(vait) laissée tomber quelques jours après qu’elle avait renoncé à sa virginité » (p.26).