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Articles taggés avec: Thierry Radière

Quand bien même, Isabelle Bonat-Luciani

Ecrit par Thierry Radière , le Mercredi, 08 Juin 2016. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Poésie, Carnets du dessert de lune

Quand bien même, mai 2016, 75 pages, 12 € . Ecrivain(s): Isabelle Bonat-Luciani Edition: Carnets du dessert de lune

 

Quand bien même est le premier recueil que publie Isabelle Bonat-Luciani. Il s’agit d’un ensemble de poèmes narratifs et incarnés dont la particularité est de combiner vers libres et prose poétique. Tout commence par la découverte d’un carnet, qu’on peut imaginer comme étant l’élément déclencheur de cette écriture frénétique :

« Ce carnet est là.

Il ne sert à rien je n’ose pas le toucher

Il est là

Il est là à ne servir à rien

Il est là au cas où ».

Contrairement à ce que pense la narratrice, ce carnet va lui servir à mettre noir sur blanc ce qu’elle n’est jamais parvenue à dire jusqu’à maintenant. Elle choisit la poésie comme mode d’expression. Cela lui permet de jouer avec ses sens, les mots, les images, les souvenirs et les désirs sans aucune retenue :

Lame de fond, Marlène Tissot

Ecrit par Thierry Radière , le Vendredi, 01 Avril 2016. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Récits, Poésie

Lame de fond, éd. La Boucherie littéraire, mars 2016, 71 pages, 12 € . Ecrivain(s): Marlène Tissot

 

Lame de fond est un récit poétique composé de textes courts. Cette forme laisse ainsi la part belle – dans la section inférieure de chaque page – à des blancs plus ou moins importants, en fonction de la longueur de chacun des textes. C’est une manière esthétique de traduire l’absence physique et le vide qu’il laisse. Car il s’agit essentiellement ici d’un récit sur la disparition d’un vieil homme lié à la mer, mort subitement, d’après la narratrice. Elle y était très attachée et son décès est un prétexte littéraire à un hommage qu’elle lui rend mais aussi un moyen pour elle de savoir qui elle est au fond :

« Partir à ta recherche ou peut-être à la mienne ».

Afin de parvenir à ses fins, la narratrice s’impose une contrainte d’écriture. Elle est obnubilée par la justesse et l’exactitude de son expression. Certainement par souci de fidélité à ce vieillard décédé à « cinq heures trente du matin » dans une chambre d’hôpital :

« Je voudrais t’écrire mieux et ne surtout pas faire de toi un mythe… »

Les oiseaux libres et heureux, Angélique Corman

Ecrit par Thierry Radière , le Mardi, 12 Mai 2015. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Roman, Jacques Flament Editions

Les oiseaux libres et heureux, avril 2015, 184 pages, 15 € . Ecrivain(s): Angélique Corman Edition: Jacques Flament Editions

 

Les oiseaux libres et heureux est un journal intime écrit par une femme de vingt-sept ans dans sa cellule de Fleury-Mérogis. Elle y est incarcérée pour avoir tué un homme dans un train de banlieue. En attendant son procès, elle passe ses journées à tenir son journal – dont la première page est écrite le 11 juillet 2011 et la dernière le 23 octobre 2011, deux semaines avant son jugement. Elle y note ses pensées, sa vie au quotidien avec sa colocataire Christinefemme de trente-cinq ans incarcérée pour avoir massacré à coups de marteau son mari pédophile pendant qu’il dormait. Celui-ci venait de lui avouer ses viols quotidiens sur leur petite fille Agathe.

Dans ce journal, la condition humaine, et notamment celle des femmes, mais aussi les thèmes de l’amour, la liberté, l’ennui, les hommes, les enfants, la maternité sont abordés avec une violente lucidité. Le moindre détail observé est prétexte à de délicieux développements :

(…) j’inspecte la surface de ma peu. J’ai découvert avec découragement que mes pieds sèchent. J’ai été, jadis (…) satisfaite de mon dégoût provoqué par l’observation des vieux pieds craquelés, fendillés par le manque d’hydratation et l’usure, tout durcis, comme si une sorte de limon d’épiderme mort s’était agglomérée en arc de cercle sur les talons fatigués.

Elek Bacsik, un homme dans la nuit, Balval Ekel

Ecrit par Thierry Radière , le Samedi, 31 Janvier 2015. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Roman, Jacques Flament Editions

Elek Bacsik, un homme dans la nuit, janvier 2015, 196 pages, 15 € . Ecrivain(s): Balval Ekel Edition: Jacques Flament Editions

Elek Bacsik, un homme dans la nuit, de Balval Ekel, est un livre d’amour – au sens large du terme – qu’une fille dédie à son père décédé il y a vingt-deux ans mais qu’elle n’a malheureusement pas connu, à cause d’un secret de famille révélé à l’âge de quarante-quatre ans.

Tout commence par le récit d’un cauchemar que la narratrice a longtemps fait jusqu’à ses quarante ans et se poursuit par un rêve. Mais celui que raconte Balval Ekel est particulier : il est en proie à un besoin vital de vérité.

« Ecrire ce livre est une façon de m’autoriser à vivre ma propre histoire ».

Il lui faut reconstituer, année après année, le parcours intégral de son père, Elek Bacsik, dont sa mère lui a égoïstement caché la paternité. Et pour y parvenir, l’auteure se lance dans une enquête minutieuse – réussie à plus d’un titre, comme le ferait un inspecteur dans un roman policier – sur la vie totalement romanesque que ce célèbre musicien de jazz (tsigane) hongrois mena pendant plus de soixante ans. Le résultat de son travail est surprenant : il est à la fois poignant, intime et intelligent. Ekel, qui ne savait absolument rien de Bacsik, parvient par la force évocatrice de son écriture et l’intensité de son amour soudain pour lui à ressusciter la mémoire de son père – trop tôt disparu. Un réel exploit littéraire.