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Articles taggés avec: Sylvie Ferrando

Rendre justice aux enfants, Jean-Pierre Rosenczveig

Ecrit par Sylvie Ferrando , le Mardi, 10 Juillet 2018. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Récits, Essais, Seuil

Rendre justice aux enfants, mai 2018, 272 pages, 20 € . Ecrivain(s): Jean-Pierre Rosenczveig Edition: Seuil

 

Jean-Pierre Rosenczveig, qui a exercé sa fonction de juge des enfants d’abord au tribunal de Versailles, puis a présidé le tribunal pour enfants de Bobigny pendant 22 ans, est un homme et un professionnel engagé qui, prenant parti pour une visée humaine et sociale de la famille et de la société, défend quelques enjeux essentiels de son métier.

Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’Intérieur, l’a, en 2005, jugé « laxiste », héraut d’un certain « angélisme de gauche » ? Il s’en défend, se revendiquant « le plus dur des juges » du tribunal de Bobigny, tout en prenant parti pour la cause des enfants et des adolescents et en faveur des avancées éducatives, sociales et judiciaires qui sont liées aux situations individuelles hautement problématiques auxquelles il se trouve confronté. En effet, Jean-Pierre Rosenczveig est depuis le début de sa carrière membre actif du Syndicat de la magistrature, dont l’une des caractéristiques est de rechercher des solutions innovantes et adaptées à chaque cas, dans la limite de la légalité bien entendu. En outre, il a dirigé dans les années 1980-90 l’Institut de l’Enfance et de la Famille (IDEF) –qu’il a contribué à créer lors de son passage au cabinet de Georgina Dufoix –, organisme chargé de recueillir des données scientifiques dans le champ de l’enfance et de la famille.

A l’aube, Philippe Djian

Ecrit par Sylvie Ferrando , le Lundi, 25 Juin 2018. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Roman, Gallimard

A l’aube, avril 2018, 192 pages, 19 € . Ecrivain(s): Philippe Djian Edition: Gallimard

 

Philippe Djian aime les vastes espaces ruraux ou urbains, dans lesquels il place des personnages pulsionnels et torturés et des intrigues sulfureuses.

Dans ce roman, la scène se passe autour de la très Old-England, East-Coastville de Boston, dans la campagne de l’état du Massachussetts, mais en fait d’Amérique il s’agirait bien plutôt d’une France sudiste, brute et profonde, à l’image de celle de 37°2 le matin, ou encore d’une lointaine inspiration du fabuleux roman Le Bruit et la Fureur de William Faulkner. Ainsi, les prénoms des personnages, tous américanisés sauf celui de Sylvie, la femme du shérif, et l’omniprésence de Marlon, qui, comme le Benjy de Faulkner, souffre de maladie mentale, tissent un entrelacs de références torrides que le désert froid et enneigé des dernières pages ne suffit pas à oblitérer.

Surtout, ce que l’on retrouve dans les romans de Djian, ce qui fait sa force, son charme et qui forge sa prose narrative, ce sont les dialogues, mi-intérieurs mi-extériorisés, à peine signalés par un retour à la ligne, sans ponctuation, sans marque énonciative distincte, souvent sans incise. Des phrases hâchées qui sont le propre de personnages sous tension.

Roman noir, Agnès Michaux

Ecrit par Sylvie Ferrando , le Vendredi, 04 Mai 2018. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Joelle Losfeld, Roman

Roman noir, avril 2018, 236 pages, 18,50 € . Ecrivain(s): Agnès Michaux Edition: Joelle Losfeld

 

Le roman d’Agnès Michaux est à la fois un roman du voyage, du dépaysement, de l’ailleurs, et un roman sur l’identité, son usurpation et les mensonges et faux-semblants que cela provoque. Que faire quand on se fait prendre à son propre piège d’avoir usurpé l’identité d’une célèbre romancière, alors qu’on n’en est qu’à l’écriture de son deuxième roman ? Qui est cette Célia Black, romancière à succès habitant l’île de Pondara, où se rend Alice Weiss pour un séjour qu’elle espère inspirant pour la rédaction de son nouveau manuscrit ? Un peu par jeu au début, et pour échapper aux marques d’intérêt insistantes d’un passager du même avion, la Blanche Alice prendra peu à peu la place de la Noire Célia, les yeux cachés derrière des lunettes de soleil aux verres noirs ou rouges parce qu’elle souffre d’achromatopsie. Avec tous les dangers que cela comporte.

Drôle d’univers que celui de la villa L’Acheloos tenue par Baby et Erythie, qui accueille Alice, et du Grand Hôtel des Cinq-Mondes, où Amour et Princess logent. Une typologie de l’espace divise l’île en Terramar, la zone de transit populaire, et Pondara, la zone touristique de luxe. Agnès Michaux aime les mots des descriptions imagées :

Et vous avez eu beau temps ?, Philippe Delerm

Ecrit par Sylvie Ferrando , le Mardi, 27 Mars 2018. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Essais, Seuil

Et vous avez eu beau temps ?, janvier 2018, 176 pages, 15 € . Ecrivain(s): Philippe Delerm Edition: Seuil

 

A l’instar de La Bruyère et de ses Caractères, Philippe Delerm se livre ici à une critique fine et ironique des « petites phrases », ordinaires et perfides, qui émaillent nos conversations et fonctionnent comme des marqueurs de discours, entre intimité et vie sociale. Plus de soixante phrases sont ainsi analysées, parmi lesquelles le lecteur trouvera nécessairement quelques échos de ses propres habitudes de discours, ou des paroles régulièrement entendues dans l’espace social, qu’elles lui aient été ou non adressées.

Moraliste, linguiste, sociologue, ethnologue, entomologiste du langage, de la cognition et des interactions sociales, tel est Delerm dans ce nouvel opus où il décortique les travers et hypocrisies de la conversation.

Vie de David Hockney, Catherine Cusset

Ecrit par Sylvie Ferrando , le Vendredi, 23 Mars 2018. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Arts, Biographie, Gallimard

Vie de David Hockney, janvier 2018, 192 pages, 18,50 € . Ecrivain(s): Catherine Cusset Edition: Gallimard

 

« Peins ce qui compte pour toi », telle est la devise de David Hockney depuis que son ami du Collège royal Ron Kitay lui a donné cet excellent conseil, l’amenant à puiser son inspiration dans ses ressources intérieures au moins autant que dans le monde qui l’entoure. Ce qui caractérise David Hockney, c’est cette gourmandise, cet appétit de la vie qui l’étreint, cette curiosité, cette envie irrépressible de connaître et d’expérimenter. Au fond de lui bouillonne un tempérament passionné et rebelle qui le pousse à s’éloigner des sentiers battus, mais pas au point de refuser les témoignages de confiance, d’amour et de reconnaissance.

Expositions et rétrospectives s’enchaînent alors qu’il n’a pas atteint la quarantaine. Chance, hasard, heureux concours de circonstances, mais aussi travail acharné, énergie et puissance ? La carrière de David Hockney est semée de réussites : c’est le parti-pris de romancière de Catherine Cusset, qui rédige un éloge de l’artiste, en même temps qu’un roman historique contemporain, inspiré et nourri de ses nombreuses lectures et de visionnages de films, un roman dont elle réinvente les passages lacunaires et névralgiques, donne vie aux dialogues, décrit des scènes.