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Articles taggés avec: Sanda Voïca

Bétonnière ivre, Károly Fellinger

Ecrit par Sanda Voïca , le Mercredi, 27 Janvier 2016. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Pays de l'Est, Poésie, Editions du Cygne

Bétonnière ivre, novembre 2015, traduction du hongrois et préface de Károly Sándor Pallai, 104 pages, 14 € . Ecrivain(s): Károly Fellinger Edition: Editions du Cygne

 

Une poésie de la communication

Le traducteur, Károly Sándor Pallai, dans sa préface, fait une vraie étude de cette poésie, soulignant dès le début que « Comme toute poésie de qualité, l’œuvre de Károly Fellinger relève aussi d’univers multiples, d’axes interprétatifs pluriels ». Etude très pénétrante, les traits de la poésie de Károly Fellinger apparaissant au traducteur sont surtout « la portée métaphysique et philosophico-théologique », « sa quête intense qui le mène au-delà de la perception, des frontières cognitives, des connaissances ». Et surtout : « Dans ce recueil, le monde semble évoluer dans un vague précaire, dans l’incertitude et le suspens. Les profondeurs, les étendues poétiques et la dimension de l’abstraction philosophique de la présence et de la nature de Dieu sont jalonnées par la banalité de l’ordinaire et du quotidien […] ». Mais aussi « Fellinger sonde, explore, explicite et nuance merveilleusement les dimensions inhérentes à l’évident et au banal, il nous offre une cartographie de l’existence dans son intégralité, y compris l’univers mental et spirituel ». Et je fais des efforts pour ne pas citer d’autres phrases de cette préface, si compréhensive – pour laisser aussi sa découverte au lecteur.

Et comme l’interprétation reste libre, voilà aussi la nôtre.

Rappelez-vous cela, rappelez-vous bien tout, Radovan Ivsic

Ecrit par Sanda Voïca , le Vendredi, 23 Octobre 2015. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Récits, Biographie, Pays de l'Est, Gallimard

Rappelez-vous cela, rappelez-vous bien tout, mai 2015, 116 pages, 16,90 € . Ecrivain(s): Radovan Ivsic Edition: Gallimard

 

Radovan Ivsic a chevauché les pays et les époques, mais surtout il a cravaché les temps et le Temps par ses écrits et rencontres.

Nous recevons ce livre, malgré l’impression de calme de son écriture, en plein figure, car il dévoile quelques pentes, plutôt des crevasses, de son existence exemplaire. La vie d’un solitaire, d’un rebelle avec cause, d’un réfugié permanent. D’un écrivain qui n’accepte aucune censure, soumission, compromission.

Crevasses cachées – dans leur ombre se trouvent comme des dernières taches de neige, qu’aucun rayon de soleil n’arrive à faire fondre. Des pans de sa vie, donc, qui, malgré ce livre-aveu, n’arrivent pas à être complètement éclairés. Le mystère d’un être exceptionnel et de ses rencontres providentielles reste presque entier : « Quelle boussole secrète détermine le parcours ? » est la première phrase même du livre.

Il y a des journalistes partout, Marc Dachy

Ecrit par Sanda Voïca , le Vendredi, 28 Août 2015. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Essais, Gallimard

Il y a des journalistes partout, De quelques coupures de presse relatives à Tristan Tzara et André Breton, avril 2015, 192 pages, 18 € . Ecrivain(s): Marc Dachy Edition: Gallimard

Du (très) haut de ses connaissances et spécialisations, notamment sur les mouvements Dada et Surréalisme, mais pas seulement, Marc Dachy annonce d’emblée : « A partir de coupures de presse prélevées par les époux Arribey entre 1951 et 1986 environ, aimablement communiquées par la revue Histoires littéraires, et nombre d’autres sources (Fondation Arp, Bibliothèque littéraire Jacques Doucet), nous nous livrons ici à leur analyse sans prétendre à aucun caractère exhaustif ou scientifique à seule fin d’évoquer des moments des vies de Tristan Tzara et André Breton ». Dire aussi que le choix des coupures fait par ce couple n’est pas exhaustif.

Les sources de ces coupures : « […] articles des Lettres françaises, de L’Humanité, de la revue Europe, quelques-unes du Monde, du Figaro, et du Magazine littéraire […] ».

Mais l’auteur ne se contentera pas de cette dite évocation. Le livre s’avère être seulement le noyau d’un livre, je dirais virtuel, car il dépasse les pages mêmes du volume, en se prolongeant pas seulement dans les notes de fin de livre, mais aussi dans les autres textes et livres de l’auteur, comme dans ceux de beaucoup d’autres auteurs sur le sujet, et même dans un livre à venir, toujours de Marc Dachy, annoncé dans une note de fin :

Chut (le monstre dort), Estelle Fenzy

Ecrit par Sanda Voïca , le Mardi, 26 Mai 2015. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Poésie

Chut (le monstre dort), éd. La Part commune, avril 2015, 64 pages, 10 € . Ecrivain(s): Estelle Fenzy

 

« Les choses sont une façade, une croûte. Dieu seul est. Mais dans les livres, il y a quelque chose de divin. Le monde est mystère, les choses évidentes sont mystère, les pierres et les végétaux. Mais dans les livres peut-être y a-t-il une explication, une clef ».

Henri Michaux, Portrait de A.

Et l’exorcisme fut ! Car c’est un exorcisme à rebours – ou continu, ou gratuit (comme tout art), ou inédit, que ce premier recueil d’Estelle Fenzy. Exorciser ? Mais quoi, quel mal ? Le très mal, la mort. Et la poète ne se ferme pas, devant elle, pour se défendre, mais au contraire : en s’ouvrant le plus possible, elle réussit comme un tour de passe-passe : le mal ne peut plus… entrer, s’installer. Son existence devient presque illusion. Endormie, hypnotisée la mort, par la force des forces, celle des mots ? La force et le courage de la regarder en face, de l’accepter. La mort est là sans être là ! L’ouverture – de la Parole ! – est si grande, qu’il n’y a plus d’entrée. La force de la mort est annihilée. La bête est vaincue par sa simple acceptation et s’effiloche au fur et à mesure de l’écriture, sans que cela coïncide avec l’indifférence, ou l’impuissance. On tue ce qui nous tue. Légitime défense ?