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Articles taggés avec: Sanda Voïca

Maison. Poésies domestiques, Emanuel Campo

Ecrit par Sanda Voïca , le Mercredi, 13 Juin 2018. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Poésie

Maison. Poésies domestiques, Emanuel Campo, éditions La Boucherie littéraire, coll. Sur le billot, réédition revue & augmentée, 2016, 68 pages, 12 €

 

« Rester sur le seuil sans besoin d’habiter

car seule est maison celle d’enfance

et de ces chants qui sont seuls les vrais »

France Burghelle Rey, Après la foudre

 

Poésies domestiques. Oui – qui tournent autour de la maison. Domptées ? Nous les avons perçues surtout comme des poésies… sauvages. Pas du tout sages et douces : prêtes à nous sauter au visage, au cou. S’attaquer à nous doucement, malgré tout, pour nous faire voir, penser, rire. Nous émoustiller.

kaspar de pierre, Laure Gauthier, par Sanda Voïca

Ecrit par Sanda Voïca , le Lundi, 26 Février 2018. , dans La Une CED, Les Chroniques

kaspar de pierre, Laure Gauthier, La lettre volée, 2017, 50 pages, 14 €

 

Dès le titre on lit ce livre avec ce qu’on sait ou on ne sait pas de Kaspar Hauser. L’histoire a été prise et reprise, des versions innombrables d’un enfant trouvé, maltraité existent.

Une variation, alors, ce kaspar de pierre, sur l’existence de celui dont la vie nous restera à jamais une énigme, sans doute. Mais aussi une version des faits (actes, pensées, rêves) qui voudrait dynamiter toutes les autres et imposer la vérité non pas en soi, mais la vérité du narrateur, voire de la poète Laure Gauthier.

L’impuissance et sa puissance de dire, simultanées, de kaspar de pierre, sont là dès le début. L’existence de l’enfant et l’écriture de ce livre se confondent, à travers les époques.

Livre difficile à lire, une tunique de Nessus qui s’empare de nous. Impossible histoire de cet enfant, de sa marche et de ses efforts de se faire entendre et comprendre par ceux qui n’ont aucune disposition, ou temps, ou oreille, ou des yeux pour cela.

Dieu est à l’arrêt du tram, Emmanuel Moses, par Sanda Voïca

Ecrit par Sanda Voïca , le Mardi, 06 Février 2018. , dans La Une CED, Les Chroniques

Dieu est à l’arrêt du tram, Emmanuel Moses, Gallimard, novembre 2017, 116 pages, 15 €

 

« Il existe des mondes, vous n’avez pas idée », l’exergue du poète turc Orhan Veli (1914-1950) annonce l’esprit du livre : l’émerveillement devant l’existence. Il annonce aussi sa structure : plusieurs mondes s’ouvriraient à nous, et chacune des trois parties du recueil en est un.

Au bord du fleuve, la première partie, aurait pu aussi être intitulée « Au seuil d’un autre monde », car notre réel quotidien, cette vie-ci n’est qu’un seuil. Dans ce long chant, le poète est une sorte de roi-mage, un initié aux choses sacrées, celles de l’Orient, du zoroastrisme, entre beaucoup d’autres.

Qu’est-ce qu’on maîtrise quand on vit, quand on lit, quand on écrit ?

Poème-fleuve, aux inflexions de récitatif, qui devient une métaphore étendue de l’écriture même. Car la démarche d’Emmanuel Moses, ici comme ailleurs, n’est jamais stricte, étroite, réductrice. Surtout que, selon une sorte de principe récurrent dans ses livres, la mémoire et la fiction sont emmêlées jusqu’à faire une troisième réalité : son texte n’est ni réel, ni irréel.

Nicolas Bouvier, passeur pour notre temps, Nadine Laporte

Ecrit par Sanda Voïca , le Vendredi, 03 Juin 2016. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Biographie, Essais

Nicolas Bouvier, passeur pour notre temps, Le Passeur, avril 2016, 240 pages, 18 € . Ecrivain(s): Nadine Laporte

 

Nicolas Bouvier, étonnant passeur de poésie

Pourquoi l’engouement et le succès des livres de Nicolas Bouvier ? Peut-être parce qu’ils « donnent à voir et à penser ce que nous sommes exactement, dans ce monde quelquefois traversé avec inconséquence », écrit Nadine Laporte dès l’Introduction.

« C’est le troisième présent que nous offre Nicolas Bouvier : une certaine façon de vivre le monde et le temps. Il ne s’agit pas de s’adapter à un lent cheminement continu qui deviendrait corrosif. Il s’agit de savoir profiter de cette flânerie qu’offrent le voyage et la vie, pour se rendre plus disponible aux fulgurances ».

Passeur, donc, de SON TEMPS pour notre temps ! Pour qu’il devienne NOTRE TEMPS aussi, ce « troisième présent ».

A propos de "Lettres sur la littérature", Walter Benjamin, par Sanda Voïca

Ecrit par Sanda Voïca , le Samedi, 30 Avril 2016. , dans La Une CED, Les Dossiers, Etudes

Lettres sur la littérature, Walter Benjamin, Editions Zoé, mars 2016, édition établie et préfacée par Muriel Pic, trad. allemand avec Lukas Bärfuss, 2016, 160 pages, 15 €

Il s’agit d’une première éditoriale : sept lettres de Walter Benjamin, adressées au philosophe Max Horkheimer, entre 1937-1940, réunies dans un volume. Ce ne sont pas, pour la plupart, des lettres inédites, car publiées soit dans les œuvres complètes, en allemand et en français, soit dans des volumes de correspondance incluant une partie d’entre elles, etc.

Et d’autres lettres ont été échangées entre temps, entre les deux écrivains, les allusions dans les lettres ci-publiées étant nombreuses.

Mais cela n’enlève rien à l’originalité et à l’intérêt de ce recueil, au contraire : Walter Benjamin ne sera jamais assez lu et étudié, sa pensée et son écriture, réputées fragmentaires, restent toujours énigmatiques et intéressantes, pour ne pas dire fondamentales pour la pensée contemporaine dans de nombreux domaines. La moindre phrase écrite par Walter Benjamin constitue cette nourriture dont il parle lui-même, la citation étant même mise sur le rabat de la première de couverture : « La conscience morale affaiblie de l’humanité a surtout besoin de nourriture – et non de remède ». Cette phrase provient de la sixième de ces lettres et a été écrite après la lecture d’un texte d’Adrienne Monnier, « A propos de l’antisémitisme ».