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Articles taggés avec: Robert Notenboom

De l’idéogramme à l’écriture. Du figuratif à l’abstrait

, le Mardi, 18 Février 2014. , dans La Une CED, Les Chroniques

 

A l’origine de l’humanité, la poésie – dit-on – se confondait avec la musique. Le dessin et l’écriture étaient un seul et même moyen d’expression. On commença par  représenter  les  chiffres, les premiers d’entre eux étant des bâtons, chacun représentant une unité. Nos lettres, quant à elles, étaient des dessins stylisés représentant la personne, l’animal, la chose dont on voulait parler. Ils devinrent des idéogrammes, parfois utilisés pour représenter les sonorités correspondant aux mots qui désignaient l’animal ou l’objet dont il était question. Puis, assemblés pour leur seule valeur phonétique, les idéogrammes devinrent peu à peu nos lettres, quittant la figuration pour l’abstraction, d’autant qu’il avait fallu ajouter aux signes utilisés pour leur valeur phonétique, d’autres destinés à préciser les genres ou les fonctions grammaticales.
Certains opposent les cultures, en Orient, le dessin serait plutôt issu de la calligraphie ; en Occident, le dessin aurait conservé son but premier de représenter le plus fidèlement possible la réalité des choses.
C’est là oublier que toutes nos écritures, même alphabétiques ou syllabiques, sont filles d’idéogrammes, dessins stylisés d’objets, d’animaux, de nombres. Ce qui est vrai, c’est que les caractères asiatiques étant tracés au pinceau ont pu évoluer plus facilement et rapidement de l’écriture au dessin.

Rythme et cadence, en musique et en poésie

, le Mercredi, 14 Novembre 2012. , dans La Une CED, Les Dossiers, Etudes

 

On dit souvent que la poésie d’aujourd’hui est écrite en « vers libres ». Quelle expression trompeuse ! On pourrait penser que les poètes, trouvant trop contraignantes les règles de la poésie classique, ont voulu s’en affranchir, cédant à la mode de l’époque qui refuse pénibilité et discipline.

Ce n’est pas totalement faux. L’irruption vers la fin du 19ème et tout au cours du vingtième siècle de poésies étrangères traduites dans notre langue, a accrédité l’idée qu’une poésie pouvait être intéressante, voire belle, indépendamment de tout respect de règles rythmiques. Je pense notamment aux traductions de Khalil Gibran, de Walt Whitman ou de Pablo Neruda.

A cela s’est ajouté que bien des poètes, influencés par la psychanalyse alors toute neuve, ne voulurent plus retoucher ce qui leur venait, pensaient-ils, du saint des saints de leurs profondeurs inavouées et retravailler leurs textes pour parvenir à la Beauté. Mais la notion de beauté à cette époque était considérée comme tout à fait ringarde. Du coup, on abandonna tout naturellement le vers classique pour le vers libre.

Comment lire la poésie ? Son Tempo

, le Vendredi, 15 Juin 2012. , dans La Une CED, Les Dossiers, Etudes

Il existe plusieurs façons de lire la poésie. Si certains le font à un rythme proche de la vitesse à laquelle ils parlent dans la vie courante, d’autres préfèrent isoler les mots, les mettre en valeur, les scander. Qu’en devons-nous conclure ?

Aristote pensait que le « tempo » poétique devait correspondre à notre rythme cardiaque. À chaque battement de notre cœur devait tomber l’accent tonique, précédé le plus souvent de deux syllabes inaccentuées (iambes) ou de trois (anapestes). Pour un rythme cardiaque de 60 pulsations, cela faisait donc une moyenne de 150 syllabes à la minute. Ce qui veut dire, les mots grecs étant en moyenne de deux syllabes, un tempo moyen de 75 mots à la minute. Si le rythme cardiaque passe de 60 à 70, le tempo devient  d’environ 80 mots à la minute, ce qui peut encore nous paraître un peu lent. Mais il faut tenir compte de ce qu’à l’époque, la poésie était déclamée, presque chantée.

Des études plus récentes établissent que nous disons 150 mots à la minute dans notre langage usuel (200, les présentateurs de la télévision !). Ce chiffre tombe à 100 ou 125 pour un scientifique qui nous fait un exposé. Un prédicateur, lui, aura un tempo de 90 mots à la minute. Nous ne sommes plus très loin du tempo d’Aristote et pouvons donc conclure qu’il est habituel et traditionnel de lire ou dire la poésie plus lentement que nous ne parlons d’ordinaire. Bien évidemment, nous lirons plus rapidement une tirade de Victor Hugo qu’une poésie méditative de Paul Valéry pour laquelle nous retrouverons – presque – le tempo d’Aristote.

Poésie et instantanéité

, le Lundi, 16 Avril 2012. , dans La Une CED, Les Chroniques


La piqûre d'une épine, d'un frelon, la caresse imprévue et soudaine, la choc au coeur à revoir au hasard d'un concert l'être aimé, perdu de vue depuis tant d'années, l'émerveillement devant un cerisier en fleurs, autant d'ondes électriques qui se faufilent dans tout le corps jusqu'au cerveau.


Notre esprit les perçoit, ces sensations, ces émotions, plus encore, il les comprend à faire corps avec elles. Vite, vite ! C'est tout de suite qu'il faut jeter sur le papier les mots qui nous viennent.


Un peu plus tard, notre esprit prendrait de la distance, décrirait ce qu'il aurait perçu et évacué de soi, prendrait donc du recul, l'expliquerait, raisonnerait, ratiocinerait, le transformerait et censurerait ce qui lui aurait paru obscur, dénué de sens, privant la poésie, peut-être, de l'essentiel.

Une prose alexandrine

, le Jeudi, 01 Mars 2012. , dans La Une CED, Les Chroniques

Eh bien, chante toi-même et dicte à la nature,

A la terre, aux taureaux, aux roches, à la mer ;

Donne des lois à l’onde et des formes aux fleurs !


Qu’ils sont beaux, ces alexandrins ! On pourrait les croire de Paul Valéry, s’ils étaient rimés, les règles de la prosodie classique étant par ailleurs respectées……mais ils sont bien de Paul Valéry, puisque je les ai extraits de son « Dialogue de l’Arbre » où il les avait, parmi tant d’autres, savamment dissimulés dans la présentation typographique de la prose.

 

On cherche le destin au sens de la raison.

Le reste est mieux caché aux coins de la maison

Et dans les replis de la tête, de la bouche qui souriait

Derrière les barreaux qui gardent la fenêtre.