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Articles taggés avec: Pierrette Epsztein

Lettre coup de cœur pour La Reine Alice de Lydia Flem, par Pierrette Epsztein

Ecrit par Pierrette Epsztein , le Mercredi, 04 Juillet 2018. , dans La Une CED, Les Chroniques

La Reine Alice, Lydia Flem (Ed. Points)

 

Comment a-t-on un coup de foudre pour l’œuvre d’un écrivain ? Comment celui-ci s’y prend-il pour vous conduire à lire presque tous ses livres ?

Depuis plusieurs mois, comme vous à l’égard de Claire Lejeune, à qui vous rendez un vibrant hommage dans votre discours à l’Académie Royale de Belgique en novembre 2010, je pourrais vous dire : « J’ai vécu en [votre] compagnie dans une proximité quotidienne, emportée par [votre] révolte, pas [vos] élans, [votre] insolente liberté ». Ces mots conviennent parfaitement à ce que j’ai découvert de votre univers.

Depuis plusieurs mois, vous ne me quittez pas. J’ai fait un voyage extraordinaire dans vos livres, un peu dans tous les sens. J’ai commencé par Lettres d’amour en héritage dont je me suis délectée, puis j’ai poursuivi avec Paniquequi m’a allégée de mes angoisses. Et j’ai enchaîné avec votre Discours de réception à l’Académie Royale de Belgique qui m’a éclairée sur votre écriture. Enfin, j’ai osé aborder La Reine Alice, sans savoir à quel point j’allais être happée. Et pour boucler mon tour de piste, j’ai terminé par L’homme Freud, une biographie intellectuelle qui m’a tant fait réfléchir sur ma propre histoire.

Tanirt, Mika Kanane, par Pierrette Epsztein

Ecrit par Pierrette Epsztein , le Jeudi, 10 Mai 2018. , dans La Une CED, Les Chroniques

Tanirt, Mika Kanane, éditions Amenzo, janvier 2018, 160 pages, 13 €

 

 

Tanirt est l’héroïne éponyme du roman de Mika Kanane. Comme Schéhérazade, elle est à la fois un personnage de fiction et une conteuse, intelligente, mutine, cultivée, raffinée et capiteuse. Elle va se faire la mandataire de tout un monde. Son récit gravite autour de la lignée maternelle, toutes des femmes au caractère bien trempé, avec des tempéraments puissants. Tanirt, l’héroïne du récit nous annonce en préambule : « Au printemps, à la saison où les fleurs jaillissent du sol, je me loge dans la peau de ma mère pour qu’elle puisse vivre à travers moi quelques moments d’existence. Sa tristesse était grande, incomprise, sa souffrance omniprésente et si familière. Elle m’a donné la vie. Elle n’a pu me porter qu’à travers sa douleur… Je voudrais lui offrir mes joies, mes échecs, et mes réussites. Une simple existence. Je sais qu’elle n’a pas choisi de vivre ici, parmi les étrangers ».

Olga et les siens, Alain Jomy, par Pierrette Epsztein

Ecrit par Pierrette Epsztein , le Vendredi, 30 Mars 2018. , dans La Une CED, Les Chroniques

Olga et les siens, Alain Jomy, Alma Editeur, février 2018, 450 pages, 23 €

 

– Oui, on nous oubliera. C’est notre sort, rien à faire. Un temps viendra où tout ce qui nous paraît essentiel et très grave sera oublié, ou semblera futile. Curieux, mais il nous est impossible de savoir aujourd’hui ce qui sera considéré comme élevé et grave, ou comme insignifiant et ridicule… Anton Tchékhov (Les Trois Sœurs, trad. Génia Cannac et Georges Perros).

Alain Jomy a décidé de faire mentir cette affirmation. Il va remonter le cours du temps, réactiver la mémoire et creuser l’histoire de sa filiation avec la minutie d’un détective à l’affût du moindre indice et la compétence d’un documentariste en liant l’atmosphère d’une époque agitée, retrouvée dans des archives, avec toutes les traces conservées par chacun des membres de sa famille pour reconstituer les pérégrinations de sa lignée depuis le dix-neuvième siècle jusqu’à aujourd’hui. C’est pour lui, au moment où il a atteint un âge respectable et où il est un des rares ascendants encore en vie, comme une mise en demeure impérative de faire revivre tous ces disparus. Depuis l’enfance, il écoutait beaucoup. En prenant de l’âge, il a fouillé partout, il a voyagé dans tous les pays où sa lignée avait à un moment de ses pérégrinations déposé ses valises et son existence, avec une curiosité en éveil de reporter. Comme le documentariste qu’il est, il s’est donné comme mission de retisser cette histoire qui est aussi son histoire et de la transmettre.

Jean, un homme hors du temps, Axel Kahn, par Pierrette Epsztein

Ecrit par Pierrette Epsztein , le Mercredi, 14 Février 2018. , dans La Une CED, Les Chroniques

Jean, un homme hors du temps, Axel Kahn, Stock, octobre 2017, 326 pages, 20 €

 

Dans le récit d’Axel Kahn, Jean, un homme hors du temps, publié aux éditions Stock en 2017, on n’est certes pas pris par surprise. Dès les premières pages, on sait que le drame final est inéluctable.

Ce qui peut troubler le lecteur, c’est que l’auteur ne se contente pas de tenter de retrouver son père, de s’identifier à lui. Il va beaucoup plus loin, il endosse son corps, son costume, prend le train à sa place pour faire le dernier voyage et transcrit en son nom la relation de cette histoire familiale, de ses détours, de ses contours. Il s’empare de ses pensées, des traces écrites qu’il a laissées. Il accepte la posture risquée d’être lui, tellement lui qu’il choisit délibérément d’employer la première personne du singulier. Durant plus de trois cents pages et durant les quelques heures que durera le trajet, il sera Jean. Nous le suivrons avec une émotion qui croît au fil de son itinéraire qui sera plus intérieur et vagabond que chronologique et géographique.

MMMM de Jean-Philippe Toussaint, par Pierrette Epsztein

Ecrit par Pierrette Epsztein , le Mardi, 30 Janvier 2018. , dans La Une CED, Les Chroniques

Spectacle présenté au Théâtre du Rond-Point en octobre 2017

 

C’est sur la recommandation d’un ami, découvreur passionné de littérature contemporaine, qu’il y a plusieurs années maintenant, j’ai suivi, avec délice, dans l’ordre de leur publication aux Éditions de Minuit, les quatre volumes qui composent la tétralogie des Marie que Jean-Philippe Toussaint a passé plus de dix ans à écrire. Dans la foulée, je me suis également empressée de lire et de décrypter L’urgence et la patience, paru en 2012. Cela m’a permis de mieux explorer les motivations qui déterminent la quête d’écrivain de l’auteur.

Débutée avec Faire l’amour, hiver, paru en 2002, cette tétralogie suit, au fil des saisons, les amours complexes du narrateur avec Marie. Suivront Fuir, été (Prix Médicis en 2005), La Vérité sur Marie, printemps-été (Prix Décembre en 2009) puis Nue, automne-hiver (2013). L’auteur a décidé en 2017 d’en faire une transposition scénique qui se jouera durant trois soirs au Théâtre du Rond-Point après que ce travail ait été présenté en province.