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Articles taggés avec: Pierre Perrin

La Fée aux larmes, Jean-Yves Masson

Ecrit par Pierre Perrin , le Mardi, 22 Novembre 2016. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Contes

La Fée aux larmes, éd. La Coopérative, octobre 2016, 96 pages, 14 € . Ecrivain(s): Jean-Yves Masson

 

Toute lecture d’un volume de Jean-Yves Masson, qui toujours s’établit dans ce que la littérature offre de plus élaboré, suscite le régal. Avec ses quatre tomes de romans et nouvelles, chez Verdier, ses quatre recueils de poèmes nourris, sans oublier quatre volumes encore d’essais et d’aphorismes, l’œuvre entière instille le temps long, la longue mémoire et, par surcroît, livre du rêve tout intime en même temps qu’universel. Dans Le Chemin de ronde, chez Voix d’encre, voilà treize ans, réfléchissant « au rire inextinguible des dieux », il concluait, mais provisoirement, comme si affleurait déjà la matière du présent conte : « les larmes seraient donc le vrai privilège de l’humain ». Plus largement, ces quatre vers des Poèmes du festin céleste, chez l’Escampette en 2002, n’attestent-ils pas la dimension que prend cette œuvre ?

« Puisque je fus, je demeure éternelle.

Regardez mon portrait de mensonge et de fable :

ma statue est solaire, mais le sable la garde

enfouie profondément dans un tombeau sans murs ».

Lettre de consolation à un ami écrivain, Jean-Michel Delacomptée

Ecrit par Pierre Perrin , le Jeudi, 17 Novembre 2016. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Correspondance, Essais, Robert Laffont

Lettre de consolation à un ami écrivain, septembre 2016, 160 pages, 16 € . Ecrivain(s): Jean-Michel Delacomptée Edition: Robert Laffont

 

Cette lettre de petit format, qui se lit en une heure, relève du pamphlet. À partir d’une circonstance, un ami dépité par le silence de la presse devant sa littérature, Jean-Michel Delacomptée, pour consoler, dévide un fil d’explications. En préalable, vu que « le pays marche de travers, perclus de rhumatismes, bourré de sédatifs et d’anxiolytiques, victime de nausées, de vertiges, ravagé de frustrations, de rages, de peurs et d’angoisses », le recul de la littérature resterait secondaire si la quasi disparition de celle-ci, celle aussi bien de l’art en général, n’accompagnait pas d’autres renoncements.

Pour sa démonstration, Jean-Michel Delacomptée oppose le document qui vaut par ce qu’il traite, un rapport sur l’enfermement par exemple, à la littérature qui vaut par la façon dont elle traite un sujet. Il définit cette dernière par ce qui la traverse, une part de poésie, c’est-à-dire d’infini, de suggestion, de double-fond même, qui habite tout autre chose qu’une notice d’information ou d’entretien. Le dévoilement d’une conscience est autrement utile qu’un constat d’huissier. « La littérature ne visait pas à photographier le réel, mais à le révéler par l’alchimie des mots ». On notera l’imparfait du verbe visait, de même que la poésie n’existe plus que pour les aveugles. Elle a disparu du paysage. Ce qui se vend peu ne garantit pas pour autant une authenticité.

La Beauté gifle comme un grain, François Laur

Ecrit par Pierre Perrin , le Vendredi, 21 Octobre 2016. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Poésie

La Beauté gifle comme un grain, François Laur, éd. Raphaël de Surtis, 2016, 56 pages, 15 € . Ecrivain(s): François Laur

 

 

Une trentaine de poèmes en prose composent La Beauté gifle comme un grain, le dernier recueil paru de François Laur. Outre que c’est un bel objet, cousu, avec une mise en page de qualité, jamais gifle n’a autant caressé celui qui, pour la recevoir, la parcourt comme l’amour se lève. Impossible en effet de s’imprégner autrement de cet auteur si discret qu’il n’élève jamais la voix. Ajoutez à cela un exergue d’Annie Le Brun : « La puissance du désir est de sans cesse relier l’imaginaire et la réalité, en exaltant l’une par l’autre ». Ce pourrait être, en résumé, l’art poétique de François Laur. C’est dire la force d’attraction de ce recueil. Il est de ces livres « tissés de flammes du soleil, ceux qui se dansent, qui enivrent, qui font somptueusement tituber ». Trouvère de notre temps, dont rien n’est occulté, ni les rues qui ressassent la tristesse, ni les grèves, ni les migrants qui se noient, François Laur chante, par-dessus tout, l’amour. « Mon sang rit s’emporte feule, s’enivre de toi tisserande en accueil ».

"Birthday Letters" et "Contes d'Ovide" de Ted Hughes

Ecrit par Pierre Perrin , le Jeudi, 29 Septembre 2016. , dans La Une Livres, Les Livres, Contes, Iles britanniques, Poésie, Gallimard

Birthday Letters, trad. anglais et préface, Sylvie Doizelet, et Contes d’Ovide, Phébus, trad. anglais et présentation, Patrick Reumaux . Ecrivain(s): Ted Hughes Edition: Gallimard

 

Ted Hughes, né en 1930, marié à Sylvia Plath de 1956 jusqu’au suicide de celle-ci en 1963, poète officiel de la cour d’Angleterre, est l’une des grandes voix du vingtième siècle. La parution simultanée de ces deux recueils d’une rare densité, publiés peu avant sa mort survenue en 1998, atteste l’intérêt que lui porte l’édition française. Les Lettres d’anniversaire ont connu un succès sans précédent ; ces deux cent-trente pages-là se sont en effet vendues à cinq cent mille exemplaires, outre-Manche. Quant aux Contes, ils revisitent si bien tout ce que notre Occident répudie, le sacré par-dessus tête, qu’ils participent d’une nécessité en apparence distincte, mais tout aussi puissante.

Le suicide de la mère de ses deux enfants, à qui le poète dédie le monument funéraire que constituent ces Lettres, avait fait l’objet d’un silence irréfragable. Ce livre rompt trente-cinq ans de mutisme qu’aucun venin, aucune hyène n’avaient pu forcer. Mais la surprise, le goût pour le mystère dépecé n’expliquent pas à eux seuls un tel élan pour des poèmes. Si la lecture paraît à la portée de tous, le monde auquel renvoie celle-ci reste sans concession. Ces Lettres rebroussent la mort ; elles retrouvent la morte telle qu’elle n’a jamais cessé d’être aux yeux de ceux qui l’ont aimée : vivante. L’amour vibre et siffle entre les vers – seul oxygène que la mort ne ravit pas.

A propos de "Le Mythe de la passante" de Claude Leroy, par Pierre Perrin

Ecrit par Pierre Perrin , le Jeudi, 22 Septembre 2016. , dans La Une CED, Les Chroniques

 

Le Mythe de la passante, Claude Leroy, Presses Universitaires de France, 1999, 280 pages, 73 €

 

Si l’amour de la rencontre favorise la rencontre de l’amour, « les coups de foudre engendrent les muses » ; un professeur peut accoucher d’une fée, un essai susciter un mythe. Quand même un doute subsisterait au cœur d’un misanthrope, la lecture de ces deux cent soixante pages regorge de bonheurs. Parmi les meilleurs, une archéologie du palimpseste de la Passante conduit le lecteur du sonnet de Baudelaire au Pérou de Braudeau (paru en 1998). C’est l’occasion de revisiter, avec un toucher neuf, particulièrement Les Diaboliques de Barbey, le Breton de Nadja et de L’Amour fou, Mandiargues. C’est sacrer des contemporains, dont Dominique Noguez en son Amour noir. Plus de trente œuvres s’avèrent ainsi secrètement se répondre. La plume taille au vif le sujet. Les aperçus fusent en bouquet qui composent un paysage critique souvent luxuriant. Le Dictionnaire des mythes littéraires, que Pierre Brunel a fait paraître aux éditions du Rocher en 1988, s’enrichira peut-être bientôt de cet apport. Le cas est exceptionnel : un sonnet engendre un mythe, dans le Paris amoureux.