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Articles taggés avec: Pierre-Louis Pinault

Pendant l’Orage, Remy de Gourmont (1915)

, le Mercredi, 30 Avril 2014. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Essais

Pendant l'orage, Rémy de Gourmont . Ecrivain(s): Rémy de Gourmont

 

Perclus d’une ataxie locomotrice et vaincu par le lupus qui lui ronge la moitié du visage, le chef de file des symbolistes sait sans doute, en 1915, qu’il publie son ultime opuscule. Véritable éminence grise du Mercure de France, astreint à une vie d’ermite de par sa grave maladie, Remy de Gourmont (1858-1915) trouve pourtant la force, alors que la poudrière européenne s’embrase, de consigner dans une sorte de journal quelques bribes de souvenirs et de réflexions littéraires des années 1914 et 1915, les dernières de sa vie.

L’ingéniosité et la concision du style ne font aucunement débat chez l’auteur du Journal d’un Satyre ou du Livre des Masques, dont la plume n’a guère faibli avec les ans. Ce qui frappe est bien plutôt le virage idéologique opéré par Gourmont depuis Le Joujou Patriotisme, article antimilitariste voire antipatriotique qu’il avait donné au Mercure vingt ans plus tôt. L’auteur y avait émis des considérations qui lui avaient attiré les foudres de la Ligue des Patriotes de P. Déroulède. Il y affirmait entre autres qu’il n’était en rien favorable à un sacrifice collectif pour la seule récupération de l’Alsace-Moselle. Il raillait la prose revancharde de Barrès, et énonçait crânement :

Roman avec cocaïne, M. Aguéev (1936)

, le Jeudi, 17 Avril 2014. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Russie, Roman, Belfond

Roman avec cocaïne, Trad du russe par Lydia Chweitzer, 200 p. 14,50 € . Ecrivain(s): M. Aguéev Edition: Belfond

 

L’obscurité équivoque de ce roman le dispute avec le vaste mystère qui a longtemps entouré son auteur. La véritable identité de M. Aguéev ne fut révélée qu’il y a peu : Mark Levi, de son vrai nom, serait né aux alentours de 1900 et aurait vécu entre Moscou, Istanbul et Erevan. On le croit mort en 1973, en Arménie, où il était professeur de langues dans un lycée de la capitale.

Publié pour la première fois en 1936 en France dans la revue Les Nombres, Roman avec cocaïne – l’unique ouvrage que l’on connaisse d’Aguéev – fit scandale au moment de sa parution car il abordait de manière fort abrupte un sujet encore méconnu et délibérément tu en Russie : la drogue.

Lydia Chweitzer, jeune écrivaine russe installée en France, eut entre les mains à cette époque un exemplaire du roman écrit en russe, puis l’opuscule disparut et ne fut plus guère réédité pendant des décennies. En 1983, L. Chweitzer en retrouva un exemplaire, décida de le traduire en français, et proposa aux éditions Belfond de le faire paraître à nouveau. Le succès fut immédiat, car le secret était encore quasi complet autour d’Aguéev, certains allant même jusqu’à attribuer Roman avec cocaïne à Vladimir Nabokov, qui démentira formellement.

La Trahison des Clercs, Julien Benda (1927)

, le Jeudi, 10 Avril 2014. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Essais, Grasset

La Trahison des Clercs, Cahiers rouges, 330 p. 9,95 € . Ecrivain(s): Julien Benda Edition: Grasset

 

 

On avait déjà été averti par Michel Winock dans Le Siècle des Intellectuels (1997), de l’importance de cet essai publié à la fin des années 1920 par l’un des fins penseurs de son temps. Julien Benda (1867-1956), dans ce livre à l’armature riche et ordonnée qui fit date dans l’histoire de la pensée philosophique en France, fait preuve, en exposant ses idées, d’une hauteur de vue et d’une clarté devenues rares.

Méticuleusement, il distingue entre d’une part le rôle bénéfique qu’avaient sur le peuple les penseurs de jadis (La Bruyère, Montaigne, Malebranche, etc.), savoir celui de l’arracher à ses modes de pensée pragmatiques et grégaires ; et d’autre part le chaos que sèment dans les sociétés actuelles tous ces poètes, romanciers et historiens « politiciens » qui se font ouvertement les chantres d’un « réalisme divinisé » d’après les mots de Benda.

A Rebours, Joris-Karl Huysmans (1884)

, le Vendredi, 04 Avril 2014. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Folio (Gallimard), Roman

A rebours, Folio classique . Ecrivain(s): Joris-Karl Huysmans Edition: Folio (Gallimard)

 

En cette année mil-huit cent quatre-vingt-quatre, J.-K. Huysmans (1848-1907) signe, de même qu’Élémir Bourges (1852-1925) avec Le Crépuscule des Dieux, un ouvrage auquel il est convenu de se référer comme une « bible du décadentisme ».

Cet écrivain français de parenté flamande, critique littéraire et critique d’art, un temps proche de Zola et membre des soirées de Médan, marqua avec ce roman sa rupture définitive avec le naturalisme – celui-ci menant, selon lui, dans une impasse – pour lui préférer un symbolisme aux accents de plus en plus mystiques (Huysmans finira par se convertir religieusement et écrire des romans d’inspiration catholique comme La Nef ou La Cathédrale).

Avec À Rebours, Huysmans, puisant dans l’imagerie désenchantée et parfois morbide de Baudelaire ou Poe, devient le précurseur de l’écriture « fin-de-siècle » et de l’esprit décadent qui caractérise cette époque. Des auteurs comme Jean Lorrain, Octave Mirbeau, Georges Eekhoud, Oscar Wilde, Louis Dumur, Auguste de Villiers de l’Isle-Adam ou encore Rachilde perpétueront cette tradition littéraire avec des romans traduisant pour la plupart la déliquescence des mœurs contemporaines.

Miremonde, Henry Roujon (1887)

, le Vendredi, 28 Mars 2014. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Roman

Miremonde, Chapitre.com. Impression à la demande. 188 p. 22 € . Ecrivain(s): Henry Roujon

 

Rares sont les hommes qui surent concilier carrière publique et activité littéraire avec autant de succès qu’Henry Roujon (1853-1914). D’abord attaché au Ministère de l’Instruction publique, il devint ensuite membre du cabinet de Jules Ferry, puis secrétaire particulier de ce dernier.

Homme de culture et grand amateur d’art, Léon Bourgeois le nomma en 1891 à la Direction des Beaux-Arts. Sa place dans le monde des lettres fut tout aussi éminente, puisqu’il collabora à plusieurs revues, dont la République des lettres de Catulle Mendès, avant de devenir chroniqueur au Figaro et au Temps.

Il s’adonna tant à l’essai qu’au roman, et Miremonde, son œuvre majeure, publiée en 1887 et préfacée par Alexandre Dumas fils, fut couronnée par l’Académie Française – à laquelle Roujon devait d’ailleurs être élu en 1911.