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Bleu, comme la glaise, Laure Fardoulis

Ecrit par Philippe Derivière , le Samedi, 07 Novembre 2015. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Roman

Bleu, comme la glaise, Ed. Maurice Nadeau, septembre 2015, 173 pages, 16 € . Ecrivain(s): Laure Fardoulis

 

Le mythe Fardoulis

Peintre et écrivain, Laure Fardoulis construit depuis une dizaine d’années une œuvre où la mémoire intime et historique tient une place à la fois centrale et insaisissable, marquée par une volonté d’affranchissement de ses racines familiales. Qui se souvient aujourd’hui de son père, Michel Fardoulis-Lagrange ? Poète et écrivain français né au Caire en 1910, l’homme s’est éteint à Paris en 1994 après une vie aussi discrète que son œuvre. Et pourtant l’énigmatique Fardoulis fut de bien des combats littéraires et politiques de son époque si l’on en croit ses activités de militant communiste, d’animateur de revues, sans oublier ses nombreuses sympathies pour des auteurs-phares comme Batailles et Leiris. C’est en partie à l’évocation de cette figure à la fois effacée et mythique que Laure Fardoulis consacre son dernier livre dont le climat poétique doit sans doute beaucoup à l’héritage de son père. « Je suis devenue écrivain par pur hasard », confesse avec modestie l’auteur dont il faut cependant rappeler qu’elle compte à son actif plus de 5 titres publiés principalement chez Joëlle Losfeld, dont La Piscine Molitor, plébiscité par les lecteurs en 2000.

Excursions dans la zone intérieure, Paul Auster

Ecrit par Philippe Derivière , le Vendredi, 09 Mai 2014. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Récits, Biographie, USA, Actes Sud

Excursions dans la zone intérieure, traduction de l’américain par Pierre Furlan, mai 2014, 363 pages, 23 € . Ecrivain(s): Paul Auster Edition: Actes Sud

 

 

Trente ans après l’Invention de la solitude, son premier livre autobiographique, Paul Auster revient sur les traces de son propre passé, à cette époque lointaine où l’enfant faisait ses premiers pas dans le monde et s’efforçait de comprendre une réalité qui lui échappait en grande partie. « Nous sommes des inconnus pour nous-mêmes », disait déjà Julien Green. A l’instar du romancier français, Paul Auster voit dans l’enfant qu’il était un étranger, un double dont l’existence lui paraît aussi incertaine qu’un personnage de fiction. C’est donc le tu qu’il choisira pour s’adresser à ce fantôme dont il rassemblera les souvenirs, les ferveurs et les troubles, afin qu’apparaisse dans le cristal de la langue cette ébauche de soi-même qui nous tient lieu d’identité : « Exhume les vieilles histoires, fouille autour de toi pour trouver ce que tu peux, puis élèves les tessons vers la lumière pour les examiner. Fais-le. Essaie ».

Journal - 2006 (extrait)

Ecrit par Philippe Derivière , le Vendredi, 04 Avril 2014. , dans La Une CED, Bonnes feuilles, Ecriture

Aujourd’hui, acheté un livre de Stifter que je glisse au fond de mon sac et emporte en promenade pour une halte dans un parc ou à la terrasse d’un café. Je me retrouve finalement au Nemour devant une petite table qui fait face à une glace où je me vois. Avant j’avais horreur de me voir, mais je constate que ce n’est plus le cas, à vrai dire mon image me plaît ou, mieux encore, elle me plaît comme elle est. J’ouvre le livre – il s’agit des Deux-Sœurs – et tombe aussitôt sous le charme. Stifter est un petit maître mais la simplicité et l’équilibre de son style me ravissent. Ecrire de cette manière – ou vivre de cette manière – est ce qui me convient le mieux. Un moment plus tard, arrivent deux hommes que je ne tarde pas à reconnaître, du moins l’un d’eux. Il s’agit de L.M., conseiller littéraire de la Comédie Française. Nous avons été amants pendant une brève période mais il feint de l’ignorer après avoir été remercié. On ne chasse pas un conseiller de ce rang. Je l’observe dans le miroir, ses cheveux sont gris, ses joues mal rasées mais son apparence demeure malgré tout élégante. Un peu confus, je ferme mon livre, quitte le Nemour et poursuit ma route sous un soleil encore très beau. Je ne voudrais pas donner un ton désinvolte à cette note. En vérité, la fin de la journée a été gâchée par je ne sais quel remords au souvenir de cette relation manquée, comme tant d’autres l’ont été par ma faute ou plus exactement mon aveuglement. De retour chez moi, je crois comprendre pourquoi je me retrouve seul encore maintenant.