Identification

Articles taggés avec: Olivier Bleuez

Le sommeil de Grâce, François Emmanuel

Ecrit par Olivier Bleuez , le Samedi, 11 Avril 2015. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Roman, Seuil

Le sommeil de Grâce, mars 2015, 192 pages, 17 € . Ecrivain(s): François Emmanuel Edition: Seuil

 

Grâce est dans le coma. Ses frères et sœurs se retrouvent dans la maison de leurs parents, maison sur laquelle le panneau « à vendre/vendu » est installé, peut-être comme une image de l’état de leurs liens familiaux. Le sommeil de Grâce est la suite de Regarde la vague, livre de l’auteur paru en 2007. Dans Regarde la vague, après la mort de leur père (dernier parent), les frères et sœurs se retrouvaient pour la dernière fois dans la maison familiale pour le mariage de l’aîné des cinq frères et sœurs, Olivier. Dernière fois car la maison était en vente depuis la mort du père. Cette dernière fois n’en était pas une : le drame de Grâce, son sommeil après un accident de voiture, sera l’occasion de recroiser les vies de ces membres d’une même famille, par petits morceaux, par évocations, mélanges de sensations poétiques, de descriptions d’émotions, de paysages, de relations. Ce qui servira le mieux ce livre est d’en citer des extraits pour situer la langue de l’auteur. La première phrase du livre donne une juste idée de son niveau :

Requiem pour un(e) trentenaire, Wilfried Salomé

Ecrit par Olivier Bleuez , le Mardi, 16 Décembre 2014. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Essais

Requiem pour un(e) trentenaire, Éditions La matière noire, septembre 2014, 65 pages, 10 € . Ecrivain(s): Wilfried Salomé

 

Tout ce qui est excessif est insignifiant, disait Talleyrand. Ça se discute, lui répondait un immense nom des médias français… Ce Requiem est clairement un pamphlet, donc une grande partie des propos sont excessifs. Et pourtant, il serait dommage de classer ce livre directement dans le domaine de l’insignifiance, d’en faire une fête du non-sens pourrait-on dire. On trouve beaucoup d’excès, de grossissements de traits, de développements à la limite du délire (genre philosophie des années 70 avec intégration d’un vocabulaire scientifique non maîtrisé), mais tout cela tient comme une charge peut tenir. Non sans un certain humour :

« Clairement, la plupart des garçons et des filles de mon âge me paraissent admirer une pluie d’octobre tomber sur des tomates en pots, se sentant en parfaite communion avec les plantes ».

Le mystère des nombres, Marcus du Sautoy

Ecrit par Olivier Bleuez , le Jeudi, 30 Octobre 2014. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Iles britanniques, Essais, Héloïse D'Ormesson

Le mystère des nombres, traduction de l’anglais par Hélène Borraz, septembre 2014, 352 pages, 23 € . Ecrivain(s): Marcus du Sautoy Edition: Héloïse D'Ormesson

 

À partir de quand peut-on parler de vulgarisation scientifique ? Telle est la question qui n’est pas abordée dans ce livre. Il est difficile de faire de la bonne vulgarisation scientifique (en particulier mathématique) : il faut se placer entre deux extrêmes : celui de ne rien dire sur un sujet complexe et celui de tout dire sur un sujet simple. Pour le premier extrême, on peut prendre l’exemple suivant : « Sans les mathématiques, il n’y aurait pas de téléphone cellulaire ». Une fois que l’on a dit cela, on sent vaguement qu’il y a une bonne dose de vérité dans cette phrase, mais rien n’a été dit sur le lien réel qui existe entre mathématique et smart phone… Pour le deuxième extrême, on peut prendre l’exemple suivant : « quand j’ai compté cinq moutons le matin dans mon pré, je pourrais les recompter le soir pour m’assurer qu’il n’en manque pas ». Une fois que l’on a dit cela, tout est dit, mais alors on ne comprend pas l’accumulation de livres sur le thème « les maths sont partout, les maths sont sympathiques, les maths sont nos amis ».

La parole humiliée, Jacques Ellul

Ecrit par Olivier Bleuez , le Mercredi, 04 Juin 2014. , dans La Une Livres, Les Livres, La Table Ronde - La Petite Vermillon, Critiques, Essais

La parole humiliée, Éd. La Table Ronde, La Petite Vermillon, février 2014, 423 pages, 10,20 € . Ecrivain(s): Jacques Ellul Edition: La Table Ronde - La Petite Vermillon

 

Jacques Ellul est un grand penseur de la technique et cela se ressent dans cet essai, même si l’objet principal de celui-ci n’est pas l’envahissement de notre monde par la technique mais plutôt la différence entre image et parole. Il est vrai que cette différence, ce déséquilibre en faveur de l’image, est en partie dû à l’avènement de techniques étendues aux masses.

Ce que défend Ellul peut être condensé dans cette citation (page 45) : « La parole est seule relative à la Vérité. L’image est seulement relative à la réalité ».

C’est souvent un cliché d’affirmer l’aspect prémonitoire de ce qu’écrit un penseur. Mais ici, force est de constater que pour un livre écrit en 1979 (bien avant le règne mondial du numérique), nombre de paragraphes nous éclairent encore sur notre monde actuel. En voici deux exemples parmi les plus impressionnants :

Jeux, Dominique de Rivaz

Ecrit par Olivier Bleuez , le Mercredi, 05 Mars 2014. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Récits, Poésie, Editions Zoe

Jeux, février 2014, 142 pages, 16,90 € . Ecrivain(s): Dominique de Rivaz Edition: Editions Zoe

 

Décrivons d’abord l’objet : un livre au format atypique, horizontal si l’on peut dire, du beau papier et quelques phrases, parfois une phrase, par page. Il faut une grosse vingtaine de minutes (à une vitesse normale, sans qu’on se prononce sur le concept de normalité en la matière) pour lire Jeux. Mais le livre est loin d’être épuisé après cette première lecture. C’est l’impression de concentration de qualité, de prose poétique et de choix méticuleux de chaque mot qui ressort de la plupart des pages. L’impression aussi qu’il y a des connexions entre différentes pages, que c’est tout de même une espèce d’histoire qu’on nous donne. La relecture permet de savourer ces sens cachés (ou de les laisser intacts) et d’extrapoler seul. Elle permet aussi d’apprécier cette économie du langage et ce travail sur le texte court, sur la densité du sens inversement proportionnelle au nombre de phrases.

Cela tourne autour d’un même lieu : un square d’une ville. L’auteur nous donne quelques fragments de scènes de vie ayant lieu autour ou dans ce square, des pensées de personnes habitant autour de ce square (ou peut-être pas d’ailleurs). Le plus souvent, nous sommes en présence de textes forts et bien affûtés :