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Articles taggés avec: Martine L_ Petauton

Les petites chaises rouges, Edna O’Brien

Ecrit par Martine L. Petauton , le Lundi, 16 Octobre 2017. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Iles britanniques, Roman, Sabine Wespieser

Les petites chaises rouges, septembre 2016, trad. anglais (Irlande) Aude De Saint-Loup et Pierre-Emmanuel Dauzat, 367 pages, 23 € . Ecrivain(s): Edna O'Brien Edition: Sabine Wespieser

 

Certes, Edna O’Brien, cette grande dame écrivant depuis plus de soixante ans, est une des plumes irlandaises les plus averties, les plus expérimentées, qui a dans son stylo tous les tours de la littérature. Elle est publiée dans le monde entier ; alors un chef-d’œuvre de plus, pourrait-on penser banalement ? C’est évidemment là qu’on se tromperait, car ce livre-ci, Les petites chaises rouges, s’il tient une place unique dans l’œuvre, en aura une encore plus grande dans notre mémoire à venir de lecteur fasciné.

Ces chaises – rouges – alignées le 6 avril 2012, sur les trottoirs de la ville Bosniaque, Sarajevo, en commémoration de son long martyr face aux Serbes, étaient au nombre de 11.541, les morts du siège, et 643 petites chaises représentaient les enfants. Information posée au nom de notre histoire si récente, en exergue au livre. Après, place à l’Irlande, et E. O’Brien est grand chef étoilé en matière de dire, de faire voir et sentir ! « Son » Irlande, tous ses verts, l’infinité de ses pluies et brumes, le goût des jardins impeccables, et celui des pintes de toutes les bières du monde dans le secret des pubs. Définitivement unique en ses genres, l’île. Jusque dans cette histoire, vraie dans ses tréfonds – même si présentée comme roman – passant du sourire aux larmes et aux peurs, grand huit de la vie même, pas de n’importe quelle vie, cependant.

Parmi les loups et les bandits, Atticus Lish (2ème critique)

Ecrit par Martine L. Petauton , le Mardi, 10 Octobre 2017. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Roman, USA, Buchet-Chastel

Parmi les loups et les bandits, trad. anglais (USA) Céline Leroy, 558 pages, 24 € . Ecrivain(s): Atticus Lish Edition: Buchet-Chastel

 

Cinq cents pages d’histoire portée par une écriture ; toute la littérature est là.

Très peu de livres, si peu, vous happent et vous font vivre – longtemps après, définitivement souvent, dans cet entre-deux de surprises, d’émotion abyssale, de suffocation, au point que s’endormir avec le bouquin tient à la fois de l’addiction et de l’épreuve. Ce sont des œuvres qu’on peut classer « uniques », destinées à vous poursuivre. On pourrait chacun en citer un, de ces livres particuliers ; prenez Les bienveillantes de Jonathan Littell. Dans ce cas, comme dans  ce livre-ci, l’auteur est peu ou carrément inconnu, débarqué avec son histoire dont on suppose, avant même de lire, qu’elle pèsera son poids dans l’importance qu’on accordera à l’œuvre. Ainsi d’Atticus Lish, ancien ouvrier, saisonnier, déménageur, connaisseur de bas-fonds, ça va de soi, et ancien Marine, qui plus est. Un auteur qui en soi est un roman ; un roman qui en soi est une vie. Premier roman, que Parmi les loups et les bandits qui reçut le prestigieux prix Pen/Faulkner Award. Une écriture – essentiel atout – qui sans doute peut fabriquer autant de contempteurs que d’adorateurs. Façon Lish qui prend aux tripes ; respiration saccadée, amplifiée par les bruits d’une ville de roman d’anticipation, comme des images de David Lynch :

L’été d’Anne Philipe, par Martine L. Petauton

Ecrit par Martine L. Petauton , le Lundi, 02 Octobre 2017. , dans La Une CED, Les Chroniques

 

Tant d’étés sans elle. Décédée en 1990 à 72 ans, Anne, femme de Gérard, mère, fille, amie, consœur de tant d’autres, journaliste et voyageuse avant d’avoir été écrivain, et quelle écrivain ! Il suffit de la relire – production assez réduite qui nourrit son bon lecteur en vacances – pour convenir, absolue certitude, qu’elle est des plus grandes. Une géante élégante et discrète ; une formidable présence, rien qu’à elle.

Tant de temps sans avoir rouvert ses livres, jamais jetés – cette évidence littéraire – ni éloignés dans quelque grenier sombre – ce geste incongru ! Les Gallimard ont seulement un peu pâli, les poches, jauni, avec, en les feuilletant, cette odeur tirant sur le moisi, presque agréable, si particulière à la collection. Alors, cet été, installée dans le Midi, une miette plus à l’ouest des Maures et de Ramatuelle, où elle repose, mais les cigales, les pins, la mer, la canicule évidemment et son découpage spécifique des heures, se partagent. Cet été fut donc pour moi celui d’Anne Philipe, un retour sur la pointe des pieds, ce bonheur secret de retrouver – plaisir identique, voire renforcé – quelqu’un qu’on aime, simplement, qui appartient à la petite troupe de mes incontournables littéraires. Et de se dire, au bout : et si tout ce que j’aime en littérature était là, déjà, encore là, dans ces quelques livres d’Anne Philipe…

Le temps de l’exil portugais (1926-1974), Collectif, par Martine L. Petauton

Ecrit par Martine L. Petauton , le Mercredi, 13 Septembre 2017. , dans La Une CED, Les Chroniques

Le temps de l’exil portugais (1926-1974), Collectif, Riveneuve Editions, Continents n°22, janvier 2017, 20 €

 

 

« Quand la patrie que nous avons nous fait défaut

Même la voix de la mer devient exil

Et la lumière autour de nous forme des grilles »

(Sofia de Mello Breyner Andresen, Exil)

 

Les éditions Riveneuve Continents proposent avec leur revue thématique, animée par des collectifs de haut niveau, des voyages méritant plus que le détour.

Une mer d’huile, Pascal Morin

Ecrit par Martine L. Petauton , le Lundi, 04 Septembre 2017. , dans La Brune (Le Rouergue), La Une Livres, Les Livres, La rentrée littéraire, Critiques, Roman

Une mer d’huile, août 2017, 127 pages, 13,80 € . Ecrivain(s): Pascal Morin Edition: La Brune (Le Rouergue)

 

On hésite : « Décaméron » façon Pasolini (1971) posé un été de littérature ? Renaissance des sons si particuliers à la grande Sagan sur les routes sinueuses suspendues au-dessus de la Méditerranée ? Un peu de tout ça ou autre chose ? Assurément, on va dire les deux, et c’est là que réside le climat – tous sens du mot – le rythme et l’étrange et prenant charme de ce livre.

Les images du Décaméron de Pasolini, irriguant de sa lumière trouble et dérangeante l’Italie desséchée, nous accompagnent de bout en bout et Pascal Morin le sait, l’utilise habilement, comme en montré-caché. Mais c’est en moins vénéneux, presque en miroir adouci, en moins violemment solaire. Il y a de ça, en autre chose. Mantra du regard du lecteur sur le livre. Et ce mezzo voce, tant dans les personnages que dans les situations, est sans doute plus efficace, plus terrible aussi, car il entre en chacun de nous, en nos itinéraires, nos souvenirs, nos rêves, de façon plus profonde que par le fracas de Pasolini.